Les médecins du sport l’affirment: l’activité physique a toutes les vertus, y compris celle de soigner. Pour de nombreuses personnes atteintes de pathologies lourdes, le sport permet de réduire la part du traitement et de ralentir l’évolution de la maladie. Danielle Letellier le répète à l’envi, elle se porte "comme un charme". Qui devinerait en la voyant arpenter à bonne allure les chemins de la forêt du Rouvray qu’elle est diabétique depuis trente ans? Et pourtant, cette femme hyper-active n’a eu de cesse d’enchaîner les sports en tous genres. "J’ai eu ma période gymnastique et puis footing. J’ai aussi fait de l’aquagym et de l’aquatonic. Plus récemment, je suis passée à la randonnée et à la marche nordique." Sous insuline depuis quinze ans, Danielle Letellier sait que le diabète impose une certaine rigueur au quotidien, en particulier pour les menus. "Mais les médecins m’ont toujours incitée à bouger."
Un avis partagé par le docteur Bruno Burel, président du syndicat national des médecins du sport et co-fondateur du Pôle santé sport Rouen. "Aujourd’hui, on ne limite plus seulement le bénéfice de l’activité physique à la prévention des maladies. On considère qu’elle représente une part réelle du traitement. Pour le diabète notamment, il est avéré que l’activité physique va diminuer les besoins en insuline et permettre de réguler plus facilement les problèmes de poids."
Et puis, il y a toujours la nécessité d’encadrer cette pratique sportive dans le cadre de contrôles réguliers avec une visite annuelle chez le cardiologue, un test d’effort tous les deux ans, sans oublier le podologue et l’ophtalmologue. Pour le reste, rien n’empêche Danielle Letellier de marcher deux fois par semaine, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. "La seule précaution que je prends quand je démarre une activité, c’est d’informer les moniteurs sur ma maladie pour qu’ils sachent comment réagir en cas de problème. Mais tout s’est toujours bien passé."
Le sport est donc une bonne chose mais pas n’importe comment. "Pour la plupart des pathologies lourdes et chroniques comme l’hypertension ou dans le cas de cancers, il faut être clair, nous conseillons des activités physiques aérobies. C’est-à-dire des sports de fond qui impliquent un effort doux et régulier comme la natation, le vélo, la marche à pied. Ainsi, pour l’hypertension, le sport favorise une meilleure efficacité du traitement. Et dans les cas de cancer du sein, les taux de rechute sont de 20 à 50% moins importants quand la personne a une activité physique", précise le docteur Bruno Burel. Il s’agit ensuite de s’adapter aux limites que la maladie fixe elle-même.
Muriel Desforges sait jusqu’où elle peut aller avec sa spondylarthrite ankylosante. "Quand le diagnostic est tombé, j’avais 35 ans. Un vrai coup de massue. Je savais que c’était une maladie très handicapante avec des poussées inflammatoires articulaires très violentes et difficiles à supporter. Certaines personnes se retrouvent vite en fauteuil roulant. Malgré tout, j’ai essayé de continuer à vivre comme avant." En même temps, Muriel Desforges sait qu’elle doit se ménager. Elle arrête donc le sport pendant deux ans avant de reprendre peu à peu une activité sportive. "Aujourd’hui, je vais une fois par semaine à la salle de remise en forme de la piscine Marcel-Porzou. Depuis juin dernier, je suis une biothérapie et je n’ai plus de poussées inflammatoires. Mais je reste prudente." Malgré la fatigue, il faut sans cesse lutter contre l’ankylose. "Je continue de travailler un maximum les étirements, les assouplissements sous la surveillance des spécialistes."
Pour ces cas de maladies chroniques et rhumatismales, le docteur Bruno Burel conseille des sports dits de coordination comme le taï-chi, le fitness, la gym douce. "Ce genre de pratiques est aussi très intéressant pour les personnes atteintes d’épilepsie, de la maladie de Parkinson et pour certains cas de la maladie d’Alzheimer."
Ultime atout et non des moindres, la pratique sportive permet aux malades de sortir de leur maladie. "C’est une bonne manière de dédramatiser et de rappeler qu’un malade est un citoyen comme un autre qui a le droit de trouver sa place dans n’importe quelle structure de vie, y compris un club de sport", insiste le docteur Bruno Burel.
À 71 ans, Jacques Jouette ne regrette pas son inscription à la salle de remise en forme de la piscine Marcel-Porzou. Après un infarctus en juillet dernier, suivi d’un quadruple pontage, il a décidé d’entretenir sa forme régulièrement. "J’y vais doucement mais je fais un peu de tout, du tapis de marche, du vélo et du rameur. Je me sens en sécurité avec l’équipe qui me conseille et me surveille."
Et c’est bien là enfin tout l’enjeu de la pratique sportive pour les personnes atteintes de pathologies lourdes: un accompagnement adapté. "Le sport santé est aujourd’hui un objectif de santé publique. À terme, tous les clubs devraient avoir une section dédiée à cette question. Car tous les sports peuvent évoluer vers une pratique plus douce et moins traumatique que ce soit le foot ou le tennis. C’est la qualité de l’encadrement qui rend tout possible", explique le docteur Bruno Burel. Reste maintenant à sensibiliser les différents partenaires pour que les médecins maîtrisent mieux les pratiques sportives et que les éducateurs sportifs soient mieux informés des enjeux et des limites de maladies qui imposent une prise en charge spécifique.