
Nous sommes dimanche 9 mars et je suis à J+9 de la dernière chimio. Depuis ce temps, je n'ai pas quitté mon lit ou ma maison sauf trois fois : une fois pour aller chez la kiné, une fois pour aller en consultation radiothérapie et une fois pour un RDV convivial court pour mon fils. Ma théorie : protège ton corps fragile de la civilisation agressive : microbes, fatigues, vade retro ! Mon but : redevenir normale le plus rapidement possible.
Telle une belle au bois dormant consentante, je me pavane dans ma nouvelle literie avec délectation. Bien sûr, je ne suis pas vaillante et ma tête tourne (de moins en moins) quand je me lève ; j'ai réussi à attraper une vilain bouton de fièvre ou d'herpès sous la lèvre ; il semblerait que j'ai chopé aussi une forme de candidose (alias muguet – pourtant on est pas en mai!) dans la bouche. Mes petites gambettes ont cessé de danser la Carioca sous l'effet des douleurs musculaires (on dirait bien). Des p'tits bobos en réalité que tout un chacun peut attraper une fin d'hiver quand on est en léger déficit immunitaire. Je le suis un peu plus que la moyenne. Ça remontera. Ça ne fera que remonter et ça c'est le double effet kiss ultra cool d'une dernière chimio : c'est qu'on n'aura pas la rincette.
Je ne me sens pas tirée d'affaire, je sais que le produit est là, dans mon corps, qu'il agit, n'a sans doute pas déployé tout son potentiel nocif et bénéfique à la fois. Mais in fine, ça vaut le coup de se laisser envahir par cette substance car c'est à l'heure actuelle, la seule qui permette, dans bien des cas, d'enrayer le mal. Dans celui du cancer du sein, qui, bien que très grave, reste l'un de ceux qui se guérit le mieux, chaque millimètre carré de mon corps a été visité par cette "résistance" coordonnée contre l'ennemi et je me sens extrêmement rassurée d'avoir pu en bénéficier.
J'ai eu pas mal de visites cette semaine. C'était sympa, ça permet de casser un peu la monotonie du traintrain lit-canapé-écran(s). Bien sûr, le problème des visites, c'est qu'il faut avoir affaire à des gens compréhensifs qui entendent que vous n'êtes pas au top de votre forme et que vous n'allez pas sortir les couverts en argent pour leur venue. C'était le cas. C'est bien de papoter, d'écouter de la musique ou encore un programme TV nul pour se moquer. Des p'tites banalités de la vie, qui prennent tout leur sens grâce au mot "vie". Des choses que l'on fait peu ou plus par manque de temps et quel dommage. Le sens de la vie est celui du partage du petit plaisir. Sommes-nous des ânes bâtés à ce point de devoir passer par des épreuves comme celle-là pour réaliser nos petits bonheurs ?
La réaction à mon poste sur la solitude m'a beaucoup surprise, amusée parfois. Certains l'ont pris au pied de la lettre, culpabilisant parfois, de façon souvent fort injuste à leur égard car ce sont souvent les plus attentionnés… D'autres l'ont mal interprété. Ou peut-être juste interprété comme ils le voulaient. Après tout, c'est leur droit.
Cette réflexion sur le thème de la solitude, c'était juste pour moi l'occasion de faire des parallèles sur l'ensemble de ma vie et MA tendance naturelle à m'extraire du groupe pour me protéger de quelque chose qui m'atteint. Et surtout pas un appel, un reproche, un règlement de comptes. C'est finalement toujours avec soi-même que l'on doit régler les choses. L'analyse (et pas forcément en compagnie de quelqu'un, j'en connais avec qui ça n'a jamais marché, bien que cela leur ait coûté cher !), c'est pas fait pour les chiens ! Car les chiens ne peuvent mettre des mots sur leurs émotions, leurs souvenirs. Ils ne peuvent tirer les bouts de ficelles de leur propre pelote de laine et relier les bouts voire les tricoter ensemble pour bâtir des patchworks harmonieux.
Je sens le soleil à travers les rideaux. Même que parfois, j'ouvre la fenêtre. Je me réjouis pour toutes celles et tous ceux qui ont empli les paniers de victuailles pour se rendre à la mer ou à la forêt, ont ressorti les vélos, se sont postés sur leurs balcons, ont réinvesti les bas des halls d'escaliers pour papoter. Le soleil rend la vie douce. Il desserre les cœurs et les corps. Et même sous ma couette, j'en ressens les effets bénéfiques. Mon fils est ravi de voir mes cheveux qui repoussent. Je suis comme un arbre qui se laisse joyeusement bourgeonner. Vous verrez les nouvelles venues au club du mono-soutif, assister, pressentir sa propre renaissance, c'est magique. Courage! Ce sera bientôt votre tour. Et même le soleil d'hiver conserve des pouvoirs euphorisants !
Il y a eu le reportage sur France 3 que je vous posterai très prochainement (pas vrai Alexis?!). J'ai reçu des courriers tragiques de gens très en détresse et je me rends compte que je ne suis pas apte à proposer des solutions. Je ne peux que compatir, partager mon expérience à travers ce blog et militer pour l'optimisme incessant. "C'est la rançon de la gloire" m'a dit une copine. Oui, certes. C'est bien si le blog apporte à d'autres qu'à moi. C'était le but. Mais je ne peux pas apporter de conseils médicaux… Je ne peux que partager ma philosophie de vie. Tant mieux si vous y puisez des choses sur vous-mêmes. Je vous prépare des petites fiches pratiques de tous les produits qui m'ont été utiles (ou pas). Peut-être y trouverez-vous quelques idées. Et une série de "j'ai testé" sur les pratiques qui m'ont accompagnée.
Allez un petit clip pour se mettre de bonne humeur ?
Illustration : "Le Printemps" (Primavera) de Sandro Botticelli exécuté entre 1478 et 1482.