Les cheminées font l’histoire

"Histoires d’usines" retrace 180 ans de vie industrielle dans l’agglomération rouennaise. L’ouvrage illustré sauve de l’oubli un pan entier de la mémoire collective. Les usines ont disparu des villes. Elles n’étaient pas loin de disparaître des mémoires… "Saint-Étienne-du-Rouvray est la dernière ville de l’agglo où l’on peut encore voir les grandes cheminées fumer, observe Michel Croguennec, mais l’histoire industrielle est partout en train de disparaître." Le constat a poussé l’historien, animateur de l’atelier Histoire et patrimoine du centre socioculturel Georges-Déziré, à proposer à son co-auteur Alain Alexandre de s’atteler à cette tâche immense: retracer l’histoire des deux cents grandes usines qui ont créé l’emploi local pendant près de deux siècles. "La rive gauche ne s’industrialise que vers 1830, grâce à la machine à vapeur, explique l’historien, on construit des usines de plus en plus grandes."
La décolonisation marquera la fin de secteurs de l’industrie, notamment textile, "une large part de la production locale était écoulée aux colonies", souligne Michel Croguennec. Les années 1960-70 seront aussi celles de l’émergence du capitalisme financier…
L’ouvrage reflète ainsi une réalité industrielle qui a peu à peu échappé au politique. "Aujourd’hui, reconnaît l’historien, les politiques n’ont plus prise sur l’économie, ce n’était pas encore le cas dans les années 1920, comme le montre l’exemple de la Pap Chap." Les papeteries de La Chapelle (aujourd’hui Europac) étaient nées de la volonté de l’État de renforcer la production hexagonale de papier journal, comme l’indique la longue notice que Michel Croguennec consacre à l’usine stéphanaise.
• Histoires d’usines, Alain Alexandre, Michel Croguennec, éditions L’Écho des vagues, 300 pages, 39€.

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