Pôle Molière, le management comme seule lumière…

Nathalie Nail est intervenue ce lundi en Conseil municipal afin de réaffirmer son opposition au projet de fusion des écoles Gravelotte et Courbet, affirmant que ce projet est avant tout conduit sous l’égide des logiques managériales et non pas éclairé par la question pourtant primordiale de l’intérêt des enfants et de la réussite éducative pour tous.

Des parents d’élèves et des enseignants étaient présents devant le Conseil afin de faire entendre leur mécontentement. Ils ont pu s’exprimer à la faveur d’une interruption de séance demandée par Nathalie Nail avant son intervention.

Monsieur le Maire,

Le 10 avril dernier, je vous interpellais par courrier sur votre projet de fusion administrative de l’école maternelle Gravelotte et de l’école élémentaire Courbet dans le Pôle Éducatif et Familial Molière.

Si je n’ai jamais été favorable à la construction de tels  « pôles éducatifs », vous comprendrez que je le suis d’autant moins lorsque cela a pour conséquence la suppression d’un poste de direction comme cela vient d’être annoncé.

Les parents d’élèves ainsi que les enseignants concernés s’opposent légitimement à cette décision qu’ils ont appris brutalement à la veille du CDEN et que vous auriez pris conjointement avec Monsieur l’Inspecteur d’Académie et ils ont le sentiment d’avoir été abusés, et qu’une fois les échéances électorales passées les « mauvais coups » sont annoncés.

Surtout quand, par ailleurs, pour la construction de cet équipement, la concertation menée semblait être à la hauteur puisque les acteurs et usagers du futur PEF Molière avaient été associés : ainsi étaient bien prévus sur plans deux bureaux de directeurs, deux salles de maîtres qui ne peuvent d’ailleurs contenir que 19  personnes pour des raisons de sécurité – puisqu’il n’y a qu’une porte dans ces salles…

Il était donc prévu dans ce bâtiment deux écoles clairement distinctes afin de faciliter pour les élèves l’appréhension du lieu et le passage de la maternelle au primaire. Madame Canayer semble d’ailleurs l’avoir chaque fois confirmé lors de ses différentes rencontres.

Aujourd’hui, votre décision remet tout en cause et va à l’encontre de l’intérêt des élèves, du corps enseignant et des parents d’élèves.

Monsieur le Maire, vous connaissez comme moi l’importance de la maternelle dans la réussite scolaire des enfants et plus encore en zone d’éducation prioritaire.

Vous savez aussi qu’il y a dans ces établissements un investissement particulier des enseignants et la suppression du poste de  l’actuelle Directrice de l’école maternelle est lourde de conséquence, d’une part en ce qui la concerne à titre personnel et d’autre part,  eu égard au travail de terrain qu’elle effectuait là depuis plusieurs années auprès des enfants et des parents d’élèves, et ici comme ailleurs, on sait que les directeurs de maternelles sont toujours des interlocuteurs privilégiés pour les parents d’élèves quelles que soient les difficultés qu’ils rencontrent.

Rompre aujourd’hui ce lien apparaît comme étant un signal extrêmement négatif alors que la qualité de l’enseignement offert aux élèves à l’école maternelle Gravelotte est indéniable.

Cette école est un véritable vecteur de réussite scolaire dans son organisation actuelle tant sa capacité à élever le niveau des élèves qui lui sont confiés est tangible.

Remettre en cause cette organisation serait regrettable : le maintien d’une double direction au PEF Molière peut permettre que le groupe scolaire puisse s’exprimer d’une seule voix – si tel est l’objectif – tout en préservant l’intérêt impérieux des élèves qui doit être notre préoccupation à tous.

Car, à vrai dire, dans cette décision – dont on ne sait d’ailleurs pas qui est à l’origine, chacun se renvoyant la balle entre vous-même et le Directeur académique des services de l’Éducation nationale, quel est l’objectif ?

Cette direction unique pour les deux écoles, si la mesure de fusion était acceptée, signifie une décharge totale de service donc la nomination de deux enseignants supplémentaires à temps plein, un(e) en maternelle, un(e) en primaire, soit trois postes en tout.

Mais peut être que l’enjeu est ailleurs…..

Depuis longtemps traîne dans les têtes l’idée d’avoir des « vrais » directeurs, réputés « disponibles », des « animateurs » d’équipes, des « managers » qui organisent leurs établissements…. ce que les directeurs actuels ne seraient plus ! La mise en place des rythmes scolaires peut aussi être un prétexte à globaliser là où il faudrait au contraire « faire de la dentelle ».

Malgré les différences, la nomination d’une seule direction sur les lycées Schuman et Perret relève de la même logique « managériale ».

Si cette fusion aboutit, il s’agira d’une première dans une grande ville du département (maternelle + élémentaire) et c’est peut-être là le vrai problème : ce ne sont pas des questions de moyens qui guident mairie et académie mais de gestion.

Il serait ainsi préférable pour vous d’avoir un seul interlocuteur à temps plein, doté de « pouvoirs consentis » même si, officiellement, un directeur d’école n’en a guère. Le projet de « Maître directeur» qui date de 2003 puis de Directeur d’EPLE pointe là son nez

Ces pratiques sont évidemment dans l’air du temps, et conforme à votre logique libérale qui n’a comme objectif que la rentabilité, et l’école n’y échapperait pas selon votre dogme…

Pourtant l’école n’est pas une marchandise et à cette conception managériale de la société nous opposons un fonctionnement collectif, autrement plus efficace, plus égalitaire et d’autant plus démocratique.

Enfin, je vous rappelle s’il en était besoin, la circulaire sur « carte scolaire » du 1er degré n°2003-104 du 3-7-2003 évoque la procédure à respecter, avec notamment l’avis du préfet, l’information claire et complète identique pour tous les partenaires, la consultation du CDEN – qui je vous le rappelle s’est opposé à cette fusion lors de sa dernière séance -, l’étude d’impact…

…mais elle précise aussi que « la fusion de deux écoles, en particulier d’une école maternelle et d’une école élémentaire, ne doit pas conduire à créer un ensemble d’une taille trop élevée, notamment en Zone d’Éducation Prioritaire et ne doit pas avoir pour effet de remettre en cause la spécificité de l’école maternelle ». Ici, en cas de fusion nous aurons 14 classes et 322 élèves. Qu’est-ce que ce Pôle éducatif sinon précisément un ensemble de taille trop élevée ?

Et j’évoquerai au passage, pour ne pas reprendre la parole, l’autre projet de fusion présenté ici, des écoles Ferry et Jean-Zay soit disant à la demande de l’Éducation nationale – et là je ne comprends pas… puisque la procédure n’a même pas été respectée ! Personne n’en est informé (ni parents ni enseignants) et ce n’est même pas passé au CDEN pour avis. Ainsi, Monsieur Carrière affirmait aux représentants des syndicats mardi dernier qu’en dehors de Courbet et Gravelotte, il n’y avait pas d’autres fusions d’écoles cette année au Havre…

Monsieur le Maire, vous le voyez bien, votre projet crée de la colère et de l’émoi bien légitime parmi les enseignants et les parents d’élèves ; c’est aussi de la défense de l’école maternelle et de sa spécificité dont il s’agit ici !
Aussi je vous demande de bien vouloir, revenir sur votre décision pour que cette fusion administrative n’ait pas lieu.

Consultez également à ce propos :

Cette publication est issue du site L'opposition municipale au Havre avec Nathalie Nail.
Voir la publication originale : Pôle Molière, le management comme seule lumière…

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