L’Etoile de Normandie vous fait part du courrier que vient d’envoyer l’Union pour la Région Normande (URN proche de l’UMP) au secrétaire d’état André VALLINI en charge de la réforme territoriale. Cet envoi qui suit le nôtre au titre du collectif « Bienvenue en Normandie » est parfaitement complémentaire dans son argumentaire en faveur d’une carte à 15 régions qui parait pour de nombreuses raisons bien plus raisonnable que des projets à 8 ou 12 régions…
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Le président de l’U.R.N à Monsieur André VALLINI
Secrétaire d’Etat en charge de la réforme territoriale
Monsieur le Secrétaire d’Etat,
C’est au titre de Président de l’ «Union pour la Région Normande » association prônant le regroupement des régions de Haute et de Basse Normandie en une seule collectivité que je m’adresse à vous afin de vous faire part de nos réflexions et de nos souhaits relativement au projet de réforme territoriale que vous êtes chargé de mettre en œuvre. Ce projet comporte deux volets l’un concernant les régions et l’autre les départements. C’est bien sûr le volet régional qui retient prioritairement l’attention de notre association et notamment les dispositions qu’il prévoit concernant la réduction du nombre de régions françaises, les deux régions normandes actuelles se trouvant naturellement concernées par un tel processus.
Le Président de la République, le Premier Ministre, vous -même avez indiqué à plusieurs reprises que le fondement de la réforme territoriale reposait sur la nécessité incontournable de maitriser la dépense publique locale par le moyen d’économies considérables ainsi que vous l’avez souligné vous-même.
Cet objectif, nous le soutenons totalement de même que nous soutenons votre volonté de donner aux régions françaises le poids qu’elles devraient avoir dans le concert européen. Ce double objectif passe par la réduction du nombre des régions françaises. Cette réduction induit elle-même deux questions : combien de régions doit comporter la nouvelle carte régionale et selon quelle configuration géographique ?
La première question –nombre de régions dans la nouvelle configuration- doit s’appuyer selon nous, sur les considérations suivantes :
Sur les 22 régions métropolitaines françaises , 12 (dont la basse et la haute Normandie) ont une population inférieure à 2 millions d’habitants. Si on ajoute à cette faiblesse démographique manifeste des compétences et des moyens (notamment budgétaires) très inférieurs à ceux dont disposent beaucoup de leurs homologues européennes, on voit que le rétablissement d’un certain équilibre pour les 12 régions concernées passe d’abord par leur regroupement qui fasse en sorte qu’aucune région métropolitaine française – à l’exception de la Corse- -n’ait une population inférieure à 3 millions d’habitants.
Le chiffre obtenu à la suite de cette diminution s’ajoutant aux régions dépassant ce poids démographique (Ile de France –Provence Côte d’Azur- Rhône-Alpes…) ferait qu’on atteindrait un chiffre global de 12 à 15 régions. Un chiffre notablement inférieur (Rapport Krattinger-Raffarin –Octobre 2013) suggérant 8 à 10 régions doit être écarté, selon nous, pour deux raisons majeures: la première, c’est qu’il aboutirait à la création de méga-régions technocratiques (type Grand-Ouest-Grand Nord …) avec, pour conséquence, une perte de proximité pour le citoyen. La seconde de ces raisons est qu’elle fournit un argument (couramment utilisé) aux adversaires de la réforme territoriale qui voient dans l’émergence de grandes régions un risque majeur pour l’unité nationale française.
Le nombre de régions – 12 à 15- étant ainsi défini, la seconde question posée par le redécoupage concerne la configuration géographique de chaque région. Des critères divers peuvent être pris en compte pour aboutir à celle-ci. Le facteur historico-culturel, important pour certaines régions n’apparaît pas déterminant pour d’autres. Des éléments importants d’ordre économique doivent constituer, selon nous, un critère décisif pour déterminer le futur découpage régional. Parmi ceux-ci la cohérence économique globale de la future entité régionale est certainement le facteur central sur lequel il doit reposer et lui assurer un caractère homogène garant de sa cohésion….
A la lumière des considérations générales qui précèdent, l’examen objectif de la situation des régions de Basse et de Haute Normandie dans la perspective de réduction du nombre des régions françaises nous amène à la conclusion que la seule solution satisfaisant aux conditions qui viennent d’être évoquées est le regroupement des deux régions normandes actuelles en une seule collectivité dénommée « Normandie » àl’exclusion de toute adjonction territoriale supplémentaire.
En effet, examinons les trois principales configurations géographiques possibles s’inscrivant dans la perspective de la réforme territoriale concernant les deux régions normandes :
1ère configuration: chacune des deux régions normandes est intégrée à deux ensembles régionaux distincts (ex :Basse Normandie dans la Bretagne – Haute Normandie dans la Région parisienne ou avec la Région Picardie)
2ème configuration: les deux régions normandes sont intégrées ensemble à une entité territoriale plus large ( ex : haute Normandie+ basse Normandie +Picardie )
3ème configuration: les deux régions normandes sont regroupées dans une seule région « Normandie » sans « ajout » territorial
Si ces trois configurations souscrivent à une des conditions s’inscrivant dans la réforme territoriale (« poids »démographique accru) seule la configuration 3 ( Normandie unifiée) répond aux autres conditions inséparables selon nous de l’existence d’une véritable région et qui ont été rappelées précédemment.
Une région en effet, ce n’est pas un espace géographique indifférencié ou s’accumule les activités notamment économiques sans articulation les unes avec les autres. Elle doit posséder une cohérence qui, pour qu’elle soit optimisée, doit disposer d’une gouvernance politique adaptée. Cette cohérence économique existe pour les deux régions normandes malgré la division administrative actuelle.
Plusieurs causes l’expliquent: les deux régions ont une façade maritime sur la Manche, mer la plus fréquentée du Monde, elles possèdent en commun un estuaire, celui de la Seine tiré par le développement du Port du Havre, elles ont des relations importantes avec la puissante région parisienne, elles disposent toutes les deux d’une agriculture efficace avec des spécialisations territoriales etc…
Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que cette cohérence économique des deux régions ait suscité des structures institutionnelles communes telles que la Chambre régionale d’Agriculture, le Comité Régional du Tourisme, la future CCI régionale normande, l’Etablissement Public Foncier de Normandie etc… A ces structures existantes s’ajoutent des projets transgressant les limites administratives régionales actuelles comme celui de la CCI de l’Estuaire de la Seine, celui de Pôle Métropolitain de l’Estuaire…
A cette cohérence économique indiscutable et attestée ainsi qu’on vient de le voir, on peut ajouter sur le plan de la géographie humaine un attachement tout aussi indiscutable des populations des deux régions normandes à un patrimoine culturel commun qui se traduit par des manifestations de grande ampleur tel que « Normandie impressionniste » dont le succès a été remarquable ou sur un autre plan par l’existence d’innombrables associations communes aux deux régions normandes.
En dehors de cette cohérence qui est un argument fort pour un regroupement régional normand, une des conséquences de celui-ci serait une meilleure visibilité et attractivité de la nouvelle région au plan international. Vous l’avez-vous-même souligné: «Il est difficile d’expliquer à un investisseur chinois ou américain qu’il y a encore aujourd’hui deux Normandie »
En résumé, tout concourt à voir émerger dans le processus de réforme territoriale annoncé, un regroupement de la Haute et de la Basse Normandie en une seule région. Ce regroupement doit-il être étendu à une région ou partie de région contigüe à la nouvelle région normande ainsi constituée ?
Selon nous, non ! En effet une telle configuration serait de nature à dissoudre le caractère de cohérence évoqué précédemment et les effets bénéfiques qu’il induit.
Prenons l’exemple de la proposition qui a été avancée par certains élus d’inclure la région Picardie dans un ensemble territorial regroupant cette région et les deux régions normandes. Le caractère disparate et artificiel d’une telle configuration apparaît immédiatement: qu’ont de commun les problématiques posées aux habitants du Sud de Oise et de l’Aisne se trouvant aux portes immédiates de Paris et celles des habitants de Cherbourg du Havre ou d’Alençon par exemple ?
Quelle serait l’unité d’une « région » s’étendant des confins des Ardennes au Mont Saint Michel ? Une opposition de notre part à envisager une telle configuration n’est motivée ni par un repliement sur nous- mêmes ni par une crispation identitaire mais par la prise en compte des arguments exposés précédemment.
Un argument d’une autre nature vient appuyer cette opposition. Comme on le sait, la Loi MAPAM (Modernisation de l’Action Publique et d’Affirmation des Métropoles) du 27 Janvier 2014 permet l’accession de Rouen au statut de métropole régionale, avec prise d’effet le 1er Janvier 2015. Cette mutation institutionnelle de l’Agglomération de Rouen (CREA) ne suffira pas à elle seule à lui donner les caractères d’une véritable métropole d’autant plus que la proximité avec Paris et l’Ile de France, dont l’attractivité est considérable, constitue pour elle un handicap.
Pour s’affirmer face à Paris, Rouen doit donc s’appuyer sur des partenariats métropolitains avec Le Havre et Caen et sur une région normande forte et homogène. Une adjonction à cette région de la Picardie, dont une partie notable se situe dans l’orbite parisienne, ne permettrait pas à Rouen de s’affirmer comme potentielle métropole du Nord-Ouest en l’imbriquant dans l’ensemble parisien et risquerait, à terme, de cantonner Rouen et la Normandie au destin peu enviable de grande banlieue résidentielle de Paris et de l’Ile de France.
Il y a quelques semaines, à l’occasion d’une interview que vous accordiez à un quotidien régional, après avoir évoqué les difficultés que comporte la mission dont vous êtes chargé, vous affirmiez votre détermination à « relever ce défi formidable : dessiner la France du 21ème siècle » .
Je forme le vœu que ce dessein de la France du 21ème siècle prenne en compte, concernant la Normandie, les considérations qui viennent de vous être exposées…
Je vous prie de croire, Monsieur le Secrétaire d’Etat, à l’assurance de mes sentiments respectueux.
Yves LOIR, président de l’URN