Marilyn Monroe – De février à juin

Ça fait un moment que sans partager j’emmagasine tout un tas de merdier sur la Miss – j’ai récemment dépassé la barre des 500 billets sur Par hasard Marilyn c’est pour te dire – et je suis navré mais quand on arrête pas de gonfler la baudruche y’a forcément un temps t où ça finit par péter.

 

 

 

 

La Fin du film, Arthur Miller, 2004

Petite MAJ dans ma rubrique Marilyn Monroe : c’est décidé, après réflexion, Les Désaxés est un grand et beau film. Je dis ça car l’autre fois j’hésitais. Je dis ça aussi car ça concerne à fond la pièce dont à propos de laquelle je vais te parler, La fin du film, que c’est les derniers jours du tournage des Désaxés avec un mini-filtre de rien du tout genre la star dépressive et droguée incapable de sortir de son lit s’appelle Kitty au lieu de Marilyn, de la pacotille pour lecteurs myopes. Mais qu’est-ce qui lui prend à Tutur de ressortir ces vieilles histoires du carton quarante ans après ? Besoin d’attention, de simflouz ? Pas particulièrement ! La Fin du film est une œuvre tout à fait valable, qui prolonge parfaitement le travail entrepris dans Les Désaxés.

 

J’en retiendrais deux choses. En premier lieu, la réflexion autour de Marilyn est extrêmement maline. Miller, alors même qu’il a mis sa kikoute dedans, ne prétend pas avoir la clef des mystères de la dame. C’est tout à son honneur, d’autant plus que cette humilité, tous les biographes que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’alors ne l’ont pas. Marilyn est le personnage principal de cette pièce – l’enjeu c’est qu’on est sur un gros tournage, au moment où on a pris tellement de retard à cause d’elle que la prod envisage de tout arrêter et envoie un type sur le terrain pour voir si ça vaut encore la peine d’essayer – mais elle n’a qu’une seule répliquounette, un tout petit « Oui ? ». Quand Kitty parle, sa voix est indistincte pour le spectateur. En revanche, on entend très distinctement la dizaine d’autres personnages essayer de la comprendre, et malgré toute leur bonne volonté, finir par s’approprier ses problématiques pour bougonner sur des soucis persos, ou ne s’en servir finalement que comme un prétexte pour livrer leur vision du monde et de l’art. C’est d’une justesse terrible. La voix de Marilyn aujourd’hui n’existe plus : on a ses films mais elle n’y dit que les mots des autres ; on a ses interviews mais la plupart sont mauvaises (« Vous avez perdu du poids non ? Combien ? Comment ? ») ; on a ses fragments mais la plupart sont insignifiants. On n’a plus que la voix de ceux qui essaient de comprendre. Il y a ceux qui pensent que Kitty est une manipulatrice, ceux qui pensent qu’elle est une paumée, il y a ceux qui pensent que son talent est inné et animal, ceux qui pensent que c’est le fruit d’un travail de longue haleine pour échapper à sa nature… Et Arthur Miller ne donne tort à personne, ne donne raison à personne.

 

« C’est la faute à l’Europe, mon cher. Ils nous font chier avec ça depuis des années. On faisait des films que le monde entier nous enviait, et comme ils ne pouvaient pas en faire autant, ils se sont mis à parler d’art. Les Allemands m’ont envoyé des thèses longues comme ça sur mon boulot de cameraman et sur ma philosophie du tournage. Et j’y ai jamais rien compris. Une fois, j’ai été invité à faire une conférence en Suède, et ils m’ont demandé combien de temps j’allais parler. Cinq minutes, je leur ai dit. Ils en revenaient pas. Qu’est-ce qu’on peut raconter aux gens quand on est cameraman ? Hein ? Pour le visage, on approche la caméra, et pour le cul, on la place plus bas ! Quoi d’autre ? »

 

En second lieu, c’est très beau, Miller arrive à tirer une conclusion optimiste de cette expérience tragique, de ce tournage dominé par la pulsion de mort qui a dû être le pire moment de la vie de tous ceux qui y ont participé. « Le feu fait ouvrir les graines ». C’est la phrase qui ferme la pièce (elle fait écho à une intrigue d’arrière-plan qui la traverse, une histoire de feu de forêt gigantesque) et encore une fois c’est tip top malin : le tournage des Désaxés a été un enfer ; ce qu’il en reste, concrètement, c’est un film brillant, qui a inspiré des milliers d’artistes, fait du bien à des milliards de gens. C’est peut-être là que les quarante années de recul ont été bénéfiques à l’écriture. Il a dû falloir du temps à Miller pour digérer tout ça, et préserver l’espoir contre le fatalisme facile.

 

« La grande Sarah Bernhardt connaissait vingt-cinq poses qu’elle sortait toutes prêtes de ses poches comme on claque des doigts, et quel que soit le rôle qu’elle devait interpréter. Vous voulez de la colère ? Voilà de la colère. (Il prend une pose pour chaque sentiment.) De la pitié ? Du danger ? De l’amour ? De l’admiration ? Du mépris ? De la terreur ? J’appelle ça de la technologie, du jeu à la va comme je te pousse. Sarah Bernhardt a été la plus grande experte de cette façon de faire. Elle était l’IBM du jeu d’acteur. Elle a même réussi à tromper Bernard Shaw. Alors que notre Italienne… elle n’était pas belle, un mètre soixante tout au plus, peut-être soixante-cinq, elle ne se maquillait pratiquement pas et refusait tous les apparats. Ce que je veux dire, c’est que quand Sarah Bernhardt entrait en scène, c’était Moby Dick et la City Bank de New York, on ne l’imaginait pas sans une longue robe en satin, une tonne de maquillage et tout le tralala… La Duse, elle, entrait en scène comme par hasard, comme si elle venait de pousser une porte donnant directement sur la rue. Et elle savait comment s’y prendre avec les silences. La Bernhardt dominait la scène, mais la Duse l’aimait, tout simplement. Pas la peine de t’expliquer ce que je veux dire, chérie : pour interpréter un rôle, la Duse devait avant tout être amoureuse de quelqu’un ou de quelque chose : son enfant, sa chambre, un homme, son rôle, la ville, le pays, un édredon – la vie, quoi ! »

 

 

Marilyn Monroe, Philippe Peseux, 2004

Objet peu commun, c’est un coffret CD BD que voilà. La démarche est de réhabiliter Marilyn Monroe chanteuse, ce qui est une bonne démarche, quoiqu’un peu inutile, dans la mesure où j’ai jamais entendu personne, à part dans le Hollywood des early 50s, dire que Marilyn chantait pis qu’une passoire – c’est bien de mettre en avant cet aspect de la bête car le fait est que quand elle se met à chanter dans les films et les annivs c’est généralement les meilleurs moments, la crème de la cerise. Ainsi t’as deux CD avec l’intégralité des chansons de Marilyn (et quand ils disent intégralité c’est pas de la poudre, ils ont jusqu’à la délicatesse de caler son passage au Jack Benny Show ou les séquences de piano dans Sept ans de réflexion), par ordre chronologique, et ça y’a pas de souci, ça fait du bien par où ça passe. Par contre l’intérêt de la BD qu’accompagne, je le discute encore. Monsieur Peseux s’amuse à imaginer que Marilyn va collaborer une troisième fois avec Billy Wilder, point de départ plutôt rigolo, mais concrètement prétexte à un jeu de références ni subtil ni drôle et à des dessins en forme de grasses gribouilles baveuses qui n’ont pas sis à mon œil faible. Cela dit, les planches publiées sur le site de M. Peseux sont assez belles dans leur fausse imprécision, alors c’est peut-être juste un souci d’impression raté papier gras encre salive.

 

 

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En réécoutant That Old Black Magic, extrait d’Arrêt d’autobus, numéro dans lequel Marilyn en fait exprès d’être nulle, Lune s’est exclamé avec son acuité toute sélénite : « On dirait du Björk ! » Je te laisse sur cette réflexion, petit lecteur, aimé lecteur, on en reparle la prochaine fois, une Marilyn Monroe qui chante mal = une Björk qui chante bien. 

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