Fausse alerte ou coup de semonce ? Allez savoir. N’empêche, il semble que je revienne. Mais pas plus fier que ça. A l’hôpital, on est gentil. Sans exagération. Les infirmières, les aides-soignantes, toutes. Les médecins, déjà moins. Toujours trop prompts à vous faire la morale. Il paraît que je ne suis pas sérieux. Là aussi : sans exagération. Et que j’en prends bien à mon aise. Pour mon âge disent-ils. Pensez, 83 ans. Fêter son anniversaire au CHU n’a rien de répréhensible, mais ça n’est pas du meilleur goût. Déjà, les repas ! Pour les gâteaux, macache. Enfin passons. On pourra imaginer que la prochaine sera la bonne.
J’ai emporté de la lecture. Aussi la radio. Et le journal. Encore que sur ce dernier point, les informations prennent, à la clarté des draps blancs, une nuance assez grise. Au bout de trois jours, mon quotidien favori ne me paraissait plus du tout d’actualité. A sa lecture, il prenait des tournures ennuyeuses, réchauffées, hors de propos. Goutte à goutte et notre article en page 2 ne font pas bon ménage. A mon chevet, Paris-Normandie s’est mué en hebdomadaire. C’est un signe. Le pire est que je n’en suis pas mort.
On dit toujours : comme le temps passe. Oui, sauf à l’hôpital. L’ennui y est d’une autre épaisseur. Le soir, surtout. Le matin, ça va encore, le monde s’éveille. Il sourit. Pas le soir. Rien ne s’endort. Toujours un bruit, un ronron, des allers et venues. A part soi, il faut veiller. Ne pas s’endormir. Sait-on jamais, sur un lit clinique, un mauvais sort est vite jeté. Donc ouvrir l’œil.
Voilà (peut-être) comment je m’en suis sorti. Pas les pieds devant mais la tête haute. Et maintenant ? Rien. Finir de lire mon gros livre. Et une fois fini celui-ci, en commencer un autre. Tant que les pages se tournent, on va de l’avant. Ne jamais regarder en arrière (un lecteur : on se pince !). Oui, à présent rien ne vaudra le présent. Du passé faisons table rase (chanson à retrouver).
A ce propos, nos contemporains médecins n’ont guère la fibre littéraire. Laissant trainer mon livre (avec un peu d’ostentation, il est vrai) sur la table de chevet, croyez-vous que l’un d’eux ait pris la peine d’engager la conversation ? Bof, ces gens s’intéressent surtout à votre rythme cardiaque et à votre tension, pas aux époux Mercadier. Enfin, c’est ce que j’ai cru comprendre. Seule une infirmière (plutôt un infirmier, qui plus est issu de la diversité) a cru bon de remarquer qu’il fallait du courage pour lire un gros livre comme ça. Il n’avait pas tort.
Ce faisant, ce charmant garçon révélait une meilleure connaissance de la littérature que mes internes supputant les chances des bleus de l’emporter (ce qui advint). Il faut s’y résoudre : on ne lit plus guère. Plus de gros romans, plus Louis Aragon, et plus Les Voyageurs de l’impériale. Le temps en est passé. Tandis que la mondiale coupe, Karim Benzema et consorts, ça vaut tous les mentir-vrai du monde (réel ou pas).