La voiture électrique n’est pas « écologique »

Le Monde.fr | | Par Audrey Garric

 

Le service Autolib' propose une "offre pro" depuis juin 2012.

 

La voiture électrique ne peut pas être considérée comme « écologique » ni « propre ». Telle est la conclusion de trois avis publiés par le jury de déontologie publicitaire (JDP), jeudi 26 juin, concernant des publicités pour deux véhicules en libre-service du groupe Bolloré, Autolib à Paris et Bluely à Lyon, ainsi que la voiture électrique Zoé de Renault.

Le JDP, une instance de l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP), avait été saisi le 15 avril par l’association Observatoire du nucléaire contre plusieurs pages du site Internet d’Autolib qui la qualifient « d’écologique » et de « propre » et contre un encart publicitaire présentant Bluely comme « très pratique, écologique et économique ».

La Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) avait de son côté déposé une plainte, le 18 mars, contre une publicité pour la Zoé titrée « Pour lutter contre la pollution, roulez en voiture », qui précisait « Renault Zoé : 100 % électrique, 0 % d’émissions ».

« ÉLÉMENT DE RELATIVISATION OU DE COMPARAISON »

« Le jury constate que la publicité litigieuse fait état du caractère écologique du service promu, sans le moindre élément de relativisation ou de comparaison, indiquent les avis concernant les deux voitures en libre-service. Or, l’utilisation de ce service induit nécessairement certains effets négatifs sur l’environnement, notamment les pièces d’usure des véhicules utilisés et l’électricité nécessaire à leur rechargement, dont il n’est pas établi qu’elle serait intégralement issue de sources renouvelables. »

L’avis du JDP sur la Zoé de Renault est, lui, plus modéré : il estime que « la publicité n’induit nullement l’idée que les véhicules électriques n’auraient aucun impact négatif sur l’environnement » puisqu’il est précisé – toutefois en petits caractères après l’astérisque – que l’absence de CO2 se réfère à l’utilisation du véhicule (hors usure) et non à l’ensemble de son cycle de vie ou à la production de l’électricité nécessaire à son rechargement.

Le JDP regrette toutefois que « la supériorité alléguée des véhicules électriques sur les véhicules à moteur thermique en termes d’incidence environnementale est formulée dans des termes très généraux et ne s’accompagne d’aucune précision ». Et d’ajouter : « La publicité en cause incite explicitement les consommateurs à rouler en voiture électrique pour réduire la pollution atmosphérique, alors qu’il existe de nombreux autres moyens de locomotion dont il est communément admis qu’ils sont moins nocifs pour l’environnement, comme les transports collectifs ou le vélo. »

« TOUT VÉHICULE A UN IMPACT SUR L’ENVIRONNEMENT »

« Ces publicités doivent être pondérées, relativisées, selon Stéphane Martin, directeur général de l’ARPP, appliquant la Recommandation développement durable de son Autorité. Tout véhicule a un impact sur l’environnement, lors de sa construction comme de son cycle de vie. On ne peut pas qualifier la voiture électrique de propre mais on peut avancer qu’elle contribue au développement durable ou qu’elle est plus propre que les voitures thermiques, à condition d’en apporter la preuve. »

L’Observatoire du nucléaire pointe tout particulièrement l’électricité d’origine nucléaire (à 75 % en France) qui sert à recharger les batteries, et le lithium, qui sert à les fabriquer et dont l’exploitation peut polluer l’environnement. « Il y a une folie furieuse autour de la voiture électrique, dénonce Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Certes, la voiture électrique ne pollue pas au moment précis où elle circule, mais elle pollue avant et après, et surtout elle délocalise la pollution autour des mines d’uranium et de lithium, des centrales nucléaires, des sites de stockage de déchets radioactifs. » A la place, cet ancien porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire appelle à développer davantage les transports en commun et le covoiturage.

NEUF VOITURES ÉLECTRIQUES ÉPINGLÉES

 

Neuf voitures électriques ont été épinglées par le jury de déontologie publicitaire.

 

C’est la neuvième fois que le JDP épingle des publicités pour des voitures électriques. Depuis l’an dernier, ont été visées la C-Zéro de Citroën, l’Opel Ampera, la Nissan Leaf, la I-Miev de Mitsubishi, la Bluecar de Bolloré (la voiture utilisée pour les services Autolib, Bluely et BlueCub), et la BlueCub (la voiture en libre service à Bordeaux), également de Bolloré.

Si les avis du JDP ne sont pas contraignants, ils s’avèrent le plus souvent suivis d’effet dans la mesure où les entreprises préfèrent donner une image de bon élève à leurs clients et aux collectivités locales. Tous les constructeurs ont ainsi modifié leur publicité, à l’exception de Bolloré. Le groupe n’a pas encore répondu aux sollicitations du Monde.

Le projet de loi sur la transition énergétique, présenté par la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, en conseil des ministres le 18 juin, fait la part belle aux voitures électriques. Il prévoit 7 millions de points de recharge en France d’ici à 2030. Le bonus pour l’achat d’un véhicule électrique sera pérennisé et même majoré pour atteindre jusqu’à 10 000 euros lorsqu’il s’accompagne de la mise au rebut d’un véhicule diesel.

 

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