(fil-fax 28/06/14)
Qu’il y a-t-il de commun entre les délicates aquarelles sur vélin de méduses peintes au XIXème et des « fontaines » en inox, plexiglas ou béton ciré s’inspirant de la physique des fluides ? L’eau, d’abord (eh oui, la méduse, c’est plus de 90% d’eau), la rencontre entre l’art et la science ensuite. Car ces deux expositions du Muséum d’histoire naturelle du Havre s’inscrivent au sein du festival Terre d’eaux, créé par l’association L’Estuaire de la Seine, Territoire de l’Eau qui décline jusqu’au 5 juillet une centaine d’événements sur les deux côtés de l’eau.
C’est « l’un des plus beaux genres d’animaux que la nature ait départi à l’océan », affirmait le zoologiste François Péron, tout admiratif devant la méduse Chrysaora. Lui décrivait, Charles-Alexandre Lesueur peignait. Tous deux ont participé à l’incroyable expédition scientifique en Terres australes partie du Havre pour quatre ans, en 1800. Ils en ont rapporté plus de 100.000 individus, dont 2.500 espèces nouvelles. Et des méduses. On avait déjà admiré, exposées en vitrines, les œuvres de Lesueur. Cette fois-ci, les 63 aquarelles sur vélin (jeune veau) de l’exposition dédiées à la méduse sont éclairées le temps que le visiteur soulève le volet de leur niche. Un mode de présentation qui permet d’admirer la finesse du trait aussi bien que la précision du détail. Et tout y est : les microbouches ciliées, les bras blanchâtres, les lobes de l’ombrelle, les palpes labiaux d’un bleu intense, les tentacules gris pâle ou une ombrelle pigmentée en brun : une « recherche de la vérité la plus fine », admirait déjà le ministre Edouard Herriot (La Porte océane, 1932).
La même dualité champs artistique et scientifique, a inspiré l’exposition Jeux d’eau : du 11 au 13 juin, en résidence à Deauville, neuf artistes et physiciens ont échangé sur le concept de la fontaine et imaginé des projets de pièces d’eau dans « une démarche analogue », selon l’initiateur Jean-Marc Chomaz, du LadHyX (laboratoire d’hydrodynamique de l’école polytechnique) : « Avancer par succession d’essais et d’erreurs et par confrontation à l’observation de la réalité. » Mais l’une, la recherche artistique, est « libérée de la nécessité de la preuve ». Résultat, 70 propositions, dont une dizaine installées au Museum : un bassin en longueur où jets et tourbillons se succèdent en lignes et spirales (« Ressauts versus Tourbillons »), une tornade de brume artificielle, un canal à vagues en plexiglass, un soliton circulaire, vague solitaire conçue par Javiera Tejerina-Risso et Patrice Le Gal, chercheur à l’IRPHE (Institut de Recherche sur les Phénomènes Hors Equilibre) de Marseille, ou encore signé Paul Beaudoin, un parapluie devenu fontaine pulsante…
• Expositions « Méduses » et «Jeux d’eau – ondes, vagues et tourbillons» jusqu’au 04 janvier 2015