(fil-fax 12/07/14)
Il faut imaginer du Monet, du Pissarro ou du Renoir mâtiné de Breughel ou de Van Eyck. Les artistes belges de la fin du XIXème siècle auxquels le musée de Giverny consacre son exposition d’été ont intégré les principes de la peinture d’avant-garde en Europe mais en les enrichissant de leurs traditions locales. Ces influences contrastées se retrouvent particulièrement dans les œuvres de Léon Frédéric (Les Ages de l’ouvrier, 1895-97), Eugène Laermans (Paysans attendant devant une porte d’entrée, 1891) ou Constantin Meunier (Hercheuse descendant à la fosse, 1890) mais aussi chez le luministe Emile Claus (Le vieux jardinier, 1885). Claire Leblanc conservateur au musée D’Ixelles, à Bruxelles, qui a co-organisé cette exposition, voit l’émergence d’une « facture proprement belge » faire d’une « propension aux empâtements riches et généreux tout en respectant le réel qui ne se dissout pas sous l’effet des mouvements du pinceau et de la densité des colorations ».
Le contexte est favorable. A l’époque, la Belgique est un état jeune – il a été créé en 1830 – qui est ouvert à toutes les modernités. En quelques années elle est devenue l’une des puissances les plus prospères d’Europe. Ses élites forgent non seulement une industrie puissante mais transforment profondément leurs villes en rasant les quartiers populaires et en ouvrant de grandes avenues à la manière hausmanienne. Dans le prolongement elles accueillent avec enthousiasme les nouveaux courants artistiques comme l’Art nouveau dont l’Hotel Tassel à Bruxelles fut l’une des premières illustrations.
Dans ce climat favorable, toutes les formes de peinture opposées à l’Académisme sont les bienvenues outre-Quiévrain, depuis le Réalisme jusqu’au Fauvisme en passant par l’Impressionnisme ou le Divisionnisme. Le mouvement commence dans les années 1850 avec la peinture en plein air de paysages dans la ligne de Courbet, s’affirme avec la constitution du Cercle des XX et du Salon de la libre esthétique et atteindra sa maturité avec la peinture de scènes de la vie moderne. Mais l’expression la plus originale semble être le Luminisme incarné par Emile Claus qui célèbre la vie rurale pré-industrielle avec une peinture réaliste, lumineuse et colorée.
• Bruxelles, une capitale impressionniste, Musée des Impressionnismes de Giverny, jusqu’au 2 novembre.