DLXXXV.

Passant rue des Carmes, j’aperçois sur un des piliers, un de ceux un peu avant d’entrer chez Hema, l’inscription : Quelle connerie la guerre. En dessous de la citation, mention de celle de l’auteur : J. Prévert. Reconnaissons que la poésie, la politique, et l’esprit d’à-propos sont ici comblés. On imaginera un professeur agrégé (tout de même) faisant ce qui reste de soldes, et découvrant le message : il se dira qu’il n’œuvre pas pour rien. Ce qui m’amuse surtout, c’est l’ellipse du prénom. Pourquoi le scripteur a-t-il pris la peine de ne pas l’écrire en entier ? Oh, se dit-il, tout le monde sait que Prévert, c’est Jacques.

Ah non, aurait pu dire l’accompagnateur (ou trice) il y a aussi son frère, Pierre. Que de choses on apprend au lycée ! Du coup, aux fins de ne pas égarer les passants, notre revendicatif barbouilleur a ajouté un simple J. Ce garçon (c’en est un, sans conteste) a l’art du compromis. D’un tempérament volontaire, ne mâchant pas ses opinions, il sait cependant rester délicat. Pour moi, il habite Bois Guillaume et adore ses parents. Il vient de passer son baccalauréat (pas question ici de bac et encore moins de bachot), donc il a étudié Barbara. De ce fameux poème fameux, il a perçu qu’on s’y aimait, tout en déplorant le temps de chien qu’il y fait.

J’imagine (je suis seul à maudire ce réel) que ce garçon est révolté par le monde tel qu’il est. S’il lit quelques journaux, se promène sur Internet, regarde la télévision, il ne trouve qu’un vieux poème un peu éculé (un peu surfait) pour avertir de sa révolte. Pourquoi choisir ce pilier pour l’exprimer au feutre gras ? Mystère. Je ne sais rien des professeurs de français du lycée réputé désormais Pierre Corneille. Si on allait, de mon temps, à Corneille, on a cru bon d’indiquer, de façon plus officielle, le prénom dudit. Comme Prévert eu un frère, Corneille en eu un aussi. Il se nommait Thomas.

Ce garçon, moins chanceux (peut-être) fut toute sa vie jaloux des succès de son frère. Ecrivant comédies et tragédies, il dédaigna la chanson et le cinéma, matières où (peut-être) il se fut illustré. Si c’était à refaire disait-il. Hélas, on le sait, et je m’épargne les points de suspension. La sentence vaut pour nombre de guerre. Une fois la victoire (ou l’armistice) obtenue, combien de combattants regrettent les heures de la mobilisation !

A ce propos, ne trouvez-vous pas qu’on nous bassine un peu trop avec la Grande Guerre ? Vrai, né en 1931, j’ai l’impression de revivre mon enfance. A quand la chambre bleu horizon, les croix de feu, et le salut respectueux au drapeau ? Je vous vois venir : Mon cher, nous y sommes déjà, lisez donc les journaux. Pas faux. Voilà pourquoi il est plus que regrettable de lire sur les murs de notre belle ville des citations plus ou moins littéraires, mais à coup sûr anarchistes. Quelle connerie la guerre. Belle mentalité que celle de la jeunesse-là ! Ah, ouiche, ça promet.

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