(fil-fax 04/09/14)
Les occupants de la Ferme des Bouillons, située à Mont-Saint-Aignan entre le Parc d’activités de la Vatine, une rocade et la Forêt verte, ont gagné fin juillet une nouvelle bataille dans leur combat contre Immochan, la filiale immobilière d’Auchan qui a acquis les lieux pour édifier un centre commercial. En effet la validité du permis de démolir a touché à sa fin, interdisant à Immochan de construire sur ce terrain de quatre hectares. Déjà en janvier 2014, le Plan Local d’Urbanisme (PLU) avait été modifié par le conseil municipal plaçant le terrain en Zone Naturelle Protégée (ZNP) et non plus en Zone à urbaniser (ZAU). « Nous devons rester vigilants mais c’est une victoire qui nous permet de regarder vers l’avenir et de penser à un possible rachat citoyen collectif de la ferme quand elle sera mise en vente » explique Matthieu, un des dix occupants permanents de l’exploitation.
L’association des Bouillons comprend désormais plus de 1000 adhérents : « La cause a pris de l’ampleur à partir du Festival de la Tambouille de septembre 2013 où nous avons compté 1.500 visiteurs » indique Philippe Airaud, co porte-parole. Les occupants espèrent que la deuxième édition de ce festival, qui mêle arts de rue, conférences militantes sur l’agriculture périurbaine et concerts aura le même succès les 26, 27 et 28 septembre prochains. En attendant, des dizaines de curieux se rendent chaque semaine à la ferme, occupée depuis le 6 décembre 2012. « En plus du maraîchage et de la perma-culture, nous souhaitons promouvoir un aspect culturel avec des chantiers participatifs de théâtre, de musique ou de contes », précise Philippe Airaud.
L’association, qui s’inscrit pleinement dans la politique agricole de la CREA visant à développer les filières agricoles courtes et durables dans des zones périurbaines, souhaite importer cette problématique à la profession agricole : « ce dossier est emblématique et doit devenir une tribune afin de porter le débat face à la Chambre d’Agriculture ou la SAFER » conclut Philippe Airaud. A terme, ces défenseurs de l’agriculture locale désirent y établir une ferme d’éducation populaire « dans laquelle les jeunes pourront découvrir d’où proviennent leurs aliments ». Immochan que nous avons sollicité a indiqué ne pas avoir de « commentaires particuliers à faire à ce sujet »
Le soutien de Terre de liens
Le mouvement Terre de Liens dont l’une des ambitions est de supprimer le poids du foncier pour les agriculteurs, a organisé son conseil d’administration de rentrée dans les bâtiments agricoles de la ferme : « nous sommes partenaires pour accompagner la Ferme des Bouillons au devenir du site car développer une agriculture bio en zone périurbaine est en lien avec notre volonté de créer des activités agricoles écologiquement responsables et socialement solidaires » a affirmé Mathieu Gerbault, responsable de Terre de Liens en Seine-Maritime.
Avec la concentration et l’agrandissement des exploitations, la disparition et la spéculation des terres agricoles, le marché foncier s’est rétréci et le prix de la terre a augmenté : « En France, il y a une installation pour trois départs alors que l’agriculture participe au développement économique en créant des emplois de la chaîne alimentaire ». En 10 ans d’existence, l’association a levé plus de 35 M€ fonds en France pour acheter une centaine de fermes – dont onze en Normandie – qui ont permis l’installation de 220 paysans.