Après avoir donné les 18 heures de l'intégrale de Henry VI, la trilogie de Shakespeare, au festival d'Avignon en juillet dernier, le metteur en scène et comédien rouennais de 32 ans Thomas Jolly est en résidence au Rive Gauche. Du 8 au 19 septembre, lui et sa compagnie La piccola familia travaillent à la préparation de leur prochain spectacle… Il reste encore quelques places. La trilogie qui retrace en quinze actes le règne du roi anglais Henry VI au XVe siècle sera donnée le 20 juin au Théâtre des Arts de Rouen dans le cadre d'une coproduction avec Le Rive Gauche.
Ce sera l'occasion unique en France de voir ce gigantesque feuilleton « vivant ». Hormis Avignon en juillet dernier, nul autre théâtre n'a pour le moment pu programmer l'intégrale de ces 18 heures de spectacle en une seule représentation.
En attendant cette date, la compagnie de Thomas Jolly a mis en chantier sa prochaine création. « Une compagnie est toujours en recherche, indique le metteur en scène, on prend le temps de s'égarer pour voir dans quelle direction aller après cette énormité qu'a été Henry VI. »
La vingtaine d'artistes de La piccola familia a notamment choisi de remonter à la source de l'inspiration shakespearienne, le théâtre antique. « On a à la fois eu envie et ressenti le besoin d'aller chercher notre inspiration dans le lieu même où a pu jaillir les premiers instants du théâtre ». Éschyle, Sophocle, Ovide, Sénèque sont donc au programme de ces journées de lectures et de réflexions.
Outre l'envie de poursuivre l'aventure shakespearienne en remontant à la source, Thomas Jolly avoue sa volonté de renouer avec ce qui était à l'origine même du théâtre : « le théâtre est au fondement de la cohésion sociale, dit-il, en cette période de Manif pour tous, de racisme, où l'on pointe du doigt tous ceux qui sont différents, on est à un endroit de l'humanité flottante, un endroit où le théâtre a une place à retrouver pour permettre à chacun de penser et de dissiper ses peurs et ses angoisses. Moins il y aura de peurs, moins il y aura d'extrémismes archaïques ».
En empruntant, avec Henry VI, aux séries télé actuelles cette forme narrative longue et addictive, Thomas Jolly n'a donc pas seulement cédé à une esthétique du moment, il semble avoir voulu faire un pas vers le public, renouer avec la « dimension fédératrice » du théâtre.