Il fut un temps où, lors d’une conversation à bâtons rompus, on confondait la rue des Basnage avec la rue du Bailliage, la rue du Bac avec la rue du Bec. C’était à ne pas s’y retrouver. Le calendrier des Postes seul nous départageait. Les meilleurs d’entre nous usaient de moyens mnémotechniques (quel mot !) Pour le Bac, facile : elle devait être, la rue, au plus près de l’eau. Pour le Bailliage, bernique. Celle des Basnage tient son nom d’une famille de notables (c’est Tanguy qui le dit et qui y est). Quant au Bec, on tombait dessus.
Aujourd’hui, la rue des Basnage est celle de l’Armitière. Ou encore du restaurant Maître Corbeau (pour d’autres). Rien à voir avec ce qui précède, donc. Encore que. Le phénix des hôtes de ces bois fait référence (je précise) à La Fontaine, dont il arrive que l’Armitière vende un ou deux exemplaires des fables choisies. Pas toujours, mais parfois. Au restaurant, on n’applique pas la réciproque. A tort, peut-être. J’ai connu l’Armitière, rue de l’Ecole, celle du temps où les enfants apprenaient Le Corbeau et le Renard. Cela dit en passant.
Autrefois, les lieux voués au présent Maître Corbeau abritaient une entreprise d’électricité (il me semble). Ou de chauffage ? Raison pour laquelle, sans doute, il y fait un peu frais. Sans habitude, j’y déjeune de temps à autre. C’est populaire, pas cher, bon (sans plus) avec l’impression d’être au milieu de gens pour qui je n’ai pas à m’en faire. C’est une cantine où l’on est comme transparent. Un peu à l’image d’un pâle gruyère.
La rue du Bailliage a tout perdu de son charme ancien. La faute au parking souterrain dont on a voulu ici dissimuler l’entrée. Flâner en ces lieux ? Vous n’y pensez pas. On ne dira jamais assez combien la construction du parking du palais a été un désastre. J’ai dit, ailleurs, pourquoi. On me l’a reproché. A présent, on invoque les nécessités du temps et le manque d’imagination. Faute avouée, à moitié pardonnée. Dites, la prochaine fois, votez pour moi.
On passe par la rue du Bec. On ne s’y attarde pas. Sauf, semble-t-il, à faire queue, vers seize heures, à la croissanterie dont j’oublie le nom. Pour le reste, dépêchons. Et rue du Bac ? Idem. Ce panorama des plans de la Reconstruction eut son intérêt. Il est aujourd’hui inexistant. Tout ce qui subsiste de ce quartier mériterait une entière piétonisation. Ne comptez pas sur nos créatifs municipaux. La prochaine fois, etc.
Oui, là encore, là toujours : la bagnole, la bagnole, la bagnole. Trois fois la bagnole ? Oui. L’autre jour, passant, j’ai constaté que l’antique Océanic Bar a disparu. Si la vitrine est toujours troquet, l’enseigne est placée sous une autre invocation. La précédente était déjà le fantôme d’une précédente. Mais des Lettres, du Pittoresque et de la mémoire de nos Rues, voilà que tout s’évapore. A la satisfaction générale ? Il faut croire. Comme disait mon ami Raphaël : Il ne me tarde pas de connaître l’issue de tout cela.