DCXIV.

On semble s’activer du côté de la chapelle du lycée Corneille. Après des atermoiements d’ordre esthétique, les travaux ont repris. Dare-dare, presque. C’est que la musique n’attend pas. Bientôt, là où Pierrot le rimailleur communiait en veux-tu en voilà, on jouera de l’épinette et de la mandoline. Seulement, voilà, ça ne sera pas sans y laisser des regrets. D’abord celui d’avoir à s’occuper du cardinal de Joyeuse. Du moins, de son squelette.

Trois mots sur ce cardinal ? Il en faudrait plus pour vous retenir ici. Sachez qu’il fut fameux dans sa partie et, comme aurait dit Pierrot, que c’était un gars qui savait naviguer. Pensez, un type qui était à tu et à toi avec Grégoire Treize, Henri Trois, Henri Quatre, Urbain Sept, Grégoire Quatorze, Innocent Neuf, Clément Huit, Léon Onze, Paul Cinq, Louis Treize et encore un tas de gens sont les noms s’écrivaient alors en chiffres romains. Un tel homme devait être une tête (une tronche) et pas un à qui on marchait sur les pieds.

Il n’empêche. Nos élus républicains n’en ont cure (ce qui, en l’occurrence). Ils ont résolu, puisqu’il est mort, de déplacer notre homme Du moins, son tombeau. Comme celui-ci est en gros marbre bien dur, ils se feront aidé par un maçon (ce qui, en l’occurrence). Ai-je oublié, pour une bonne compréhension, de vous dire mon cardinal est inhumé dans la chapelle dont je vous parlais au début ? Enfin, si oui ou si non, ce tombeau gêne. Il n’a pas gêné pendant des siècles, mais maintenant oui, il gêne.

C’est que, pour écouter Bach ou Laverne (ce qui jamais ici n’arrivera), il faut que chacun puisse mettre son paletot au vestiaire et puisse se laver les mains. Du moins, quand le besoin s’en fait sentir. Or, simple exemple, à l’auditorium, il est hors de question de pisser dans un violon. Il faut donc des water-closets (ça ne se dit plus). Or, a priori, une ancienne chapelle en est dépourvue. L’architecte en a vite convenu : va pour des cabinets (ça se dit encore moins) et un porte-manteau (dit aussi perroquet). Pour ce faire, de Joyeuse en cadavre gêne.

Virez moi ça ! aurait dit l’élu, en parlant du tombeau. Ça coutera ce que ça coutera. Au fait, que contient-il ? Pas grand-chose car François de Joyeuse, fut inhumé en plusieurs morceaux, son cœur à Avignon, son corps à Pontoise. Quelle histoire ! Mais à Pontoise aussi, il gênait. D’où, après conciliabules de prêtres, un autre déménagement. En langage noble : une translation. Direction Rouen.

Cet épisode, dans l’attente de mieux, se passait en 1779. Ici, le corps fut logé dans un séminaire que le mort avait fondé. Mais, en 1826, revirement, on re-translate. Du séminaire cette fois à la chapelle du lycée. Pour l’occasion, les puissants cassèrent leur tirelire et mirent ce qui restait de notre héros dans le magnifique tombeau que l’on sait. Et qu’on va donc déplacer. Encore et encore.

Quelque chose me dit que l’histoire n’est pas terminée. Dans un prochain épisode, on verra comment et pourquoi.

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