Pourquoi une houle géante déferle sur la Bretagne ?

Les surfeurs profitent des tempêtes qui frappent l’Europe

Crédits: Thomas Deregnieaux

Bretagne, le 5 février. Crédits : Thomas Deregnieaux

Depuis le 20 décembre, les côtes européennes sont balayées par des tempêtes, plus fortes les unes que les autres. Dirk, Hercules puis Brigit, Nadja et maintenant Petra, des noms dignes d’acteurs de films de série Z qui n’ont pas fait franchement rire les milliers d’habitants touchés par ces phénomènes météorologiques.

Si, à terre, la situation n’était pas si tragique, on se réjouirait de la houle que ces tempêtes ont levé sur leur passage. Les spots européens de surf XXL – Belharra au Pays basque français, Nazaré au Portugal, Mullaghmore en Irlande –, endormis par temps normal, se sont réveillés du bon pied.

En témoigne cette dernière vidéo, publiée le 2 février par l’équipe du Britannique Andrew Cotton, sur le spot de Nazaré. Là même où, en décembre 2013, Carlos Burle avait dérobé à Garrett « Crazy » (source AFP…) McNamara, le titre – honorifique car invérifiable – de la plus grosse vague jamais surfée. Et où sa compatriote Maya Gabeira était à deux doigts d’y perdre sa vie (1).

Bref, une houle bien « grasse », comme on l’appelle dans le Sud. Ce n’est pas fini. Petra arrive tambour battant au large de la pointe du Finistère. Des creux entre 15 et 20 mètres y sont annoncés, mercredi 5 février, par Météo marine. Et ce n’est toujours pas fini… Une énième dépression pointe déjà son nez au large de l’Irlande. « Si le phénomène des tempêtes hivernales n’a rien d’extraordinaire, c’est la fréquence à laquelle elles se suivent qui interpelle, explique Joël Hoffman, chef du service des prévisions marines à Météo France. Autre fait inhabituel : les tempêtes de ce type se situent normalement plus au nord dans l’Atlantique. »

Ainsi, la taille exceptionnelle de la houle, qui déroule actuellement sur nos côtes européennes, est directement liée à cet enchaînement de fortes dépressions, comme le décrit Joël Hoffman. « Les vagues classiques qu’on retrouve sur notre littoral sont générées par un vent local, ce qu’on appelle la ‘mer de vent’. La houle, elle, est créée par les dépressions au large et se propage sur nos côtes même en l’absence de vent. Entre deux dépressions, elle s’estompe avant de disparaître. Or, depuis quasiment deux mois, la houle n’a pas le temps de mourir qu’une nouvelle dépression arrive et la renforce. »

Corrélation

Aujourd’hui, cette houle est grosse et très puissante. Sa période (temps compté entre deux crêtes, [2]) est de 18 secondes.« Des mesures qui restent exceptionnelles », d’après Joël Hoffman. « A titre de comparaison, une houle ‘normale’ oscille entre 8 et 12 secondes, » rappelle-t-il. En janvier, à Belharra, la période était comprise en 18 et 20 secondes.

Prévisions du mercredi 5 février. Crédit : Surf report

Prévisions du mercredi 5 février. Crédit : Surf report

Si le constat est évident, quid des origines de cette fréquence élevée de tempêtes ? Si Joël Hoffman ne veut pas s’aventurer sur le terrain miné et politisé du changement climatique, il évoque les liens de cause à effet entre deux phénomènes météorologiques inhabituels, qui sont scientifiquement prouvés dans d’autres parties du monde. 

« On sait, par exemple, qu’en Amérique du Sud, El Nino (courant d’eau chaude remontant sur les côtes péruviennes) entraîne des fortes pluies en Indonésie. Dans l’hémisphère Nord, nous avons une situation comparable et il existe des corrélations très forte entre le temps qu’il fait en Europe du Nord, du Sud et les Etats-Unis. Néanmoins, on ne sait pas si ces tempêtes sont une conséquence directe de la vague de froid extrême qu’a connue l’Amérique du Nord fin 2013. Mais ça reste de l’ordre du possible. »

Danger sur les spots

Les vagues qui déferlent actuellement sur les spots les plus exposés peuvent atteindre 6 à 8 mètres sur les spots bretons. Il va sans dire que s’y aventurer en surf, kitesurf ou windsurf est risqué. « Je ne veux pas dire aux gens ce qu’ils doivent faire mais il s’agit ici de vagues très dangereuses », prévient Joël Hoffman.

Si toutefois vous voulez vous mettre à l’eau, pour trouver, en Bretagne, des vagues de bonne qualité, les surfeurs chevronnés devront chercher des spots exposés au Nord, voire au Nord-Est, à l’abri du fort vent de Sud-Ouest. Attention, donc, à la sortie de trop et, si vous avez l’intention d’enfiler votre néoprène, ne sortez jamais seul et prévenez votre entourage à terre.

N’hésitez pas à poster vos sites de prévisions préférés, tous sports de glisse confondus, et vos conseils sur les mesures de sécurité à respecter.

Quelques photos prises par des amateurs ce jour de « baston » total.

Lomener, Ploemeur, Morbihan (Thierry Renaud)

Lomener, Ploemeur, Morbihan (Thierry Renaud)

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