CDXXXIX.

Entrée dans l’hiver ou fin de partie ? Je me passionne peu par ce qui se passe ici (et ailleurs, donc !). Pourquoi m’en suis-je pris à Laurence Tison ? A Guy Pessiot ? Que m’ont-ils fait ? A moi, rien. Et aux autres ? Encore moins. Une fois écrit mes chroniques où je ne veux qu’une chose – amuser la galerie – je me dis que c’est bien de la peine pour pas grand-chose. A la fois sujet et objet. Combien m’en reste-t-il à écrire de ces rouenneries en chiffres romains ? Une centaine ? Cinquantaine ? J’attendais tout de la continuité. Je me disais, qu’à force, il en sortirait quelque chose.

Pas certain que j’y réussisse. A continuer ou à finir. Rouen Chronicle disparaitra comme le reste. Comme disparaîtront Laurence Tison et Guy Pessiot. Pas ensemble, admettons-le. Déjà aux municipales de 2014, c’est acquis. La relève en prendra aussi pour son grade. Comme dit le savoir populaire : ils ne perdent rien pour attendre. Qui se souvient de Guy Lucas-Leclin ? De Roger Dusseaulx ? Pas grand monde. Ils furent, eux aussi, conseillers municipaux ; le deuxième même député, même ministre. Ministre, pensez ! C’était il y a cinquante ans ou plus. En 2062, qui se souviendra de Félix Phellion ?

La nuit, il m’arrive de pensez à un tas de gens. Presque avec étonnement. Ils sont invoqués parmi les quelques amis qui persistent (peu, à cause mon mauvais caractère). On compte les morts. Ou ceux qui restent. Vivants ? A peine. Le souffle, ça va, mais l’espace ? Ce qui manque le plus. Parfois, entrant au restaurant, nous n’y sommes pas connus. Les patrons ont changé, les serveurs itout. On nous parle comme à des touristes. Pire, comme à des retraités faisant la bombe. Quelle tristesse que ce Rouen là.

Oui, pourquoi m’en prendre à Laurence Tison ? Faiblesse de vieillard ? Possible. Je ferais mieux de réserver mes forces pour le passage de la Cour des Comptes. Tiens, voilà un vrai sujet. Autrefois, ce passage reliait la rue des Carmes à la rue St-Romain. La construction du défunt Palais des Congrès le réduisit en miettes. Puis renaître sous une forme qui était tout sauf un passage. Nouvelle démolition (encore, toujours) puis construction de trop fameux Monet-Cathédrale. Reverrions-nous le passage ?

Ce fut chose acquise. Au travers des palissades, on en voyait l’esquisse. Oui, oui, il y a un passage. Depuis peu, on y voit aussi une grille. Bien haute et bien fermée. Pour passer, il faut la clé. Donc être propriétaire d’un chic appartement. Pour Monet, allongez la monnaie. Encore une privatisation de l’espace public. Pas la première, pas la dernière. Cette municipalité, toutes gauches confondues, en a le secret. Ce qui ne lui sert à rien, elle le vend.

La Ville a besoin d’argent, n’est-ce pas. Pour faire quoi ? Se célébrer soi-même, entre autres. Passer de la rue des Carmes à la rue Saint-Romain, vous n’y pensez pas ? Non. Alors Laurence Tison, Guy Pessiot, Guy Lucas-Leclin, Roger Dusseaulx, vous n’y pensez-pas ? Non.

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