Bayeux : L’ancien parc de Moisson de Vaux


Le chemin partant de cette entrée est bordé par un platane puis des frênes enfin des aulnes.

Bayeux : L’ancien parc de Moisson de Vaux


Extrait Patrimoine Normand N°68
Par Georges Bernage
Photos : Erik Groult

Un parc botanique avait été créé à Bayeux,  à la fin du XVIIIe siècle, à proximité de la cathédrale.
Retrouvons ses traces…

 
L’une des entrées de l’actuel Parc d’Ornano, vestige du parc d’exception créé ici à la fin du XVIIIe siècle >


Malgré l’espace dévolu aux parkings, le Parc d’Ornano présente encore de beaux espaces arborés et fleuris. Dominés par les tours de la cathédrale, nous voyons au centre un chêne vert et, à droite, un petit arbre en boule (un noisetier de Byzance) dominé à droite par un cyprès chauve. Des perovskias au premier plan à droite.
 
Gabriel Moisson de Vaux, célèbre botaniste de la fin du XVIIIe siècle, a qui l’on doit la propagation de  la culture de la pomme de terre en Normandie, popularisée en France par Parmentier, avait développé, en son château de Vaux-sur-Aure, un jardin botanique où il avait acclimaté des plants nouveaux. Sous la Révolution, il est consulté par la Commission des Arts et il rédige un rapport pour solliciter auprès des Administrateurs du District de Bayeux la concession d’un terrain propre à l’éducation des plantes et pépinières. Il commence ainsi son rapport daté du 24 Messidor de l’an II (1794) : « Le temps est venu où tous les efforts du patrimoine et de l’esprit industriel vont tendre à donner à l’agriculture et à tous les arts qui en dérivent le plus grand degré possible d’activité et de perfection. Une terre libre, cultivée par des hommes libres doit se couvrir de toutes les productions utiles disséminées par la nature sur les quatre parties du monde. »
Dans son rapport, il fait quelques commentaires intéressants con­cernant les avantages du climat doux et maritime de la Normandie : « Le District de Ba­yeux, quoique d’un degré plus au nord que Paris, n’est pas sujet à éprouver au même point que cette ville et ses environs les ravages de la gelée ; les excès de heresécheresse et de chaleur y sont aussi moins sensibles. Peut être est-ce à l’influence des émanations marines qu’il est redevable de cette heureuse exception. 

Quoiqu’il en soit de la cause, l’effet est certain, et cette position convient plus qu’aucune autre à la naturalisation, à la cutlure et à la multiplication des arbres et des plantes qui croisent spontanément sous des latitudes beaucoup plus méridionales. En effet, nous voyons que des hivers médiocres détruisent souvent à Paris le cyprès, même le thuya de Chine et une foule d’autres espèces d’arbres étrangers qui y résistent cons­tamment dans ce pays-ci. (…) De plus, le District de Bayeux a l’avantage de réunir dans son arrondissement des terrains de toute nature, depuis la terre la plus riche et la plus forte en grains et en pâturages, jusqu’à ce sol légr qui ne nourrit que des bruyères, mais qui d’ailleurs est si propre aux semis, à l’éducation et à la culture d’une foule de plantes intéressantes de l’Amérique septentrionale et des Alpes. Cette réunion de circonstances naturelles et heureuses concourt avec l’utilité générale à réclamer la formation dans ce District d’un grand établissement national de pépinières d’arbres et d’arbrisseaux indigènes et étrangers, d’un jardin de plantes médicinales et d’un vaste dépôt de toutes celles qui peuvent servir à la nourriture des hommes et des animaux, ainsi qu’aux arts du tisserand, du teinturier, du corroyeur, etc. (…) Bientôt les platanes d’Orient et de Virginie borderont nos grandes routes maintenant si nues et offriront au voyageur l’abri de leur immense feuillage. » Il évoque ensuite le jardin botanique à créer, mais aussi les plantes médicinales : « Ainsi on en viendrait à peu près à réaliser cette salutaire idée de former une pharmacie indigène et de soustraire le Français au charlatanisme des marchands de drogues et à leurs mixtions suspectes. »

Il rappelle qu’avec les troubles de la Révolution certains hôtels particuliers ont été abandonnés, certains avec des arbres rares, y compris dans des orangeries, qu’il faut sauver. 

Il préconise, pour sauver ce patrimoine végétal, la création d’un parc botanique : " Ce dépôt végétal projeté, qui n’a rien de semblable ni dans le département ni dans ceux qui l’avoisinent, rassemblant toutes les plantes dont l’industrie humaine peut tirer parti, ouvrirait un commerce d’échange avec tous les jardins botaniques de France, serait un magasin toujours ouvert aux besoins de vos concitoyens et fournirait aussi des vivaces aux bons citoyens qui voudront les cultiver, conformément au dé­cret sur les secours pu­blics. "

Toujours sur les bords de l’Aure, deux érables sycomores et des aubépines en arrière plan. Au premier plan à gauche : petasites puis persicania.

Cependant, ce mémoire ne provoqua pas de réponse de la part de l’Administration supérieure. La situation générale était alors très grave en France, avec entre autres la guerre extérieure, et un tel sujet était relégué au second plan. Le Doyenné est tout d’abord affecté pour cette con­servation de plantes ; il s’y trouve alors douze orangers et citronniers. 

L’Hôtel Tardif
 
Un Museum est crée auquel est adjoint un jardin en 1795. Mais le Doyenné doit être rendu à ses propriétaires, en 1797. Il faut trouver un autre emplacement. Finalement, pour les sauver, les plants sont transportés dans la propriété particulière de Gabriel Moisson de Vaux, une belle propriété avec un hôtel particulier donnant sur la rue de l’Hôpital (actuelle rue de Nesmond).

Facade de l'empire
Celui-ci est constitué d’une aile située au nord, le long de cette rue, édifiée sous Louis XV, vers le milieu du XVIIIe siècle, et une aile en retour, à l’ouest, alors récente car édifiée à l’époque Louis XVI. Son vaste jardin est baigné à l’est par les eaux de l’Aure ; Moisson de Vaux peut s’y livrer à son penchant pour l’horticulture. On pourra y re­censer, vers le milieu du XIXe siècle, un beau cèdre du Liban, deux cyprès chauves (de la Loui­siane), plusieurs pins, d’Ecosse, des tulipiers – on note à cette époque que « deux de ces magnolias, situés près du lit de la rivière, se font surtout remarquer par leur taille gigantesque – La tige de l’un à son embase accuse une circonférence de 2,35 mètres. » Il y avait aussi un bignonia catalpa de près de deux mètres de tour, un beau chêne vert ayant acquis une circonférence de 1,35 mètre, un chêne kermès de plus de 3,40 mètres de tour et diverses espèces d’érables, et un noyer des Indes de 2,35 mètres de circonférence.
Après Gabriel Moisson de Vaux, la famille Tardif devient propriétaire de l’hôtel particulier, qui prend alors son nom actuel d’Hôtel Tardif. Il s’articule autour de trois ailes, l’aile Louis XV au nord, l’aile Louis XVI à l’ouest et l’aile Empire au sud. La propriété est acquise en 1849 par Monsieur Henneguy. Le descriptif précèdent ayant été fait peu après cette acquisition. Elle appartiendra ensuite à Maî­tre Dodeman, maire de Bayeux pendant la guerre. Séparée en deux lots, celui du sud est acquis vers 1947 par l’entreprise Ma­zuet avant de devenir l’ac­tuel parking d’Ornano, présentant encore de très beaux spécimens d’arbres fort bien entretenus par les services de la ville, paysage buccolique baigné par le cours de l’Aure. Le reste du parc et la plus grande partie de l’Hôtel Tardif (qui avait lui aussi été démembré après guerre) sont valorisés par l’Hôtel Tardif qui accueille des touristes du monde entier dans un cadre de qualité.




 

 
 
 

 
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