(fil-fax 28/01/14)
Le projet de future carte cantonale du département de la Seine-Maritime est maintenant connu. Ce n’est encore qu’une « projet de décret » que devra signer le Premier ministre comme pour tous les départements de France mais les conseillers généraux en exercice l’ont maintenant entre les mains avant la séance plénière du 6 février où le préfet viendra la présenter. En 2015, pour l’élection des membres des conseils départementaux (nouvelle appellation des conseils généraux), il y aura moitié moins de cantons ou presque (de 69 à 35 en Seine-Maritime) mais autant d’élus puisque chacun d’entre-eux sera représenté par un couple femme – homme. La nouvelle carte cantonale dessinée par le ministère de l’Intérieur par fusion ou redécoupage provoque de vives réactions.
Qui dit nouveau canton dit création ou perte du rang de chefs-lieux de canton qui parfois traduisent dans les faits une évolution de la démographie et de nouvelles polarisations. Dans les zones rurales la carte cantonale remonte à 1801.
Apparaîssent ainsi les cantons de Barentin, de Luneray, du Mesnil-Esnard, Notre-Dame de Gravenchon, lorsque disparaissent des noms comme Argueil, Aumale, Buchy, Bellencombre, Caudebec-en-Caux, Clères, Doudeville, Duclair, Fauville, Forges-les-Eaux, Londinières, Montivilliers, Ourville, Pavilly, Yerville…
Le redécoupage dessine une carte des pôles intermédiaires comme Bolbec, Eu, Gournay-en-Bray, Luneray, Neufchâtel-en-Bray, Saint-Valéry en Caux, Yvetot.
La logique du redécoupage étant de réduire les écart démographiques (entre 4.483 habitants à Fontaine-le-Dun et 38.304 à Boos), ce sont très normalement les zones rurales qui sont perdantes en nombre de canton. Le Havre n’a plus que 6 cantons au lieu de 9 mais comptera 12 conseillers départementaux. A l’inverse, Rouen en perdra un avec trois cantons (6 conseillers) au lieu de 7. Le territoire de la CREA (500.000 hab) passe de 20 conseillers à 32. Au nord de Rouen, le canton de Bois-Guillaume s’étend sur celui de Clères. Le canton de Boos, le plus peuplé du département, est démembré. Le territoire de la CODAH (250.000 hab) passe de 9 à 14 élus.
C’est aux franges est et nord du département, les moins peuplées, que les regroupements font naître de grands territoires : Gournay-en-Bray englobe maintenant Argueil, Forges-les-Eaux, Aumale ; Eu est associé à Blangy sur Bresle. Sur le littoral, Fécamp et Valmont ne font plus qu’un, et les deux cantons de Dieppe s’étalent l’un vers l’est l’autre vers l’ouest. Dans le pays de Caux, Yvetot est regroupé avec Yerville, Saint-Valéry en Caux avec Fontaine le Dun, Bolbec englobe Lillebonne alors qu’apparaît le canton de Notre-Dame de Gravenchon qui s’étend jusqu’à Caudebec-en Caux, Saint-Romain de Colbosc est associé à Goderville.
De vives critiques à droite et au PCF
D’ores et déjà la droite et le groupe Alternance 76 (UMP, UDF, DVD) dénonce « une absence de concertation avec les élus des territoires concernés » ce qui aboutit, écrit le président du groupe Pascal Martin à « des territoires charcutés, des élus bâillonnés ». Il y voit un « coup sérieux porté à la représentation de la ruralité au profit des agglomérations ». M. Martin parle « un passage en force du Parti socialiste ». De son côté l’UMP ajoute que cette réforme « ne génèrera aucune économie ».
L’opposition n’est pas l’apanage de la droite. Au Parti communiste, Jean-Louis Jégaden constate que le découpage « s’adosse à la montée en puissance des métropoles », qui vont étrangler les départements. Il s’agit ni plus ni moins que « d’une régression démocratique » qui va pousser au « bipartisme, au détriment du pluralisme », déplore Jean-Louis Jégaden.
Etienne Banzet
Projet de décret des nouveaux cantons du département de la Seine-Maritime