Olivier Galland, sociologue, est directeur de recherche au CNRS, président
du comité scientifique de l’Observatoire de la vie étudiante. Il dresse le portrait
de ces jeunes, libres mais adultes sur le tard, dont le nouveau chef de l’Etat
fait sa priorité. Extraits.
Sur les réponses des responsables politiques à la jeunesse :
Les
jeunes croient en leur propre avenir, pas en celui de la société.
C’est le défi
auquel sont confrontés les responsables politiques.
Leurs réponses ne devront
pas être trop générales car elles laisseraient de côté une partie de la jeunesse
qui, défavorisée, en échec scolaire et sans porte-parole, est déjà laissée à
l’abandon.
Il faut se garder, en effet, de l’idée qu’il existerait en France
une jeunesse partageant un destin commun et homogène.
Sur la » vie meilleure » des jeunes par rapport à celle de leurs parents :
La structure sociale du pays s’élève : il y a davantage de cadres et moins
d’ouvriers. Cette tendance est favorable aux jeunes. Ils sont aussi plus libres que ne l’étaient leurs aînés. Grâce aux nouvelles technologies , ils ont gagné
une grande autonomie dans la gestion de leurs relations amicales.
Les collégiens
ne sont plus des enfants et les parents n’ont plus de prise.
Le modèle de socialisation
des jeunes était vertical (soumis à l’autorité de parents, prescripteurs de
valeurs), il devient horizontal : les jeunes construisent leurs valeurs à l’intérieur
du groupe des pairs, sans contrôle parental.
![]()
Sur leur dépendance financière :
En France, le CDI est un symbole
très fort : c’est en le signant qu’on devient adulte. Mais la route est longue
pour y parvenir. On retrouve d’ailleurs ici le clivage entre deux jeunesses.
Les diplômés accèdent au CDI entre 25 et 30 ans dans 80 % des cas. Les autres,
un jeune sur cinq, sont plus instables. Et certains d’entre eux sont menacés
par l’exclusion sociale.
Sur l’âge où le jeune Français devient » adulte « …
Dans le modèle
méditerranéen, le jeune reste chez ses parents jusqu’à ce qu’il ait accumulé
suffisamment de ressources pour voler de ses propres ailes.
Il n’existe pas
de phase intermédiaire comme en France, les aides publiques sont faibles.
Dans
le modèle nordique, on privilégie en revanche l’autonomie précoce, les aides
publiques sont élevées et bénéficient à tous les jeunes.
Le modèle français
est intermédiaire. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les jeunes Français
partent relativement tôt du domicile familial : vers 20 ans. Autonomes, ils
ne sont pas indépendants financièrement. Les jeunes Français font leurs premières
armes avec un filet de sécurité. Ce modèle favorise cette phase d’expérimentation
où l’on tâtonne pour trouver sa voie.
Sur l’avantage de devenir adulte plus tard :
Les jeunes choisissent
leur voie de façon autonome et revendiquent ce droit. C’est bien ce qui explique
que l’orientation scolaire soit aujourd’hui si mal perçue. Quand celle-ci débouche
sur l’échec ou une orientation autoritaire, elle entraîne une grande acrimonie.
Notre système éducatif est structuré autour de l’élitisme républicain. Son rôle
est de diriger les meilleurs vers les filières les plus prestigieuses. Les autres
sont orientés par défaut.
Ce système rigide, traditionnel, tubulaire fonctionne
mal aujourd’hui. Les enquêtes menées auprès des jeunes de banlieue montrent
cette rancœur. L’école est la première institution de la République qu’ils rencontrent.
Quand celle-ci leur dit : vous n’êtes pas capables de réussir, ça fait mal.

Sur cette jeunesse qui décroche :
On la retrouve plus souvent en
banlieue (même si tous les jeunes de banlieue n’échouent pas) mais pas seulement
: ce sont tous ces élèves qui échouent à l’école et n’acquièrent pas les compétences
leur permettant de se débrouiller dans la vie.
L’écart entre la jeunesse diplômée
et la jeunesse qui décroche s’aggrave. C’est extrêmement grave. Cette exclusion
sociale a été le ferment des émeutes de banlieue en 2005. Il peut exploser à
tout moment chez une jeunesse qui ne s’exprime pas selon le mode traditionnel
des revendications et manifestations. C’est le même ferment qui provoque la
radicalisation politique, qu’elle prenne la forme d’un vote d’extrême droite
ou d’une dérive à la Mohamed Merah…
Pour aller plus loin « Les jeunes français ont-ils raison d’avoir peur ? »
d’Olivier Galland (Armand Colin, 2009). « Avoir vingt ans en politique. les
enfants du désenchantement » d’Anne Muxel (Seuil, 2010). « Nouvelles adolescences »
revue Ethnologie française, numéro 2010/1 (janvier 2012).
Lire également cet interview d’Olivier Galland en cliquant ici sur le site des apprentis d’auteuil