On se souvient du célèbre roman de John Steinbeck ” Des souris et des hommes ” publié en 1937. On se rappelle de Georges et Lennie parcourant la Californie de ranch en ranch accrochés à leur rêve de vivre “comme des rentiers”. On reste impressionné par la force physique hors norme de Lennie qui “ne parvient pas à dominer sa puissance hors de l’ordinaire”. Et de son envie obsédante du toucher qui le conduira au pire. Hier après-midi, lors de la commission du développement durable, on ne parlait pas de souris mais de rats. Il était question aussi de rente de situation et de force non maîtrisée. La commission auditionnait en effet Gilles-Éric Seranili, chercheur de l’université de Caen, qui a publié récemment les résultats de son travail d’étude sur les OGM. Il s’est intéressé au célèbre NK603 du groupe Monsanto et du Roundup. Pendant deux ans, des rats ont été nourris à partir de produit transgéniques. Et le résultat fait froid dans le dos. Les photos des rats avec des corps déformés sont convaincantes et effrayantes à la fois. Même si son étude a fait l’objet des sa publication d’un véritable tir de barrage de plusieurs scientifiques, critiquant pele-mêle la méthode et la validité des résultats, on ne peut pas évacuer le sujet d’un revers de la main. Cette étude a le mérite de relancer le débat sur les OGM. Stéphane Le Foll, le ministre de l’agriculture, a pris la bonne décision en demandant notamment à l’Anses de se saisir de ce travail loin de toute polémique et dans l’intérêt général. La pire des attitudes serait de jeter un voile sur ce travail de recherche. Personne n’ignore les intérêts financiers qui sont en jeu. C’est une véritable rente pour des groupes comme Monsanto. Personne n’ignore également cette longue marche quasi prométhéenne chez l’homme de vouloir maîtriser son environnement. Au risque d’être dépasser parfois par ses propres inventions. Sauf que nous ne sommes plus dans la fiction mais bien dans le réel.