Dans ma dernière chronique je me suis amusé (oh, pas beaucoup) aux dépens du directeur du Musée de Peinture. Il est connu sous le nom de Sylvain Amic. L’histoire, au vrai, ne le concernait guère. Cette affaire de tableau volé se déroulait sous le lourd règne de Laurent Salomé. Je me demande toujours comment (pourquoi ?) on devient directeur de musée. Diplômes, compétences, opportunités ? Possible. Des méchants (je n’en suis pas) disent intrigues glauques, relations inavouables, copinages éhontés. Possible aussi.
Je crois plutôt que c’est une question de contenance, d’apparence, d’allure. Simone de Beauvoir le disait : On ne nait pas directeur de musée, on le devient. Force est de reconnaître que les directeurs de musées rouennais n’ont jamais eu des têtes de directeurs de musées. Et surtout pas rouennais. Ceci explique cela ? Il faut croire.
J’ai connu Olga Popovitch. Elle ne ressemblait pas à une directrice. Et François Bergot ? Un peu plus. Mais inutile de vous dire à quoi ils ressemblaient vraiment. Vous ne comprendriez pas (c’est générationnel). A ce propos, le peintre Louis-Émile Minet (1841-1923) de qui le voleur-étudiant havrais est tombé amoureux au point de lui dérober son Appel au déjeuner, fut aussi (qui s’en souvient ?) directeur de notre musée. Serais-je Sylvain Amic que cette concordance me troublerait.
Ce dernier directeur ressemble-t-il à directeur de musée rouennais ? Pas du tout. Chaque matin, devant sa glace, il se demande s’il doit se faire la tête de Luc Ferry ou celle d’Alain Finkielkraut. Un jour c’est l’un, un jour c’est l’autre. Il se dit qu’au Ministère on finira par s’en apercevoir. Ainsi de Laurent Salomé qui faisait tout (parfois plus) pour ressembler à Tintin (celui de l’Alph-Art) ; à certaines inaugurations, c’était vraiment réussi (en plus vieux). Voyez la suite.
J’entends vos commentaires. Je redoute votre goguenardise. Et vous Félix Phellion, à quoi ressemblez-vous ? Jeune, je ressemblais à James Hadley Chase. Je forçais même le trait. Un soir, à l’Hôtel de la Poste, on m’a pris pour lui. Mon anglais hésitant et Johnny Walker ont fait le reste. Vrai que j’aurais aimé avoir écrit Méfiez-vous fillette ! Alors qu’au final ce fut Elles attigent… ou Pas de mentalité. A présent je ressemble à un vieux monsieur qui a des difficultés pour marcher (dans tous les sens du terme). Léone, aide-ménagère de convention, en profite. Chargée de mon ravitaillement, elle feint de ne jamais trouver la marque de mes biscuits préférés. Sur le tard, cette femme en venge beaucoup.
Quel vagabondage ! Nous en étions où ? Tout était simple autrefois. Aujourd’hui tout semble compliqué. Je me demande ce que cet étudiant avait dans la tête pour voler un tableau de Minet. Ayant été souvent (parfois) dans le salon Louis XVI, je ne crois pas avoir vu ledit. Mais il y a tant de peintres, tant d’étudiants. Et de cambrioleurs donc ! Qui sont parfois les mêmes. Et de directeurs aussi ! Sans parler des questions sans réponses. Pour l’heure une seule m’importe : pourquoi les Figolus sont-ils si mal distribués ?