A Bremerhaven, dans le Nord de l’Allemagne, l’industrie éolienne a redynamisé l’économie régionale

(fil-fax 16/10/12)

Mais quel notable normand n’est donc pas encore allé à Bremerhaven ? Pour un peu, on se bousculerait dans ce port allemand situé sur la mer du Nord, à l’embouchure de la Weser. La semaine dernière, s’y sont successivement rendus (sans se croiser) le président de la Région Haute-Normandie Alain Le Vern puis le député-maire du Havre Edouard Philippe. Ce ne sont pourtant ni son port de plaisance moderne ni son musée de l’émigration ni encore moins son zoo qui ont eu l’honneur de leur visite, mais son pôle éolien, un modèle de développement économique et social. Et les élus ont arpenté le principal site de production d’Areva Wind qui se prépare à installer 120 éoliennes off-shore d’ici 2013 en Mer du Nord. Un modèle idéal pour Le Havre, où le groupe français va s’implanter d’ici 2014.

Partout, dans la zone industrialo-portuaire de Bremerhaven, on voit ici des pales, là des moyeux, des nacelles, des mâts gigantesques… Ici, on conçoit, construit, assemble, expédie par bateaux, conduit et surveille des éoliennes en mer. Une activité assurée par une quinzaine de sociétés implantées localement dont Areva, Repower, PowerBlades, WeserWind, soit aujourd’hui 3.000 emplois directs et de 9 à 12.000 emplois indirects. Et le maire de cette ville de 113.500 habitants, Melf Grantz, n’hésite pas à tabler sur un total de 8.000 emplois d’ici 2020, grâce à cette filière qui continue à transformer durablement le profil économique de la ville. « Tout ce qui a été décimé a été remplacé par le secteur des énergies nouvelles et nous avons ainsi réduit le taux de chômage de 25 à 14 % en une dizaine d’années. »

Car après un essor économique florissant au XIXème siècle, fort de quatre chantiers navals et de sociétés de commerces prospères, Bremerhaven a connu le déclin : fermeture des chantiers -un seul rescapé : Lloyd, près de 500 salariés- et disparition de la pêche en haute mer. Depuis, la ville portuaire a misé sur une mutation économique s’appuyant sur « trois piliers majeurs », explique Melf Grantz : l’activité portuaire (9.000 salariés, 6 millions de conteneurs et près de 2 millions de véhicules transbordés chaque année), le tourisme (2.000 salariés) et l’éolien. « Tous les volets ont été mis en place : production mais aussi recherche scientifique et la Ville a travaillé aussi bien avec le port, l’agence nationale pour l’emploi qu’avec les universités pour créer des cursus dédiés. » Ont ainsi été créés l’institut Franhofer, unique lieu de test des pales d’Allemagne, un pôle régional de recherche sur l’énergie éolienne, une agence de l’énergie éolienne de Bremerhaven/Brême… Le développement de la filière a reçu le soutien du Land de Brême et 200 millions d’euros d’aides des pouvoirs publics. Prochaine étape, la mise à disposition d’ici 2015 d’un terminal portuaire et d’un espace de 250 hectares dédiés à l’éolien off-shore sur lesquels vont se regrouper les acteurs majeurs de la filière.

Areva Wind : « Faire mieux au Havre »

« Visiter le site de Bremerhaven et constater la réussite de la mobilisation et complémentarité de tous les acteurs remplit d’optimisme, commente le président de l’agglomération havraise Edouard Philippe. Il s’agira d’adapter et d’optimiser le futur site industriel havrais. » Avec « à la clé, la création de plus de 2.000 emplois pérennes ». Areva Wind qui a déjà posé en mer du Nord six éoliennes sur le parc expérimental Alpha Ventus, en 2009, en a construit 17 en 2011 puis 65 en 2012, devra installer 100 éoliennes de 5 MW chacune au large de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) d’ici 2017. Elles seront fabriquées, assemblées et testées au Havre, où Areva a réservé plus de 30 hectares sur le quai Johannes Couvert. Le groupe se prépare aussi à répondre au nouvel appel d’offres du Tréport, à installer un parc expérimental au large de Veulettes-sur-Mer et à attaquer le marché britannique. Selon Philippe Kavafyan directeur d’Areva Wind France, le site havrais « fera mieux » que les cinq sites actuellement implantés en Allemagne, car « il regroupera nos activités sur un même lieu où nous travaillons à faire venir nos fournisseurs principaux, même étrangers. »

Le projet industriel se met peu à peu en place. Prochaines étapes : ouverture de bureaux d’Areva Wind dans les Docks Dombasle, inauguration d’un mât de mesures dans le projet Wind Innovation In Normandy (WIN) près du pont de Normandie, rencontre le 14 novembre avec sous-traitants et fournisseurs potentiels avec la venue de Luc Oursel, président du Directoire d’Areva, projet d’un site d’essai à terre. En janvier, un Forum des métiers de l’éolien organisé par la Maison de l’Emploi du Havre et de la Pointe de Caux accueillera les lycéens de 1ère et Terminale. En perspectives également, l’arrivée d’Alsthom, choisi avec EDF Energies nouvelles pour les champs d’éoliens de Saint-Nazaire, Courseulles-sur-Mer et Fécamp.

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