Article du site http://www.76actu.fr
Lundi 5 novembre, date limite fixée par le tribunal de Rouen pour le dépôt de nouveaux dossiers de reprise pour Petroplus. 2 000 personnes sont attendues devant la raffinerie.
Après avoir écarté deux offres de reprise, les juges avaient néanmoins permis à d’autres éventuels repreneurs de « se faire connaître », avant ce lundi 5 novembre. « L’heure limite, c’est 17 heures », détaille Yvon Scornet, contacté par 76actu, ce samedi soir, mais « la raffinerie va vivre ! », répète-t-il.
« Ils ont pris la décision de nous tuer », lâchait le porte-parole de l’intersyndicale de Petroplus, face à un groupe d’une centaine de salariés réunis devant le tribunal de Rouen, le 16 octobre (notre article). Aujourd’hui, il veut y croire, « car d’autres repreneurs se sont manifestés », annonce-t-il.
« Le projet de NetOil est mieux ficelé »
« Net Oil serait un peu fragile financièrement pour démarrer, mais on préfère tenter notre chance que de voir la raffinerie fermer, insiste-t-il, en faisant les comptes : en additionnant les 470 emplois directs et les sous-traitants, la raffinerie fait vivre près de 2 000 familles ».
À peine rentré du Conseil européen de Bruxelles, François Hollande s’était invité à la dernière minute à la réunion organisée à l’Élysée par un de ses conseillers avec l’intersyndicale ; le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a affirmé de son côté « être parti en chasse » d’un repreneur (notre article)…
Ville morte à Petit-Couronne
« Il y a des gens dans l’usine qui craquent, c’est long ! Ils ont peur pour leur famille, leur maison… 70 sont déjà partis avec rien depuis le début de ce combat, dont certains avaient plus de dix ans d’ancienneté !, soupire Yvon Scornet, mais pourtant, la lutte continue ».
Le maire de Petit-Couronne a souhaité associer pleinement la Ville à l’opération proposée par l’intersyndicale, en fermant les accueils municipaux. La Ville a également invité les commerces à baisser leurs rideaux et a invité elle-même la population à se mobiliser devant la raffinerie pour un barbecue géant.
« Si la raffinerie ferme ses portes, ce sera 10 ou 15 % du chiffre d’affaires en moins pour les petits commerçants, souligne Yvon Scornet. Surtout les commerces de bouche, comme les boulangeries, les snacks et les traiteurs. L’impact ne se limitera pas aux salariés de Petroplus. Il faut comprendre que cela coûterait beaucoup plus cher à la France de fermer la raffinerie que de nous aider à vivre. »
Grève dans l’ensemble des raffineries et dépôts de France
Dans le même temps, la Fédération nationale des industries chimiques CGT (Fnic) a lancé un appel à la grève de 24 heures dans l’ensemble des raffineries et dépôts de France, pour ce lundi 5 novembre, également.
« Un premier avertissement lancé en direction du gouvernement et des pétroliers », selon le secrétaire fédéral de la Fnic-CGT, Charles Foulard, reconnaissant que « les conséquences devraient être limitées sur l’approvisionnement » et qu’elles seront avant tout « financières pour les pétroliers ».
« L’attitude de Shell est ahurissante »
« Nous n’y allons pas pour discuter du “contrat de processing”, expliquait Yvon Scornet à 76 actu, avant le départ, mais pour dire à Shell qu’il va falloir prendre ses responsabilités, et cela quelque soit l’issue. Shell reste redevable de notre dette sociale. »
La direction de la filiale française du groupe pétrolier Shell indiquait, après l’entretien, espérer une « issue favorable » pour le site en liquidation, après avoir reçu la délégation de salariés.
« Nous comprenons les inquiétudes des salariés de la raffinerie Petroplus. Depuis janvier, Shellcoopère avec l’administrateur afin de faciliter la transition avec un repreneur. Nous continuons d’espérer une issue favorable », déclarait dans un communiqué Patrick Roméo, président deShell France.
Mais pour les salariés de Petroplus, le discours est moins optimiste.
« Cette réunion, à la demande de l’intersyndicale, aurait dû être constructive sauf que pour Shellil n’y a plus aucun lien entre la Société des Pétroles Shell et les salariés de la raffinerie de Petit-Couronne, qui, pour beaucoup d’entre eux ont pourtant travaillé plus de 30 ans avec la coquilleShell sur leurs tenues de travail et qui aujourd’hui encore, en processing, travaille pour Shell », tempête Yvon Scornet.
« Nous ne sommes pas là pour constater ce que Shell ne veut assumer mais pour redire qu’il lui appartient d’assumer ses responsabilités historiques. Dans cet esprit, nous avons demandé que s’ouvrent des discussions avec Shell, sous l’égide des pouvoirs publics, pour envisager toutes les pistes nécessaires et possibles. Notre détermination est totale comme l’est aujourd’hui notre volonté de dialogue. Cette demande a été transmise aussi lors de notre réunion à Matignon », indique Yvon Scornet.