(fil-fax 12/12/12)
Le Havre qui va inaugurer mercredi la première phase de son tramway est une des dernières grandes agglomérations à se doter d’un moyen de transport en commun en site propre, juste après Brest et Dijon. Longtemps le besoin ne s’en ait pas fait sentir tant les larges avenues héritées de la Reconstruction facilitaient la circulation automobile.
Ce temps est aujourd’hui révolu et lors des dernières élections municipales la droite comme la gauche se sont prononcées en faveur de la construction d’un tramway. Le projet a finalement été lancé en printemps 2010 et réalisé en deux ans et demi, un record permis par le lancement simultané des travaux en huit endroits. La partie la plus délicate du chantier fut le percement d’un tunnel de 575 mètres destiné à relier la ville « basse » à la ville « haute« . Les treize premiers kilomètres de rails constituant l’architecture de base du réseau sont aujourd’hui réalité. En forme de Y, le tramway dessert la plage, l’hôtel de ville, le palais de justice, les gares, l’université et les quartiers des grands ensembles situés sur la falaise (Caucriauville, La Mare Rouge, le Mont Gaillard). « Ce tramway permet de développer de manière considérable l’offre de transport en commun et de mélanger les populations, le tout sans CO2 et avec une opération de rénovation urbaine en complément« , dit le maire UMP Edouard Philippe.
La peinture à peine sèche, les élus réfléchissent déjà à une deuxième phase même s’ils restent très prudents compte tenu des incertitudes qui pèsent sur les finances publiques. Encore un tramway ? Un train ? Des bus en site propre ? Des bus à haut niveau de services ? Un consensus se dessine au sein de l’agglomération en faveur de la desserte cette fois d’une des principales villes de la périphérie pour éviter qu’il se dise que ce tramway n’est que « le tramway des Havrais« . Edouard Philippe ne cite pas de nom. L’ex-député PCF Daniel Paul plaide pour que le réseau s’étende en priorité vers Harfleur et Gonfreville-l’Orcher. Il estime que cette nouvelle étape doit être rapidement mise en oeuvre et accompagnée d’une offre tarifaire « attractive« , tendant vers la gratuité, qui rende « irréversible » le recours au transport en commun.
Avec cette mise en service le 12/12/12 à 12h12 suivie de cinq jours de gratuité, Le Havre renoue avec un mode de transport qui a déjà fonctionné dans cette agglomération. L’histoire remonte au 1er février 1874 avec l’apparition entre la jetée nord et l’octroi de Rouen, dans le quartier de Graville, de tramways tractés par des chevaux. Electrifié à partir de 1895, le réseau qui était exploité par des compagnies privées, parfois concurrentes sur certaines portions s’étendra jusqu’à Harfleur et Montivilliers. La fréquentation peut faire rêver aujourd’hui: 38 millions de voyages ont été comptabilisés en 1918 sur les treize lignes qui maillaient le territoire. Ces tramways seront peu à peu détrônés par les bus, les trolleys et surtout l’automobile. La dernière ligne qui reliait la gare à la commune, alors indépendante, de Sanvic cessera de fonctionner en 1951. Une partie des motrices seront expédiées en Indochine alors française où elles entameront une seconde carrière sur le réseau de Hanoï.
Le tramway en chiffres
Nombre de stations : 23
Nombre de rames : 22
Vitesse commerciale: 19 km/h
Ouverture : 7 jours sur 7 de 5h à 1h
Fréquence : toutes les 4 minutes en ville « basse » aux heures de pointe
Fréquentation attendue : 56.000 voyages par jour
Desserte: 90.000 habitants sur 240.000 à moins de cinq minutes à pied d’une station.
Maître d’œuvre : Systra
Coût : 395 M€ (dont 47 M€ pour le matériel roulant Citadis d’Alstom)
Financement : Codah (309 M€), Etat (49 M€), Département de la Seine-Maritime (16 M€), Région Haute-Normandie (11 M€), Europe (10 M€).