“Le Goût des Autres“, quand le livre sort des salons

(fil-fax 12/01/13)

La ville du Havre dédie la seconde édition du festival littéraire Le goût des autres aux littératures de la négritude, fêtant le centenaire de la naissance d’Aimé Cesaire. Une trentaine d’événements gratuits – lectures, débats, rencontres, concerts, projections de films, bal – se dérouleront du 24 au 27 janvier, dans les quartiers Sud de la ville, sur le site du Magic Mirrors.

Appréhender différemment le plaisir de lire. Multiplier les approches du livre. Tels sont les objectifs du plan “Lire au Havre“ lancé par la Ville en 2012 afin que « le maximum de gens rencontrent le maximum de livres », résume le maire Edouard Philippe. Cette politique en faveur du développement de la lecture se veut multiforme : une dizaine de relais-lectures, une soixantaine de points de distribution de Livres nomades tels que centres médicaux, bars, piscines, des lectures publiques tout au long de l’année par des comédiens célèbres, l’opération Domicilivre qui débute en janvier en collaboration avec le Centre Communal d’Action Sociale (C.C.A.S.). Autant d’actions qui ont déjà valu au Havre le Grand prix Livres-Hebdo des bibliothèques, décerné à Paris en décembre dernier.

L’événement phare de l’opération est le festival littéraire. Organisé autour de la diversité à l’initiative du Conseil de la diversité de la Ville, Le goût des autres a attiré en janvier 2012, selon les organisateurs, plus de 6.000 spectateurs lors de sa première édition, portée par Patrick Chamoiseau. Programmée par l’agence d’ingénierie culturelle et sociale Le troisième pôle, la seconde édition est dédiée à Aimé Césaire. Cet auteur de la diversité qui aurait eu 100 ans en 2013, est passé par Le Havre en 1931, première ville d’accueil en métropole et André Breton disait de lui : « C’est un noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un blanc pour la manier. » Des écrivains originaires du Tchad, Haïti, Harlem, sont invités pour cet hommage à la négritude et à la différence, ainsi que des personnalités aussi variées que l’ancien footballeur guadeloupéen Lilian Thuram et François Bayrou, ancien ministre de l’Education nationale. Le festival se veut interactif et pluridisciplinaire. Les librairies havraises participent à une grande librairie commune, des films adaptés de textes littéraires sont projetés par Le Sirius, des journées scolaires sont organisées, 450 enfants sont attendus.

Du salon au festival

« Tout sauf un salon du livre », disent les organisateurs du festival. Si les petits salons et foires du livre continuent à proliférer ici et là, notamment l’été, on voit naître une nouvelle génération de festivals : interactifs, thématiques, ils visent à rendre la littérature plus accessible au public. Ainsi, en juin 2012, Terres de paroles, initié par Arts 276 (Automne en Normandie) a programmé la rencontre d’écrivains, comédiens, metteurs en scène et musiciens pour « faire (re)découvrir la littérature contemporaine (mais aussi classique) comme vous ne l’avez jamais entendue ». Pour Dominique Panchèvre, directeur de l’agence régionale du livre (ARL) de Haute-Normandie, ces événements qui « donnent vie aux œuvres ne peuvent exister que si elles naissent d’une volonté politique et reçoivent le soutien massif des collectivités ». Thème de la prochaine Cogitation, journée d’étude interprofessionnelle organisée le 23 mai au Havre par l’ARL : « Pourquoi un salon du livre, plutôt que rien ? »

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