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10/02 | 12:02 | mis à jour à 22:51 |
Les ministres de la Consommation, de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire réunissent l’ensemble des acteurs de la filière viande lundi après-midi. Benoît Hamon réunira également les associations de consommateurs. Le gouvernement craint de nouveaux cas de fraude.
Branle-bas le combat du gouvernement dans l’affaire de la viande de cheval. Une réunion de crise se tiendra en effet lundi avec des représentants du gouvernement et de la filière viande. Un communiqué diffusé en fin d’après-midi par Bercy précise que « Benoît Hamon, ministre délégué chargé de la Consommation, Stéphane Le Foll, ministre chargé de l’Agriculture, et Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l’Agroalimentaire, réuniront dans l’après-midi, à Bercy, les acteurs de la filière. Il s’agira de rappeler les exigences règlementaires en matière de traçabilité des viandes et de s’assurer du retrait des marchandises litigieuses. » Ajoutant : « Benoît Hamon réunira également les associations de consommateurs pour faire un point de situation avec elles. »
Le ministre délégué à la Consommation a salué « la rapidité avec laquelle le service national d’enquête (SNE) de la DGCCRF a été en mesure de déterminer le circuit de commercialisation de la viande impliquée dans cette affaire ». Confirmation est donnée que le fournisseur de l’usine luxembourgeoise appartenant à Comigel est le français Poujol. « Celui-ci a acquis la viande surgelée auprès d’un trader chypriote, qui avait sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas, ce dernier s’étant fourni auprès d’un abattoir et d’un atelier de découpe situés en Roumanie », détaille le communiqué. Et de préciser : « L’enquête (…) établira très vite la liste des clients auxquels Comigel a vendu, en France et en Europe, des produits fabriqués à partir de viande acquise auprès du groupe Poujol. »
Du point de vue sanitaire, et afin de prévenir d’autres fraudes -que le gouvernement n’exclut pas -, « les contrôles sur la traçabilité des viandes, en particulier de boeuf, sont immédiatement renforcés, de l’abattage à la commercialisation en passant par la transformation », assure Bercy dans le communiqué.
D’autres cas ne sont pas à exclure
D’autres cas de produits contenant du cheval en lieu et place de boeuf ne sont pas à exclure, en plus de ceux de Findus et Picard déjà retirés des rayons, a estimé le ministre français délégué à la Consommation Benoît Hamon dans le Parisien dimanche. « Oui », a ainsi répondu le ministre à la question de savoir si d’autres cas étaient à craindre, compte tenu du fait que l’entreprise française Comigel, qui préparait les plats cuisinés en cause, fournissait plusieurs clients, outre Findus.
« Certains ont déjà retiré des lots de la vente. Cela fait d’ailleurs partie des choses que l’enquête doit établir. Nous verrons mercredi les premiers résultats de l’enquête », a déclaré le ministre. Findus a été le premier à retirer les produits suspectés de contenir du cheval. Le spécialiste des produits surgelés Picard a confirmé samedi à l’AFP qu’il avait retiré par précaution deux lots. Selon des informations de presse, le numéro deux mondial de la distribution Carrefour a également retiré des produits.
Benoît Hamon a réfuté toute défaillance des services de l’Etat dans la surveillance de la chaîne de production. « Je ne peux pas mettre un fonctionnaire derrière chaque pain de viande ». « Le système repose d’abord sur chaque acteur de transformation et chaque importateur, qui doivent faire les contrôles. Dans cette affaire, la faute a minima, c’est d’avoir réétiqueté la viande importée sans faire les contrôles suffisants », selon lui.
Anne McIntosh pour « un moratoire sur toute la viande »
La présidente de la commission parlementaire britannique chargée des questions d’alimentation a de nouveau réclamé un moratoire sur les importations de viande en provenance de l’UE, le temps de clarifier l’origine du cheval découvert dans des produits étiquetés boeuf. « Je pense qu’il devrait y avoir un moratoire sur toute la viande » en provenance de l’Union européenne « le temps de déterminer la source de la contamination », a déclaré Anne McIntosh sur la BBC.
La députée, membre du Parti conservateur du Premier ministre David Cameron, avait déjà fait cette demande la semaine dernière, au début du scandale, quand de la viande chevaline avait été découverte dans des steaks vendus au Royaume-Uni et en Irlande. « Nous devons restaurer très rapidement la confiance des consommateurs, et je le répète, il n’y a absolument pas de problème avec la viande de boeuf britannique. Il y a un système de traçabilité en place (…). Achetez votre viande de boeuf au supermarché ou chez votre boucher », a ajouté Anne McIntosh.
Le caricaturiste du Sunday Times se délectait dimanche des ramifications françaises dans ce scandale, en présentant David Cameron, à table, atterré de trouver dans son assiette une tête de cheval ressemblant au visage du président français François Hollande. Sur la tête de l’animal, est écrit « cheval à la sauce hollandaise », en français dans le texte.
Selon les autorités britanniques, pays où la consommation de viande chevaline est taboue, les produits incriminés ne présentent pas de danger pour la santé.
Peillon appelle à « ne pas alimenter la psychose »
Peut-on être sûr que les enfants français ne mangeront pas de viande de cheval, présentée comme de la viande de boeuf, à la suite du scandale révélé ces derniers jours ? « On ne peut pas être sûr absolument de cela », a répondu Vincent Peillon au « Grand rendez-vous » d’Europe1-Aujourd’hui en France-Itélé, mais « je ne voudrais pas qu’on alimente une psychose à nouveau ».
« Il n’y a pas, cela a été dit par les plus hautes autorités, de problème de santé, pourquoi toujours vouloir se faire peur ? », a déclaré le ministre, rappelant au passage que les cantines relevaient de la responsabilité des collectivités locales et non de son ministère. Concernant l’affaire de la viande de cheval, il a commenté : « Il y a eu là un vrai défaut. Il y a toujours des méchants, disait Pascal. Donc il y a des fraudeurs en France, il y en a dans beaucoup de domaines », mais « on les a identifiés », a-t-il ajouté. « Maintenant, n’installons pas la peur partout », a-t-il insisté.
Dépôt de plainte de Findus contre Comigel, qui va demander réparation
Le groupe de surgelés Findus Nordic va porter plainte contre la société française Comigel et ses fournisseurs pour fraude et non-respect des dispositions contractuelles dans le scandale de la contamination à la viande de cheval des lasagnes au boeuf, a annoncé dimanche son PDG. « Nos juristes travaillent d’arrache-pied aux poursuites judiciaires que nous allons engager », a déclaré à l’AFP le PDG de Findus Nordic, Jari Latvanen, soulignant que Comigel n’avait pas respecté son contrat.
La société Comigel, qui fabrique les plats surgelés au boeuf dans lequels a été trouvé du cheval, estime avoir été « bernée » et va « demander réparation » pour le préjudice qu’elle a subi, a affirmé à l’AFP son président, Erick Lehagre. « Nous avons été victimes et on voit bien aujourd’hui que le problème n’est ni chez Findus, ni chez Comigel », a-t-il poursuivi, rappelant qu’il était initialement convaincu que la viande de son fournisseur, Spanghero, était exclusivement du boeuf.
Retrait des rayons
Six enseignes de la grande distribution ont retiré de leurs magasins en France des produits fournis par Findus et Comigel susceptibles de contenir de la viande de cheval, a annoncé dimanche la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).
Il s’agit des groupes Auchan, Casino, Carrefour (sous les marques Carrefour et Grand Jury), Cora, Monoprix et Picard, selon un communiqué. Les produits ont été retirés « du fait d’une non-conformité d’étiquetage quant à la nature de la viande », selon la fédération des professionnels, qui regroupe une bonne partie des distributeurs français.
Ouverture d’une enquête en Roumanie
Les professionnels roumains de l’alimentaire ont rejeté dimanche les accusations du fournisseur français impliqué dans le scandale des lasagnes au cheval en Grande-Bretagne, affirmant que l’origine du problème n’était pas en Roumanie.
« J’ai du mal à croire qu’un abattoir roumain ait pu livrer du cheval sous l’étiquette de boeuf », en raison des contrôles qui se font systématiquement dans les abattoirs, a déclaré à l’AFP le président des syndicats de l’industrie alimentaire (FSIA), Dragos Frumosu. Selon lui, si cela avait jamais été le cas, l’importateur français était obligé de vérifier la qualité de la viande lors de la réception, d’autant plus qu’il s’agissait d’une quantité importante. « S’il n’a pas protesté lors de la réception en constatant que c’était du cheval et pas du boeuf, c’est que soit il était complice avec le producteur roumain, soit il a changé l’étiquette après », a-t-il encore affirmé.
Le président de l’association Romalimenta, qui regroupe les patrons roumains de l’alimentaire, Sorin Minea, a, pour sa part, souligné que la viande devait porter une étiquette indiquant précisément l’abattoir et le pays d’origine. « L’importateur français doit montrer les documents, s’il n’en a pas cela pourrait indiquer qu’il l’a achetée sur le marché noir ou qu’il veut cacher quelque chose. ». Il a en outre estimé que la viande ne pouvait pas être livrée hachée -ce qui aurait pu empêcher de déterminer sa composition exacte -car cela impliquerait qu’elle ait été congelée puis dégelée pour la préparation des lasagnes. Or cela est interdit par la législation.
Le ministère roumain de l’Agriculture a annoncé samedi soir avoir ouvert une enquête sur cette affaire. Selon Daniel Constantin, les autorités françaises ont indiqué que deux abattoirs roumains sont visés. Sans donner de nom, IL a précisé sur une chaîne de télévision que l’un des abattoirs était exclu car il n’avait pas exporté de cheval. Le ministère a également précisé attendre davantage de détails de la part des autorités françaises, assurant que si les accusations sont confirmées, les coupables seront sanctionnés.
Source AFP