Les restes du cœur de Richard Cœur de lion ont été analysés par l'équipe du légiste français Philippe Charlier.
Son cœur avait été découvert dans la cathédrale de Rouen, dans une boîte de plomb, en 1838, et portait l’inscription « Ci-gît le cœur de Richard roi des Anglais ». Plus de 800 ans après la mort du monarque – survenue à l’âge de 41 ans des suites d’une blessure à l’épaule par un carreau d’arbalète -, l’équipe du légiste français Philippe Charlier a mis au jour les techniques de conservation dudit cœur.
Dévoilé jeudi 28 février, le dossier médical du patient anglais a été publié sur le site Nature. L’analyse révèle une procédure très élaborée, inspirée par des textes bibliques. Interrogé par l’AFP, le médecin français détaille :
« C’était un embaumement extrêmement complexe, extrêmement élaboré. On imagine que le coeur a été ouvert, pour être vidé de son sang, puis recousu, et placé ensuite dans une toile de lin », a expliqué le Dr Charlier, lequel est notamment à l’origine de l’authentification de la tête momifiée du roi de France Henri IV.
Son équipe, composée de médecins légistes, d’anthropologues et de scientifiques. a passé au crible un échantillon de deux grammes, sur près de 80 grammes de restes du coeur de Richard Ier, aujourd’hui réduits à l’état de poussière.
Du mercure et de l’encens
Les différents examens et analyses ont révélé « énormément de résidus différents » parfois surprenants : un métal – le mercure -, du créosote – sorte de goudron végétal -, des végétaux, aromates et épices (myrte, menthe, mais aussi encens et marguerite), et probablement de la chaux.
Selon Philippe Charlier, la présence d’encens révèle en outre « une référence christique » :
« L’encens est un produit réservé à l’élite, mais surtout directement d’inspiration divine », a-t-il souligné, rappelant qu’il avait été apporté par les rois mages à Jésus à sa naissance.
Références bibliques et accession au paradis
L’embaument du coeur de Richard Ier aurait ainsi eu une double fonction : la conservation de l’organe, transporté depuis Châlus, dans le Limousin, où est mort le roi, jusqu’à Rouen, à plus de 500 km.
Et, selon le Dr Charlier, « l’extrême soin donné au coeur et l’usage d’aromates lui donnant une odeur se rapprochant de l’odeur de sainteté » auraient pu avoir également pour dessein d’accélérer son accession au paradis….
Le corps du défunt avait auparavant été fragmenté : ses entrailles ont été enterrées à Châlus, en territoire ennemi, son coeur, viscère noble, déposé dans un cercueil à la cathédrale de Rouen, en territoire anglais à l’époque, et le reste de son corps inhumé à l’Abbaye de Fontevraud, en Anjou, auprès de son père Henri II et sa mère Aliénor d’Aquitaine.
Le reportage de l’Agence France Presse :