Anne-Sophie Boniface est arbitre depuis 1996. Elle sera sur la glace mardi 5 mars, pour le premier match de quart de play-off de Rouen, à l'Île Lacroix (Photo : Corinne Deconihout).
S‘il est une discipline, en matière de sport, où il faut encore faire des efforts pour faire une place de choix aux femmes, c’est bien l’arbitrage en hockey sur glace. Jusqu’à ce jour, une seule femme officiait en Ligue Magnus en France : elle s’appelle Anne-Sophie Boniface et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a dû batailler pour continuer à arbitrer des matches de hockey. Depuis quelques mois, une seconde femme commence à montrer le bout de ses patins dans les trios d’arbitres, mais avouons tout de même que deux femmes seulement, c’est bien peu. N’en déplaise à ceux qui pourraient penser que le monde du hockey sur glace doit rester un pré carré masculin.
« C’était tellement difficile qu’au début, on m’appelait “la fille”. Je n’avais pas de nom pour mes collègues masculins et même, certains allaient jusqu’à demander de ne pas être inscrits avec moi pour les matches », se souvient Anne-Sophie Boniface, qui est arbitre depuis 1996.
Mais heureusement, deux hommes ont fait en sorte que cesse cette discrimination ostensible : et la jeune femme tient à les citer, comme pour les remercier publiquement d’avoir montré la voie. « Marc Mendlowictz et Damien Velay, qui nous a malheureusement quitté en fin d’année dernière, ont demandé à arbitrer avec moi », souligne Anne-Sophie Boniface.
« Être droit et honnête dans l’arbitrage »
« Prouver que l’on est honnête et droit dans l’arbitrage, c’est cela qui impose finalement le respect », réfléchit l’arbitre féminine, qui constate malheureusement qu’il s’agit d’une vraie bataille qu’il faut mener à chaque match, à tout instant et envers tous les intervenants de la discipline. « Avec les collègues, mais aussi avec les joueurs, les membres des tables de marque… il faut prouver à chaque instant que l’on n’est pas là par hasard », insiste Anne-Sophie Boniface.
Et il est vrai que le hasard n’a que peu à faire avec le parcours de la jeune femme. Originaire de Gap dans les Hautes Alpes, elle pratiquait déjà le hockey sur glace depuis longtemps quand on lui a demandé, comme un service, d’arbitrer un match de jeunes.
« Un entraîneur m’a demandé d’arbitrer. Il manquait quelqu’un et sans arbitre supplémentaire, le tournoi n’aurait pas pu se disputer. J’ai accepté, puis j’ai bien aimé ça, alors j’ai continué. J’ai passé les différents degrés nécessaires, fait des stages nationaux. Sur 150 hommes par exemple, j’étais la seule fille et à chaque fois, ça a été l’étonnement », se souvient l’arbitre féminine.
« C’est important qu’il y ait des femmes dans le hockey »
Depuis 1996, Anne-Sophie Boniface a engrangé des milliers de souvenirs, tant et si bien qu’elle a beaucoup de mal à en extraire un seul de sa mémoire, qui aurait laissé une trace plus importante. Mais elle cite quand même la finale du groupe A en Finlande pendant les JO. Et après tout, le plus important pour elle, c’ est de continuer à se battre pour que les femmes soient admises dans ce milieu masculin.
« C’est même important qu’il y ait plus de femmes dans le hockey tout court. Quand cette discipline comptera un plus grand nombre de femmes en France, c’est certain qu’il y aura également plus d’arbitres femmes », explique-t-elle.
Plusieurs activités à concilier en même temps
Mais qu’importe pour l’heure ! Anne-Sophie Boniface continue de mener de front son emploi de responsable glace de l’espace sportif Pailleron à Paris et le temps qu’elle consacre à l’arbitrage dans les différents matches qui se déroulent dans la moitié nord de la France. Et avec tout cela, il lui faut encore penser à sa vie de famille ! À raison de deux matches à arbitrer en moyenne par semaine, il lui arrive de ne pas rentrer chez elle plusieurs jours d’affilée. Mais elle continue pourtant, la passion étant bien là…

- Anne-Sophie Boniface estime qu’il faudrait plus de femmes dans le hockey sur glace et pas seulement dans le cadre de l’arbitrage (Photo personnelle d’Anne-Sophie Boniface).
Mardi 5 mars, Anne-Sophie Boniface fera partie des quatre arbitres qui officieront à l’Île Lacroix, pour le premier match de play-off des Dragons de Rouen. Avec son élégance, elle montera sur la glace pour arbitrer, au même titre que ses collègues masculins et elle signalera les fautes des uns et des autres, dès que nécessaire : rigueur et honnêteté, tels sont les mots d’ordre qu’une fois encore elle mettra en œuvre durant les trois tiers temps de ce match.
L’indemnité permet juste de « mettre du beurre dans les épinards »
Finalement, les arbitres, qu’ils soient hommes ou femme, sont-ils grassement payés pour leur prestation ? D’après Anne-Sophie Boniface, l’indemnité qu’ils touchent lors d’un arbitrage ne permet que de « mettre un peu de beurre dans les épinards » et c’est tout ! Voilà au moins un domaine, où hommes et femmes sont égaux en matière d’arbitrage au hockey sur glace.