La victoire est désormais au pied du Conseil général (photo : Catherine Dente).
Neveu de Georges Bizet, Maxime Réal del Sarte nait le 2 mai 1888 dans une famille très ouverte au monde artistique. Mutilé de guerre, son handicap ne fera toutefois pas obstacle à sa carrière de sculpteur et il laissera à la ville, trois œuvres majeures. Pour mieux comprendre son inspiration, il faut savoir que ce fervent catholique, admirateur de Jeanne d’Arc, fonda et dirigea Les Camelots du Roi, mouvement nationaliste et monarchiste proche de l’Action Française dont Réal del Sarte était membre. Il créa aussi une association, Les Compagnons de Jeanne d’Arc et disait volontiers à propos de l’héroïne nationale, « Je fus toujours son serviteur ».
La réplique de la Pucelle
Réalisée en pierre du Poitou, après que le parlement ait décidé en 1920 de l’érection d’un monument national à la mémoire de Jeanne d’Arc, la statue est installée le 7 mai 1925 sur la place du Vieux Marché. D’anciennes photographies nous la montre dans une niche de la Halle de la Boucherie, réalisée par l’architecte Edouard Lair. L’habitude de venir fleurir la statue lors des traditionnelles fêtes se propagea vite et les plus hautes instances partageront cet honneur.
Pourtant en 1927, une anicroche survint lorsque Poincaré, l’invité d’honneur, salua la mémoire d’une Jeanne concurrente, celle du sculpteur rouennais Alphonse Guilloux. Mais dès l’année suivante, l’œuvre de Réal del Sarte retrouva sa prééminence sous l’œil du Maréchal Pétain, qui reviendra en 1944, suivi du Président Vincent Auriol en 1949.
Mais se souvient-on que la statue a eu une sœur jumelle, réplique exacte que le sculpteur voulait offrir à Franklin Delano Roosevelt ? C’est en définitive l’Université de Montréal qui en hérita en 1945 après le décès du président américain.
Une victoire déplacée
L’année 1926 verra l’installation d’une autre œuvre colossale, le Monument de la Victoire. Edifiée devant le Palais de Justice, cette colonne de 9m50 en forme de faisceaux de licteurs romains, est surmontée d’une Victoire ailée et exalte le triomphe français de 1918. Au pied, deux poilus montent la garde, celui de gauche pouvant être Charles Maurras, dirigeant de l’Action Française. Deux bas reliefs rappellent les séjours rouennais des troupes britanniques et des réfugiés belges pendant le premier conflit mondial.
Plusieurs sites avaient été pressentis, dont le pont de pierre pour remplacer la statue de Corneille, mais aussi la place Carnot où le monument sera finalement déplacé lors des travaux du métro. Le 11 novembre 1940, alors que tout rassemblement était prohibé, des étudiants de l’Institution Join Lambert déposent des fleurs devant le monument, premiers signes tangibles de la résistance contre l’occupant. Endommagée par le bombardement du 8 août 1944, la colonne sera au rendez-vous des Rouennais et du Général de Gaulle.
En images. La Victoire de Rouen, un patrimoine qui se balade (photos : Catherine Dente) :
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