Je suis intervenue, dans l'hémicycle, le mardi 26 mars, lors du débat sur le rayonnement culturel de la France à l’étranger
Retrouvez ci-après mon intervention
"Monsieur
le Président, Madame
la Ministre, Chers
collègues,
La
diffusion culturelle au sens large est aujourd’hui, plus que jamais, un enjeu
politique et économique qu’on ne peut ignorer.
Figurant
parmi les premiers pays pratiquant une diplomatie culturelle depuis le 18e
siècle, la France conserve aujourd’hui une place de choix dans ce domaine, mais
doit s’adapter aux nouveaux défis contemporains.
Elle
attache depuis longtemps une grande importance aux échanges culturels (cinéma,
théâtre, arts, livres, idées, médias), à la promotion de la langue française et
au plurilinguisme.
C’est
pourquoi, fait important, en la France s’est battue pour obtenir de l’UNESCO,
2005, une convention sur la diversité culturelle et linguistique ; Elle entretient
également un important réseau
d’instituts culturels, d’alliances françaises et de lycées français à travers
le monde. Elle contribue au renforcement de la présence de ses médias avec TV5,
France 24 et RFI, au sein de l’Audiovisuel extérieur de la France.
Nos
principaux moyens d’actions sont la mobilité des étudiants, le développement de
la recherche et des échanges de scientifiques, et bien entendu la langue avec
l’expansion et l’affirmation de notre politique en faveur de la francophonie.
La construction d’équipements phares et le développement d’offres
événementielles à portée internationale avec l’exemple des capitales
européennes de la culture ou les expositions universelles qui sont aussi des
exemples de moyens d’influence et de diffusion de la culture.
Néanmoins,
il est nécessaire aujourd’hui de s’interroger sur notre stratégie de
rayonnement culturel et sur les moyens que l’on souhaite et peut y consacrer.
Plus
que jamais, nous vivons dans un monde
globalisé et standardisé. Plus que jamais, la diffusion massive de par le
monde de la culture « mainstream » nord-américaine met, d'une certaine manière,
en péril notre identité culturelle. Pas seulement la notre au demeurant. Ainsi, plus que jamais, la France et l’Europe ont besoin d’affirmer et de défendre les valeurs
qui lui sont propres.
Telles
sont les conclusions du rapport sur la gouvernance Europenne du numérique que je viens de terminer au nom de notre
commission des Affaires Européennes.
L'avènement
de l'internet représente un potentiel énorme de promotion de la richesse et de
la diversité culturelle française et Europeenne mais il peut également, si nous
n'y prenons garde, être synonyme d'homogénéisation culturelle. On le sait
internet déstabilise les modalités
actuelles du financement de la culture , à la fois par son apparente
gratuité et son absence de territorialité qui lui permet d'échapper aux régulations
nationales.
Aujourd'hui
si l'expression des contenus culturels émane des territoires nationaux, il
revient à l'Europe d'organiser la stimulation de la création et la transition
numérique de l'ère industrielle. En ce domaine plusieurs instruments que j'évoque
dans mon rapport sont mobilisables mais l'Union doit savoir si elle veut poursuivre ou non cette politique culturelle
ou se livrer pieds et mains liées à
quelques géants, principalement américains, qui prétendent vouloir
organiser l'information du monde . Un débat au sein de l'union est en cours, 12
Etats dont la France ont appelé en novembre dernier la commission a soutenir la
culture par une lettre conjointe aux commissaires Vassiliou , Barnier , Kroes ,
les appelant a faire de la création culturelle en Europe un enjeu majeur .
Dans
ce domaine principalement, nous avons besoin de renouveler totalement notre
stratégie, faute de quoi, nous sommes voués au sous-développement et à n’être
qu’une colonie du numérique.
Ceci
étant dit, j’aimerais revenir sur quelques autres aspects de notre rayonnement
culturel.
Tout
d’abord, il me semble opportun de pouvoir
évaluer et faire un bilan des deux premières années de fonctionnement de
l’Institut français que préside Xavier Darcos. Il est
chargé, dans le cadre de la politique et des orientations arrêtées par l’Etat, « de porter une ambition renouvelée pour la
diplomatie d’influence et de contribuer au rayonnement de la France à
l’étranger dans un dialogue renforcé avec les cultures étrangères ».
L'Institut
a vocation à s'imposer comme l'opérateur central de notre action culturelle
extérieure, en déclinant selon les zones géographiques les priorités
stratégiques de notre politique d'influence. Pour ce faire, il doit articuler
et soutenir la programmation culturelle développée par notre réseau de 98
établissements à autonomie financière culturels et le réseau associatif des 445
alliances françaises conventionnées. Il lui appartient, en particulier, ce
qu’il a commencé, de professionnaliser les leviers de notre dispositif
d'influence culturelle à l'étranger, en mettant l'accent sur la formation de
nos agents culturels et le développement des outils numériques de diffusion
culturelle et d'enseignement du français.
Par
contre, comme le soulignait notre rapporteur pour avis sur la mission
budgétaire, Louis Duvernois, les « relations avec les alliances françaises
mériteraient d’être clarifiées ». Celles-ci ne doivent en effet
pas être marginalisées en parallèle au développement de l’Institut
français.J'ai encore le souvenir ému de cette toute petite alliance française ,
îlot de résistance au cœur de la forêt amazonienne à Manaus ! Dans le cadre de
notre mission sur l'année de la France au Brésil en 2009, nous avions rencontré
sa directrice qui se sentait bien seule et démunie et pourtant quel travail ! L'activité des
alliances est précieuse comme nous avions pu également le constater à Buenos
Aires il y a deux ans .
Aussi, le travail de l’Institut français
devrait se concentrer sur l’animation effective et efficace de tout le réseau
culturel extérieur. Quelle est, Madame la
Ministre, votre ambition dans ce domaine ?
Quelles
missions nouvelles et innovantes, souhaitez-vous confier à l’Institut français
pour qu’il rivalise avec ses concurrents britanniques ou néerlandais, très bien
organisés.
Maintenant,
j’aimerais revenir rapidement sur les
crédits de la mission ‘Action extérieure de l’Etat’. Dans le cadre du
projet de loi de finances pour 2013, on ne peut que constater et regretter de
telles coupes budgétaires dans un secteur déjà très contraint. Naturellement, je partage la nécessité de maitriser nos
dépenses publiques ; néanmoins, la
diplomatie culturelle et d’influence a déjà subi d’importantes contractions de
ses moyens.
On
peut regretter que les efforts de réduction portent principalement sur des
politiques fondamentales
Les
crédits dédiés à l'animation du réseau, qui comprennent non seulement les frais
de communication, d'informatique, de missions et de représentation mais
également les moyens consacrés à la formation des agents, diminuent de 6,4 %,
les crédits de soutien au réseau culturel étant en particulier réduits de 5,6 %.
De plus, les crédits de la coopération culturelle et de promotion du français
accusent la baisse la plus importante du programme, de l'ordre de 6,5 millions
d'euros, soit une diminution de 7,66 %.
Or, concernant la francophonie, un appui
politique fort et déterminé lui est nécessaire.
Je
ne rappellerai pas le rôle fondamental que joue aussi l’OIF (qui rassemble 63
Etats) dans la promotion de la langue
française, parlée par plus de 180 millions de personnes, face à la prééminence
de l’anglais.
Tous
les moyens doivent etre mis en œuvre, notamment les plus innovants pour
maintenir à travers le français une diversité linguistique nécessaire, une
diversité des idées.
Aussi,
il est nécessaire que la France renforce sa position sur le marché
international de l’économie du savoir en exportant l’enseignement supérieur en
français ou « à la française » et en cherchant à attirer et à fidéliser les
jeunes générations et notamment les meilleurs étudiants étrangers par des
programmes d’échanges et de mobilité.
Il faut là encore s’appuyer sur
l’Institut français pour moderniser l’enseignement du français dans les
systèmes éducatifs locaux, à tous les niveaux d’enseignement, qu’il s’agisse du
primaire, du secondaire ou du supérieur.
Ceci étant dit, je voudrais aussi dire quelques mots des années
croisées qui ont le bénéfice de l'échange, qui portent le dialogue des
cultures.
En
2009, dans le rapport d’information que
nous avions rédigé suite au déplacement de notre commission au Brésil,
nous concluions que le bénéfice de tels investissements devait induire des
prolongements en matière de coopération. On notera que le rayonnement extérieur
de la France ne passe pas exclusivement par l’Etat, et que souvent les
territoires développent des politiques durables comme nous avons pu le
constater il y a encore deux semaines au Vietnam. La coopération entre la
province Hué et la région Nord-pas-de-Calais aura entrainé d’autres
coopérations et des réflexes dans les échanges. Certains pays de la
Francophonie sont très demandeurs du renforcement de ce type de coopération.
Pour
exemple concret, l’orchestre du 3ème cycle du conservatoire de ma
ville est intervenu avec ses enseignants à Hanoï à l’occasion de son millénaire
en 2010. En échange de quoi des étudiants vietnamiens viennent dans notre ville
apprendre la musique et la langue.
Pour
terminer, il me semble indispensable pour
soutenir et mettre en avant toute cette politique de rayonnement et d’influence
que la France s’appuie sur un audiovisuel extérieur totalement imprégné par
cette réflexion. Là encore la concurrence avec les autres pays doit nous
conduire à renforcer notre pôle audiovisuel extérieur.
Forte
de l’expérience de TV5 Monde, la nouvelle présidente de l’AEF, Marie-Christine
Saragosse, a bien engagé son mandat. Il faut la saluer.
Fin
2011, un rapport de l’Inspection générale des finances sur la santé financière
des chaînes de l’AEF soulignait que, si les chaînes avaient su s'imposer malgré
un environnement fortement concurrentiel, l'application d'un principe de
précaution budgétaire et le renforcement des synergies au sein du groupe
devaient être mise en oeuvre.
Sur
ce sujet, pouvez-vous nous dire, Madame
la Ministre, ce qu’il en est ?
Je
vous remercie de votre attention."
Seul le prononcé fait foi