
Aujourd’hui, la politique ne se fait plus uniquement dans la
vraie vie, mais aussi dans les médias, sur les réseaux sociaux ou encore dans
les prétoires. Ainsi, dernièrement, nous avons subi les menaces d’une
politicienne ne voulant pas voir son parti qualifié « d’extrême-droite »,
tandis qu’une ancienne ministre nous dit avoir subi, elle, les derniers
outrages d’un humoriste septuagénaire.
Ainsi, mesdames Le Pen et Morano, pourtant si promptes à dégainer les
anathèmes et à pointer du doigt certaines catégories minoritaires de Français
ainsi que les étrangers en bloc et en particulier lorsqu’ils viennent des pays
du Sud, se confient-elles à la Justice de leur pays à laquelle elles font
naturellement confiance.
Commençons par la droite de la droite, c’est-à-dire l’extrême-droite, par la
dirigeante d’un parti qualifié il n’y a pas si longtemps par la jurisprudence
de notre Justice de « xénophobe » et de « raciste ». Donc,
madame Le Pen fille nous annonce qu’elle saisira la Justice contre toute
personne qualifiant son parti « d’extrême-droite ». Cette avocate de
formation qui multiplie les procédures ne veut pas assumer médiatiquement
l’héritage paternel. La dédiabolisatrice en chef tente de refaire une virginité
à un parti formé par des anciens collabos, des ex OAS, des fascistes patentés,
j’en passe et des pires. Il est vrai que les médias et les politiques qui ont
su la placer au centre de la vie politique s’alignent tous sur la ligne droite,
et même d’extrême-droite, qui pollue les discours des uns et des autres, de
Copé et ses pains au chocolat à Vals et ses saillies contre les Roms.
Respirons maintenant avec Nadine Morano. La passionaria sarkoziste a porté
plainte contre Guy Bedos qui a eu l’outrecuidance de la qualifier de
« conne » voire même de « salope » lors
d’une représentation de son spectacle dans la bonne ville de Toul (Meurthe et
Moselle), ville qui a eu la sagesse de ne pas réélire Madame Morano comme
députée. Certes, l’humoriste vieillissant utilise un langage fleuri, et
n’hésite pas à dézinguer qui ne lui plaît pas, à l’instar de notre chère
Nadine, dont les pointes d’ironie n’ont rien à envier à celles de Bedos. Sauf
que Bedos est un artiste qui se produit sur scène alors que Nadine M., de Toul,
donc, est élue de la République.
Car si Bedos ne pas fait pas toujours dans la dentelle comme celle qui se
déclarait « sarkoziste jusqu’ ‘au bout des globules », il le fait pour
faire rire ses spectateurs bobos, forcément bobos, et c’est sa profession, son
fonds de commerce, alors que l’ancienne ministre le fait pour retrouver les
allées du pouvoir. Notre Nadine, qui possède certainement une poutre dans son
œil avisé, n’a rien à envier à notre Guy lorsqu’elle attaque par exemple Eva
Joly et Ségolène Royal sur leur physique : « Le problème d’image d’Eva
Joly ne vient pas que de son accent, c’est aussi physique. On sent du coup
qu’il n’y pas de communicant derrière. Contrairement à Ségolène Royal, qui en
2007 est allée jusqu’à la médecine esthétique et la correction dentaire ».
Classe.
Nadine devrait carrément monter un spectacle qui pourrait passer en première
partie de Bigard ou de Jean Roucas tant elle a le sens de la petite phrase.
Ainsi n’a-t-elle pas déclaré au Nadine Comedy Club, avec son inimitable syntaxe
l’inénarrable : « Me faire passer pour quelqu’un par exemple qui
serait raciste, alors que j’ai des amis qui sont justement arabes, et dont ma
meilleure amie qui est tchadienne, donc plus noire qu’une arabe, je trouve ça
choquant », ou par exemple « Le vol des portables à l’arraché, ça
n’existait pas avant que les portables n’existent, voyez… » ou même
l’inoubliable « La pizza, je l’aime plutôt Regina, et pas orientale.
En revanche, j’adore le couscous, et les bricks à l’œuf » ou encore
l’inimitable « Vous regrettez Sarkozy… vous regretterez Carla aussi
! ». Sa plainte contre Bedos ne serait-elle donc que l’expression d’une
jalousie d’une vocation ratée d’humoriste ?
Mais tout n’est pas si rose dans le monde enchanté de Nadine. Certaines de
ses envolées lyriques ont un côté obscur inquiétant. Comment interpréter cette
sortie de l’artiste : « Tout comme les gens vont aux urgences pour de
la "bobologie", il ne faut pas aller à la gendarmerie quand on est capable de
résoudre le problème soi-même » ?
Aux armes, citoyens, formez vos bataillons, et comme disaient les Beurs en
1983, marchons, marchons…