
Alors que, la semaine dernière, le monde médiatique avait ses
caméras braquées sur l’Afrique du Sud, une info pratiquement passée inaperçue
nous rappelait que le combat de Nelson Mandela est toujours
d’actualité…
Le jour où le monde entier ou presque rendait hommage dans le stade FNB de
Soweto, on apprenait qu’en Israël, il vaut mieux ne pas être d’origine
éthiopienne si on veut donner son sang. D’ailleurs, l’état dirigé par Netanyahu
n’a pas envoyé de représentants lors de l’hommage à Madiba. Officiellement
Israël n’a jamais digéré les propos de Mandela à propos, justement, de la
Palestine : « notre liberté est incomplète sans la liberté des
Palestiniens ».
C’est donc avec un véritable souci de cohérence que l’organisation Magen
David Adom, l’équivalent de la croix et du croissant rouge, a refusé un don de
sang par la députée israélienne d’origine éthiopienne Pnina Tamano-Shata.
Celle-ci s’est arrangée pour filmer les propos d’une responsable, si j’ose
dire, de cet organisme. Voici donc la raison de ce refus :
« selon les directives du ministère de la santé, il n’est pas possible
d’accepter le sang spécial d’origine juive éthiopienne ». On remarquera
dans cette courte phrase que le sang d’origine juive éthiopienne est qualifié
de « spécial ».
Evidemment, cette histoire a soulevé un tollé dans le pays et a rappelé des
souvenirs douloureux et pas si lointains aux israëliens d’origine éthiopienne.
Il y a seize ans, après que fut révélé que les dons du sang effectués par les
juifs éthiopiens étaient tout simplement jetés, avait eu lieu une grande
manifestation de la communauté éthiopienne d’Israël. Selon la députée Pnina
Tamano-Shata, « Depuis cette époque où j’ai moi-même manifesté, rien
n’a changé ».
Aujourd’hui, les médias israéliens expliquent que le Ministère de la santé
estime que le sang des juifs d’origine éthiopienne qui ne sont pas nés en
Israël serait porteur de maladies dont, en particulier et of course, le sida.
Pnina Tamano-Shata ne décolère pas et dénonce « cet affront fait à toute
une communauté en raison de la couleur de sa peau ».
Cette femme qui se bat contre ce qu’il convient bien d’appeler une
discrimination flagrante nous explique : « J’ai 32 ans, je suis
arrivée à l’âge de trois ans en Israël, j’ai effectué mon service militaire et
j’ai deux enfants, il n’y aucune raison de me traiter de la sorte ». Il
est donc plus facile, au pays de Netanyahu, de gonfler les effectifs de l’armée
que de donner son sang si on est d’origine éthiopienne, c’est-à-dire
noir(e).
Certes, on me dira que si l’on est tué en opération lorsque l’on fait son
service militaire, c’est déjà une certaine façon de donner son sang, mais
gageons que celle-ci est moins volontaire qu’un don du sang, volontaire,
justement.
Mais si l’on croyait avoir atteint des sommets d’hypocrisie, la chute finale
de cette histoire vaut son pesant de globules rouges, ou bancs, peu importe. En
effet, après le tollé, l’organisation mise en cause, Magen David Adom, est
prête à faire une concession : accepter le sang de la députée, mais pour
le congeler et donc pour ne pas l’utiliser. CQFD.
Pour ne pas être en reste avec l’hypocrisie ambiante et générale, le premier
ministre, Netanyahu, dont on a peine à croire que son gouvernement ne se
satisfasse pas des règles en vigueur du Ministère de la santé concernant le don
du sang en Israël, aurait appelé directement la députée centriste pour lui
faire part de son « admiration ». Il est vrai que dans un
pays où la politique se fait en agrégeant des catégories restreintes de la
population pour atteindre la majorité, chaque voix compte, et même chaque voix
d’origine éthiopienne. Netanyahu n’est donc pas allé rendre hommage à Mandela
pour mieux s’occuper des minorités opprimées dans son pays.
Le mot de la fin à l’historien à l’historien américain George M Fredrickson
qui s’y connaissait encore mieux en histoire qu’en sang : « D’un
point de vue comparatif, il est intéressant de noter, cependant, que la
définition nazie du Juif ne fut jamais aussi rigoureuse que la « règle de
l’unique goutte de sang » (one-drop rule) qui, dans le sud des Etats-Unis,
déterminait la classification des Noirs dans les lois sur la pureté de la
race ».
Et vive l’amitié américano-israélienne…