Vive le 2 janvier !


Vive le 2 janvier !

Chaque matin le 2 janvier, je me réveille avec le sourire. Car enfin, les fameuses fêtes de fin d'année sont passées.

Depuis toujours la période Noël-Jour de l'an est une terrible source de stress, d'anxiété, de déprime pour moi. Et ce, depuis mon plus jeune âge. Sans doute parce que la période Noël-Jour de l'an était vécue par mes parents comme une obligation et un temps particulièrement difficile en termes financiers. Et puis, chez moi, on a toujours eu du mal à simuler le bonheur, ne serait-ce que pour épargner les enfants qui se devaient d'être associés au pire…. comme au pire. Ce simulacre de fête a toujours généré tensions et inquiétudes dans mes grands yeux inquiets de petite fille.

Pourtant, je garde quelques bribes de souvenirs heureux : un Noël où j'avais été particulièrement gâtée (peut-être moins de soucis d'argent cette année-là ?). Et puis, un petit bureau de poste qui m'avait tant fait rêver ; une caisse enregistreuse que j'ai hautement rentabilisée ; une poupée mannequin prénommée Tina livrée avec ses 7 tenues…Je l'avais regardée tant de fois sur le catalogue des jouets que la voir m'avait juste émerveillée !
J'étais une enfant assez solitaire, capable de jouer des heures avec moi-même, d'être plusieurs personnages à la fois : la guichetière et la cliente, la marchande et l'acheteuse. Tina a eu bien des vies. Je lui avais même trouvé un amant, une autre poupée que j'avais double mastectomisée pour la rendre plus crédible dans son rôle de "petit ami". Ils en ont fait des "cochoncetés" ces deux-là! Que voulez-vous, moi l'amour, ça m'a toujours inspirée.

Un singe
Je ne peux pas être injuste avec mes parents, ils ont tout fait avec leurs moyens pour nous satisfaire. Mais le manque d'amour et la mésentente récurrente entre eux étaient trop palpables ; la tension permanente. Combien de fois ai-je joué les tampons, même très petite, pour désamorcer les conflits, détourner les tempêtes qui menaçaient et qui me faisaient battre les tempes de terreur ? Comme un petit singe qui tente toutes les jongleries pour détourner l'attention… Je suis singe d'ailleurs en astrologie chinoise…
Tout ceci donc, au prix de ma tranquillité d'esprit. "L'intranquillité" est de fait, très vite devenue une composante de ma vie d'enfant puis d'adolescente et ensuite d'adulte. Je ressemblais à ces petits suricates qui sont sans arrêt aux aguets sur leurs deux pattes arrière pour détecter le moindre danger. Sauf que dans ma situation, j'étais seule avec moi-même sans personne pour faire le guet à ma place. Il n'y avait donc pas de repos possible. Il m'a fallu bien des années pour réussir un jour à dormir sur mes deux oreilles… Mais je ne suis jamais totalement rassurée… Pourtant, il m'arrive d'être souvent totalement rassurante. L'art de protéger s'acquiert avec les années et j'ai eu largement l'occasion de m'exercer sur le cobaye idéal que j'étais pour moi-même…

De fait, Noël-Jour de l'an sont liés à ces moments d'intense angoisse infantile, d'appréhension… La naissance de mon fils m'a fait voir les choses sous un angle un peu différent. J'avais enfin un être plus petit et autre que moi à protéger pendant cette période. Mieux encore, j'allais pouvoir souffler sur la flamme de son insouciance et cultiver la vraie magie que devrait être Noël pour tous les enfants. Pour lui, rien que pour lui. Il reste encore aujourd'hui, ma seule joie de vivre Noël.
Cette année encore, nous l'avons gâté. Parce qu'il l'a amplement mérité. 17,5 de moyenne général au premier trimestre de la sixième – tandis que maman lutte contre un cancer et a entraîné dans son sillage toute la famille -, avec comme remarques du conseil de classe des mentions telles que "Élève exemplaire" ou encore "Félicitations du conseil", ça se récompense. Il a assuré comme un chef notre Loulou et il méritait d'être distingué pour cette épreuve surmontée avec brio. Comme cet enfant a de la force en son frêle petit corps d'ange…

Noël
Côté festivités, avec une chimio programmée le 27 décembre et la consigne de ne pas boire d'alcool 5 jours avant et 5 jours après, on peut dire que mon sort festif était scellé… En effet, je fais partie des personnes qui trouvent que sans alcool, la fête est moins folle. L'idée n'est pas de rouler sous la table (cela m'arrive à l'occasion et j'assume mon côté "portuaire" en termes de jaja) mais ne pouvoir se délecter d'un bon verre de blanc avec un homard ou d'un verre de rouge avec le plateau de fromage, a tendance à me renfrogner quelque peu. J'ai bien "trempouillé" mes lèvres dans quelques rares bulles de champagne, en me disant, "Tant pis pour la consigne!" mais la culpabilité aux aguets, le cœur n'y était pas. Noël fut sobre et tristounet. Sauf quand mon fils se précipitait avec un délicieux bonheur électrique dans les quatre bras ouverts de ses parents gagas de lui, chaque fois qu'il découvrait qu'un de ses rêves s'était réalisé sous le craquement fébrile d'un papier cadeau qui laissait découvrir un trésor tant espéré… J'ai toujours tenté (mais pas toujours réussi) de lui insuffler une insouciance dont je n'ai pour ma part pas vraiment joui. C'est difficile d'être parent…
Le 25, nous avons traîné au lit puis nous sommes allés en famille et avec une amie et sa fille au ciné voir Le Hobbit en 3D. Une belle aventure ! Dans la foulée, nous avons improvisé un petit frichti tout simple à la maison. C'était une bonne soirée. Ouf, Noël était passé.

Le jour de l'an
Il fut étonnamment joyeux. C'était à peine 4 jours après la chimio et je sais que c'est à peu près dans ces eaux-là que je commence à entrevoir l'orée du bois dormant. Nous avions pris l'option "famille" du côté de mon mari avec le plaisir de retrouver des oncles et tantes que je n'avais pas eu l'occasion de saluer depuis "la nouvelle". Une opportunité de me montrer en bonne forme, toute pomponnée, et de rassurer ce pan de la famille que j'aime beaucoup. Nous étions 13 à table, 8 femmes, trois cancers du sein… Deux guéris (et même très ancien pour l'une). Nous avions prévenu que je risquais d'être fatiguée et que je devrais sans doute écourter les festivités, peut-être même avant les douze coups de minuit. 12 coups de minuit qui arrivèrent. Je remarquais la délicatesse de chacun de m'adresser des vœux sincères de bonheur, le mot "santé" rarement formulé mais tellement présent dans les pensées de chacun. J'en fus touchée. Il faut dire, j'avais prévenu ! Cf ma carte de vœux réalisée par mes soins que je n'avais pas omis d'envoyer le 31 dans la journée, carte sur laquelle j'ai repiqué le slogan de ma camarade correctrice Daria "Demain, ça repart comme en 14!".

Fatiguée, un peu mais pas vraiment, je terminais un très bon repas concocté de façon collégiale à trois heures du matin. Notre fils restant dormir chez sa grand-mère, sur la route du retour, nous avons fait un arrêt inopiné dans un grosse fête organisée par de très bons amis, ravis de ce petit coucou inattendu. C'était amusant de déambuler sobrement dans d'épaisses couches d'ivresse joyeuse. J'ai même dansé figurez-vous et fait tourner ma belle robe. Couchés à 4h15, je suis sortie du lit à 19h38 le 1er janvier ! J'avais grand faim et toujours pas la nausée. Mon copilote de vie et moi nous sommes habillés à la hâte pour sortir manger des sushis. Car moi, j'adore les sushis ! De retour dans nos pénates, rassasiés, nous nous sommes goulûment remis au lit, profitant de notre liberté d'être à deux et de cette période où l'intemporalité guide nos envies. Je me suis endormie le sourire aux lèvres car le lendemain, ce serait le 2 janvier et qu'enfin, Noël-Jour de l'an seraient passés.

Mais ce 2 janvier, je vivrais en fait un épisode d'une grande tristesse. Je vous raconte ça dans mon prochain billet…

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