Dossier "sexe" : vous en rêviez, Doris l’a fait ! (2/2)



Dossier "sexe" : vous en rêviez, Doris l'a fait ! (2/2)

  • Dossier "Sexe" : Réflexions de sexologue

À un moment, je me suis dit que peut-être une spécialiste du sexe pourrait m’apporter (vous apporter) quelques conseils purement techniques. J’ai donc contacté la papesse du sexe sur les ondes de RMC, Brigitte Lahaie, ex-star du X, reconvertie en journaliste tous les après-midis de 14 à 16h dans une émission qui ne parle que de sexe mais sous des angles très variés…

Une émission passionnante qui “détabouïse” tous les sujets, les met en lien avec l’actu, les phénomènes de société. Perso, je n’avais jamais écouté avant d’être en arrêt maladie et je suis devenue accro ou presque tant les dossiers sont pertinents. Bref, Brigitte Lahaie m’a répondu que le sujet l’intéressait beaucoup et elle s’est même engagée à lui consacrer une émission !
Parallèlement, je me suis mise en relation avec une sexologue-sexothérapeute qui œuvre dans la région de Pont-l'Evêque- Caen. “Pourquoi pas au Havre?” me demanderez-vous à juste titre. Tout bonnement parce que l’unique sexologue trouvée dans l’annuaire au Havre m’a envoyée gentiment bouler genre “je n’ai pas le temps”.
Bref.

Et pas grave finalement, car Isabelle Lebertre, conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple et individuel, sexologue-sexothérapeute, a réalisé spécialement pour vous et moi, un vrai travail de réflexion sur cette thématique dépassant toutes mes espérances. Je l’en remercie chaleureusement et vous livre ci-après une bonne partie de son analyse, tout à fait intéressante.

Sexe et cancer : un tabou
"À l'annonce du cancer chez l'adulte, c'est comme une déferlante qui viendrait frapper l'intime, explique Isabelle Lebertre. Le monde intérieur est bouleversé. Un tsunami arrache à la réalité de la vie, et la sidération vient faire place. « On est pas préparée à ce qui va nous arriver, ça c'est sûr ! » dira l'une de mes patientes dans l'après-coup.
Le sujet atteint dans son corps par la maladie qui le déloge de lui-même ressentira l'urgence en miroir des soignants. Ce sentiment qu'il n'y a plus une minute à perdre.
L'oncologue se réserve dans son acuité à guérir, il ne peut être sur tous les fronts, mais qu'il le dise et confie chacune de ses patientes à une infirmière d'annonce formée à la sexologie ou qu'il dirige sa patiente vers un sexothérapeute en ville. Là n'y aurait-il pas un tabou ? L'impensable serait de prendre la personne dans sa globalité ?! Car en séparant la sexualité, l'érotisme du reste de la vie intime, psychique de la patiente, c'est comme si elle était compartimentée et saucissonnée. L'approche se doit d'être intégrative. C'est de toute la personne dont il s'agit.

Un accompagnement des patients dans la globalité
Cette rupture brutale aura des répercussions sur la vie intime, amoureuse et sexuelle, ce ne sera jamais plus comme avant. L'organisation de la prise en charge et les contraintes des traitements seront les principaux pourvoyeurs de dysfonctions sexuelles. L'accompagnement des patients dans la globalité de leur personne s'impose, le retentissement psychologique de l'annonce du cancer va perturber toutes les strates du sujet, notamment sa sexualité.
M'intéressant, en tant que sexologue, sexothérapeute et thérapeute de couple, au cancer et à son incidence sur la vie des patients, pour apporter un éclairage autre, je me livrerai à une réflexion précisément sur les cancers ayant comme oscillation un organe sexuel, les plus fréquents étant celui du sein, de l'utérus, des ovaires et celui de la prostate, Je me centrerai dans ce court exposé sur le cancer du sein.

Autant de témoignages que de femmes, des questions nouvelles émergent, et si on abordait ces questions de façon nouvelle ?
Certaines unités d'oncologie ont à cœur cet accompagnement remarquable et à tous les soignants sera proposée une formation de prise en charge sexologique des patients en gynécologie, urologie et mastologie – sénologie cancérologique. Malheureusement, il reste pléthore de soignants à reléguer toute la sphère de l'érotisme et de la sexualité au second plan, et de tomber dans les affres survie/fonction sexuelle, allant même jusqu'à les nier et du même coup à en former un vrai tabou !
Ce tsunami sur le corps à travers la partie chirurgicale, celles qui ont été opérées, celles qui ont perdu un sein, deux seins, peu de seins, qui ont des cicatrices, « chaque femme a un rapport à ses seins, facile ou pas, et cette atteinte de son image c'est pas facile, et son image c'est sa féminité » dira l'une d'elles. Celles qui sont très malades, ou qui pensent l'être, ont envie qu'on leur ôte le ou les seins malades et ne plus en entendre parler, elles se détacheraient complètement de ce qu'elles voient comme un danger. Le traumatisme psychique bouleversant l'image de soi et le traumatisme physique à travers l'image corporelle attaquée et souvent amputée, affaiblissant par là-même l'estime de soi, sans parler de la grande fatigue et de la douleur qui s'inscrivent au plus profond du corps et impactent l'intime du couple.

Il y a vraiment un intrus dans le couple, comment survivre à ce couple à trois « femme-cancer- homme » ?
Quel impact pour le conjoint, qui face à lui, du jour au lendemain se retrouve avec une femme qui n'a plus de seins ou qui n'en a plus qu'un, ou qui a été reconstruite rapidement, enfin qui n'a pas les mêmes seins ? Pour lui aussi, quelle brutale réalité, et puis au cours du traitement chimiothérapique, les cheveux tombent, la femme perd un autre attrait qui a toute sa place dans la séduction et l'érotisme.
Alors dira l'une d'elles « j'accepte le changement, j'ai été opérée, je n'ai pas perdu mes seins, juste une taille de bonnet ! (rires), j'ai perdu mes cheveux, j'ai été très douloureuse pendant 3 mois, j'avais mal au bras gauche, j'avais très mal au diaphragme en dessous si je me pliais de telle façon, j'avais de l’appréhension, et faire l'amour c'était impossible pour moi, faire l'amour décontractée, ça veut pas dire faire l'amour autrement mais faire l'amour comme je le faisais avant, c'était juste pas possible alors on nous a dit « soyez inventifs, soyez si, soyez là… » ouais, mais il y la réalité ! Et si peu de parole à part ces injonctions !»

Une autre partagera « J'ai été si fatiguée, si souffrante pendant la chimiothérapie avec des effets secondaires, peu réjouissants pour mon mari, pas très jolis, pas très sexy ! J'ai commencé à perdre mes cheveux, ça c'est un choc aussi, c'est aussi un choc pour le partenaire. On est dans un état innommable. Quand on est dans l'action du début de la maladie, il y a tellement de choses à gérer, tellement d'urgence, on est tellement sonné. Je ne pense pas qu'on pense à ça, au départ, toutes ces questions-là on ne se les pose pas.»

La place de l'homme
Dans un couple hétérosexuel, l'homme est souvent la victime « oubliée » et collatérale du cancer, il se tait, et pendant les traitements, toute l'attention semble concentrée sur la femme et contre la maladie. Comment pourrait-il se plaindre ? Il ne s’autorisera pas à dire sa colère, son désarroi, son impuissance devant cette menace vitale. Il pourrait même s'en vouloir d'être lui en bonne santé, et elle malade. Nous voyons bien que le couple est particulièrement ébranlé, fragilisé
La place de l'homme bien sûr est à prendre en compte, cet homme qui doit entendre et respecter la douleur de sa compagne. Et elle ? Comment pourrait-elle envisager l’angoisse de son partenaire occupée qu'elle est elle-même par cet affolement ?
Passer ce temps, ce choc de l'annonce, nous voyons tout l'enjeu de l'accompagnement systématique de chaque couple par une personne de l'équipe soignante formée, ou mieux encore par un onco-sexologue, ou par un sexologue-sexothérapeute intégré à l'équipe de soins ou par un sexothérapeute libéral indiqué par l'équipe. Enfin il y a de la ressource humaine, encore faut-il bien vouloir s'y pencher !

En parler !
En consultation sexothérapique, la sexualité va de fait être abordée de manière plus libre, même si les tabous ne s'envolent pas comme par magie, mais il est question de « ça », et on va s'y coller ! Chaque couple est unique, formé lui-même de deux personnes uniques et le thérapeute va les aider à se raconter, avant, maintenant, à parler de la maladie qui s'est insinuée entre leurs deux corps, du fossé qui menace de se creuser car ils ont du mal à en parler, et qui, à leur place, ne serait pas en difficulté ? Il va être question aussi de plus tard, des suites de ce cataclysme, de la reconstruction sous toutes ses formes.
Il sera là aussi question des traitements en cours, et de suite, et nous pourrons aborder la question du traitement par l'hormonothérapie qui va à lui seul soulever beaucoup de questions et précipiter la femme encore jeune dans un temps physiologique et psychologique qui arrive bien trop tôt provoquant bouffées de chaleur, désagréments, et à terme stérilité.
Cet espace de parole va pouvoir permettre de parler de tout ce qui fonde leur vie de couple dont la sexualité fait partie, de lever les malentendus, de clarifier des interprétations, des non-dits, des mots tus de peur de choquer, décevoir, blesser son conjoint. Là, le couple va apprendre ou redécouvrir l'écoute mutuelle et la richesse de se dire.

Réinventer une vie sexuelle
Et puis, c'est là aussi, où l'érotisme du couple va pouvoir s'étayer par des mots qui pourraient laisser entrevoir la créativité du couple. Parler de ce qui est possible ou pas, ce qui pourrait faire peur ou mal, de comment inventer d'autres manières de faire l'amour.
Faire l'amour prend tout son sens dans ces moments de vérité, faire l'amour, c'est se montrer qu'on tient à l'autre par des gestes de tendresse, des attentions, des caresses si c'est possible, des massages. Garder le lien, le nourrir à sa manière. Ce n'est pas magique, maintenir ou sauvegarder la sensualité et l'érotisme du couple demandera volonté et humour. L'entente sexuelle ne se réduit pas à la relation sexuelle communément appelée rapport sexuel ou pénétration sexuelle. Elle est bien plus riche et plus vaste. A nous de dessiner ensemble en consultation des patrons, au couple de tricoter !

  • Dossier "Sexe" : Réflexions en vrac

On le voit donc, tout change mais rien n’est perdu. L’amour triomphera, j’en suis convaincue. Dans ce dernier chapitre, je vais citer en vrac quelques réflexions obtenues sur le tard.

Ainsi le Dr Florian Clatot, oncologue, chef de clinique à l’Hôpital Becquerel de Rouen, a, par le biais d’un échange mail avec une de ses ex-patientes qui est une de mes amies, confirmé que : “La question de la sexualité en cours de traitement est d'actualité, mais très complexe car associant plusieurs facteurs qui se mêlent. Il n'est pas toujours aisé de faire la part des choses entre la baisse de libido liée à la "dépression" plus ou moins marquée et consécutive à l'annonce de cancer, la baisse de libido liée à la modification du rapport au corps d'une femme traitée au niveau mammaire, la modification des rapports (non sexuels) du couple : statut social du "malade", peur de faire mal, peur de toucher les cicatrices, la toxicité de la chimio qui peut associer une asthénie (baisse de la libido) une ménopause/aménorrhée chimio induite et donc une baisse de la libido par modification de l'équilibre hormonal, et éventuellement une modification de la sécheresse muqueuse pouvant entrainer des dyspareunies (douleurs lors des rapports sexuels), les difficultés à évoquer spontanément cette problématique par les patientes, les dificultés à évoquer cette problématique par les médecins, non pas par manque d'intérêt, mais plutôt pour ne pas mettre mal à l'aise nos patientes, et car nous ne disposons pas de moyens thérapeutiques "simples"…” Bref, il confirme que c’est “compliqué”.

Mon oncologue, que je n’ai pas souhaité interroger sur ce thème (j’ai compris ultérieurement que demander à son thérapeute d’intervenir dans un cadre journalistique n’était pas judicieux…), m’a également confirmé que les choses n’étaient pas si simples, qu’il y avait encore une grande méconnaissance du sujet mais que des choses se mettaient en place. Voilà qui est une bonne nouvelle car cela veut dire que l’on commence à dépasser le stade “cancer/pathologie/basta” à “cancer/guérison/on fait quoi après” et ce, sur tous les plans, sexe compris.

Enfin dans le cadre de mes recherches, j’ai trouvé ce doc plutôt bien fait sur le site de la Ligue contre le cancer qui aborde la sexualité des femmes dans un cadre plus développé que le cancer du sein.

Voilà, j’espère que ce dossier vous aura intéressés, qu’il vous aura peut-être permis de vous livrer vous-mêmes à une petite réflexion sur le sujet. J’espère surtout qu’il vous aura donné de l’espoir. Je suis convaincue qu’il faut s’extraire à tout prix du carcan du cancer. Les problèmes de libido, de couples, d’amour, tout le monde en rencontre à un moment de sa vie. La confiance, la communication et l’optimiste seront sans doute les clefs pour retrouver une harmonie.
En tout cas, moi, je continue de trouver le sujet passionnant et incontournable. Je n’hésiterai pas à y revenir si d’autres infos me parvenaient.

Vous pouvez commenter à souhait ce dossier avec votre propre expérience, si possible, en nous donnant de bonnes nouvelles. L’idée n’est pas d’occulter les problèmes mais vraiment d’évoquer les exemples de réussites pour donner de l’optimisme et de vrais espoirs aux nouvelles venues du Club des soutifs en coton.

Illustration : "L'Été" de Bernard Mougin

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