
Dans un monde où il est impossible d’envoyer des SMS sans que ça
se sache, où on ne peut pas avoir sur son mobile des conversations privées,
même sous un faux nom, où la NSA espionne des pays entiers, un mystère plane.
Comment a-t-on pu perdre un avion de ligne et tous ses passagers
?
C’est le mystère de l’année. Le Boeing de Malaysian Airlines disparu on ne
sait où ni comment pose de sérieux problèmes. Les enquêteurs issus du domaine
aéronautique, de l’espionnage ou encore les journalistes patinent. Malgré les
balises GPS, les transpondeurs, les liaisons radio de données de vol ou même
les portables des passagers, personne n’est en mesure de dire où est cet avion
et ce qu’il est devenu.
S’est-il transformé en sous-marin ? En épave ? A-t-il été
pulvérisé ou transformé en pièces détachées ? Quelle route aérienne a-t-il
bien pu prendre ? Dans quel pays se trouve-t-il ? Et quel est le rôle
des pilotes ? Toutes ces interrogations forment un sujet bien télégénique
malgré le manque d’images. Pour une fois, les experts autoproclamés des
plateaux télé n’ont pas vraiment d’avis. Certains évoquent des hypothèses
farfelues, on va bientôt nous parler de faille spatio-temporelle, d’enlèvement
par des extra-terrestres, si ce n’est déjà fait.
Certes, cela permet de tenir le téléspectateur en haleine entre les pages de
pub. Mais plus que des raisons dignes de films de science fiction ou d’un bon
vieux James Bond, certains éléments plus terre à terre pourraient expliquer
cette disparition, même si tout çà a l’air d’être relativement capillotracté.
On apprend en effet par l’honorable journal Le Monde, que la Malaisie, malgré
une démocratie formelle de bon aloi possède un état corrompu, incompétent,
ethniste et autoritaire.
Dans ce contexte, il n’a donc pas échappé aux journalistes du Monde que la
veille de la disparition du vol MH370, le leader du principal parti
d’opposition, Anwar Ibrahim « a été condamné une nouvelle fois pour
sodomie et li est passible de cinq ans de prison ». Quel rapport, sans vilain
jeu de mots, avec un avion de ligne ? Et bien, il paraît que le pilote du
Boeing Zaharie Ahmad Chah est ou a été un membre du Parti de la Justice du
Peuple, en VO le Keadilan Rakyat, dont le leader n’est autre que M. Ibrahim, le
condamné pour sodomie présumée.
Bien plus fort et finalement original que les hurluberlus qui vont trop au
cinéma, comme ceux de BFM qui sur le site de la chaîne continue d’infos
discontinues titrent : « Vol MH370 : un Ovni aperçu en Thaïlande
le jour de sa disparition ». Le Monde, lui, n’hésite pas à relier la
disparition de l’aéronef avec une sombre histoire de fesses présumée, certes,
mais quand on aime….
On pourra, si le mystère perdure, expliquer, pourquoi pas, la disparition du
Boeing par des liens complexes et croisés avec les affaires en cours. Ainsi,
l’appareil aurait pu avoir plongé dans la piscine de Takiédine, l’ami de Copé,
s’être écrasé contre le mur des cons du Syndicat de la Magistrature, les
conversations de bord avoir été enregistrées avec le dictaphone de Buisson, ou
encore, le Boeing aurait-il pu mettre un casque intégral pour se rendre
incognito chez une actrice quadragénaire dont noud tairons le no par respect de
la vie privée…
On ne sait pas si le vol MH370 a fini comme un avion sans ailes, mais on
constate que l’information, elle, se fait sans pilote. On penchera plutôt pour
l’hypothèse que l’appareil a sombré corps et âmes avec la déontologie
journalistique, entre une page de pub et un spot promotionnel pour la chaîne,
accompagné par l’éditocratie, qui a totalement supplanté le journalisme, le
vrai, celui de terrain, d’investigation, celui qui réfléchit plutôt à la vérité
qu’aux chiffres d’audience ou de ventes.
Le mot de la fin à Jean Baudrillard, philosophe multicartes pour qui la
disparition du monde réel est plus une théorie qu’une légende :
« Rien de plus mystérieux qu’un téléviseur qui marche dans une pièce
vide : on dirait qu’une autre planète vous parle. On l’imagine très bien
fonctionnant encore après la disparition de l’homme ».
Mais aussi des passagers du vol MH370, cher Jean, et de la déontologie…