
Non, je ne suis pas morte ! Au contraire, je revis. Ceci explique cela. Moins couchée, moins enfermée, dans ma tête ou dans ma maison, j'ai moins le loisir d'écrire. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir des choses à dire et je déplore de ne pas consacrer plus de temps à mon blog….
En effet, j'ai préparé toute une liste de papiers à poster. Seulement voilà, je souffre du mal du siècle : le manque de temps ! Mais comment faisais-je avant, du temps où je travaillais? Eh bien, justement, je ne faisais pas ou plus grand-chose, prise dans le grand tourbillon de ma vie de femme "overbookée". Bientôt il faudra s'y remettre, et si c'est le signe salutaire d'une réinsertion dans la société "normale" et donc une extraction du monde de la maladie (qui passe en arrière-plan comme sur une photo où le fond est flouté – tout en étant bien présent), c'est aussi une vraie crainte de savoir qu'il faudra se jeter à nouveau dans une sorte "d'huile de friture" pour être inéluctablement saisie à vif par la rudesse du quotidien.
On n'en est pas là, car avec un petit 10 de tension en début de semaine, force est de constater que l'énergie totale ne sera de retour que d'ici quelques mois….
Pourtant, j'ai la sensation d'avoir avancé à pas de géante dans ce périple qui est le mien. Nous sommes un mois et demi après la dernière chimio ; demain je ferai ma 16ème séance de rayons sur 25 programmées. L'équipe des Ormeaux est vraiment bien et c'est "presque" un plaisir de me rendre à l'aube, tous les matins, dans le service de radiothérapie. Il faut dire qu'après les deux dernières chimios, j'ai l'impression de vivre une vraie douceur dans cette machine à rayons laser qui ressemble un peu à ces super héros que mon fils regarde sur la 3 chaque matin avant de partir à l'école. 12 minutes top chrono la séance. À ce stade du traitement, je chauffe légèrement mais c'est gérable. C'est un peu comme un coup de soleil donc on "biafine" en long en large et en travers.
Mon tronc est bariolé par de gros traits mauves (une substance nommée "fuchsine"). C'est simple, Guernica, c'est moi ! Lundi dernier, j'ai échappé au "pire". La manipulateur m'a accueilli avec un "c'est le jour pour la petite piqûre !". "Une piqûre ? Où ça ? Pourquoi faire?" Il m'indique qu'il s'agit d'un point de tatouage demandé par le radiothérapeute "au cas où je déménagerais ou si "quelque chose" devait à nouveau arriver afin de savoir où les rayons avaient "frappé"."
Tee tee tee… D'une, je ne compte pas déménager. De deux, je ne compte pas récidiver ; de trois, je ne suis pas une pièce de bétail (pourquoi pas un code barre tant qu'on y est !) et pour finir, avec la reconstruction (si j'opte notamment pour le Diep), le point de tatouage de servirait à rien. Bref, j'ai refusé. L'opérateur n'a pas insisté, respectant mon choix.
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Je me lève tous les jours à 6h30, je suis dans le taxi à 7h10, de retour dans mes pénates à 7h40. Là, petit à petit, j'apprends, quand c'est possible à ne pas me recoucher pour redormir comme une marmotte toute la matinée. Cela suppose que la veille ait été une journée calme avec un dodo tôt le soir (à savoir, avant minuit). Puis j'essaie de faire des choses, genre un peu de rangement, un peu de lessive, quelques courses. J'accompagne les copines à l'hosto, trop ravie de ne pas y aller pour moi (j'rigole !). Je cuisine. Puis je fainéante, je prends le temps de vivre. Je m'endors souvent en cours de journée pour des siestes réparatrices. C'est tellement bien d'être à l'écoute de son corps.
Je m'étais fixée la date du 1er avril (en réalité du 31 mars car c'était un lundi) pour reprendre mon physique en main. Une semaine de détox presque parfaite (un seul resto et une seule invitation chez des amis) où j'ai exclu de mon alimentation toute matière grasse, toute protéine animale, toute sucrerie, tout alcool. En somme, des légumes, des fruits, de l'eau et du thé vert ajouté à la reprise d'un traitement de phytothérapie que j'avais mis de côté pendant la chimio. Le but de la manœuvre : éliminer rapidement les kilos pris à cause des excès alimentaires des derniers mois et puis, tenter de "purifier" un peu mon organisme malmené par la chimie anti-grosse bête !
Ce 31 mars donc, j'ai décidé de reprendre mon alimentation en main. Mon corps également en reprenant l'activité physique. À mon rythme. Marche longue ou plus courte mais rapide, danse, taï chi, jardinage et ce, tous les jours. Tout est bon pour extirper ma personne de son enveloppe meurtrie. Ce n'est pas sans mal : manque de souffle et courbatures multiples ; mais mes capacités s'améliorent de jour en jour et je me suis délestée de 3 kilos ! Cela a un impact favorable sur la tonicité générale et sur l'œdème provoqué par les rayons sur et sous mon bras martyrisé.
Quand j'ai le temps, je m'enduis de multiples crèmes hydratantes des pieds à la tête. Je comprends maintenant pourquoi on propose des cures post-chimios pour réparer la peau… Je suis une sorte de parchemin sur pattes et me déleste quotidiennement de millions de petits particules d'épidermes qui tombent de mes affaires quand je me déshabille comme autant de petites paillettes corporelles.
Mais d'une manière générale, les petits bobos s'estompent, le corps revit, petit à petit… Il me faudra être en forme pour accueillir l'hormonothérapie. Tout se passera bien. Je l'ai décidé.
Ah, oui, tiens, au fait ! Mes cheveux repoussent ! Chouette !
Mes poils aussi, moins chouette…!
Sinon, je m'occupe aussi de mon esprit. Je médite toujours (moins, foutu temps qui me manque!). Je me suis rendue à un séminaire bouddhiste le week-end dernier. Le chemin vers l'éveil sera long, voire interminable pour ne pas dire inatteignable en ce qui me concerne mais là, pour le coup, je compte consacrer un papier entier sur ce que je tire (ou pas) des enseignements de Bouddha relayés par une femme lama qui a réussi à me faire me questionner très profondément sur moi-même. Qui ai-je envie de devenir ? Surtout pas moi, telle que je fus jadis. Quelle aventure cette rencontre avec moi-même… Plus qu'une montagne à gravir, c'est une véritable chaîne montagneuse qui s'étend devant moi…
Voilà. Quelques nouvelles donc, pour les lecteurs fidèles qui commençaient à trouver long mon silence, avant de revenir avec des papiers plus spécifiques.
J'ai en effet, plein de choses à vous raconter…