DLXXXIII.

Que faire en cette période estivale, sinon s’ennuyer. Pas trop, un peu tout de même. Que faire, sinon lire. On le sait, la lecture sauve de tout. Oui, mais voilà, c’est les vacances, les bibliothèques sont fermées. Pas toutes, un peu tout de même. Notre municipalité veille aux horaires souples et variés ; lorsqu’une ferme, l’autre rouvre (dans le sens que vous voudrez). C’est la variété dans la continuité. Là, le socialisme est admirable.

Que faire dans une bibliothèque fermée ? Rien, sinon laisser les livres se reposer. Mais aussi classer, ranger, penser. Réfléchir à de futurs achats, peut-être songer à des retraits regrettés. En tout cas, s’interroger sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire. Du ménage ? Pas trop, un peu tout de même. Les livres supportent bien la poussière. Le calme aussi. Et l’absence de lecteurs, ce qu’on nomme la pesanteur du monde. Chose pour laquelle, sans doute, les bibliothécaires s’ennuient. En vacances ou au travail. On en voudra pour preuve la cohorte qui opère (parait-il) à celle intitulée (hélas) Simone de Beauvoir, sise à Grammont (réputé pôle culturel).

Celles-là (ou ceux-ci) se sont mis en tête de se divertir. Il s’agit de battre un record. Soit, comprenne qui pourra, de faire tomber des livres. Sur le modèle des dominos, des Lego (marque déposée) ou des Chinois lors du 32e congrès, de s’aligner à la queue leu-leu, en ordre et le plus loin possible, puis d’une pichenette, renverser la vapeur en guettant les sinuosités harmonieuses. Si ça réussit, ça sera filmé. Et on sera les premiers du monde. Mieux que les Polonais, déjà détenteur d’un titre de même acabit. C’est dans le journal.

On s’en doute, nous sommes tous aux aguets. Ah, on va rigoler ; pour être sympa, ça va être sympa. Ce genre d’exploit nécessite surtout de l’enthousiasme, quelques tee-shirts mouillés, et une bonne dose de niaiserie. De fait, c’est la bibliothécaire sartrienne (dite responsable de l’établissement) qui s’y colle : L’idée c’est de désacraliser le livre, de donner une autre image de la bibliothèque, dépoussiérer tout ça… (Paris-Normandie, mercredi 23 juillet, page 8). Ces propos, tenus en 2014 (à peine croyable) n’excusent rien. Cette intermittente du spectacle vit et respire au seuil des années Quatre-vingt. Ou Soixante-dix. Vrai, elle croit qu’elle sert encore à quelque chose. Si oui, elle s’efforce d’en donner la preuve. Pour le résultat qu’on sait.

Il ne suffit plus d’être gardien de nuit. Il faut être aussi motocycliste. Ou soprano. Ou ergothérapeute. Une autre image de la bibliothèque ? Il y a longtemps que c’est fait. Avec les errements qu’on connaît. Dire qu’il y a des citoyens qui veulent encore lire ! Et des livres qu’on leur prêterait ! Pourquoi pas Les Mandarins, pendant que vous y êtes ? Ou Les Bouches inutiles ? Ah, non celui-là, on sait où il est.

Que faire des livres ? Les lire. Les relire. Les prêter, les donner, les vendre. Les conserver aussi. Ça peut toujours servir. La lecture sauve de tout ? Oui, entre autres, de la bêtise.

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