Nombre de choses nous ramène, où qu’on aille, au Carrefour de la Crosse. Il faut se souvenir que cette vieille appellation est d’emploi récent. De mon temps (terme d’usage) c’était rue des Carmes, ou rue Ganterie, ou rue de l’Hôpital. Ledit carrefour n’était qu’à peine matérialisé. Il l’est devenu à la faveur des voies piétonnes. Autrefois, les lieux valaient surtout pour la charcuterie Ono-dit-Biot (devenue par la suite Batrel) et pour le magasin des biscottes Clément.
Pour ce dernier, la boutique était simple et claire, comme ce qu’on y vendait. Quoi de plus simple et sans surprise que des paquets de biscottes, alignés et rutilants ? J’ai une faiblesse pour les toasts ronds avec des raisins. On les commercialisait jadis, pour les meilleurs, sous la marque Magdelaine. A Rouen, Clément était une enseigne connue. A-t-elle périclité ? Absorbée par un groupe plus fort en rentabilité qu’en biscottes ? Vous souvenez-vous des Triscottes ? Encore une chose de disparue.
Il y a un Ono-dit-Biot (prénommé Christophe) qui sévit sur France-Culture. Il y cause littérature (ou à peu près). De la famille de l’ancien charcutier ? S’il ne s’en vante pas, le lui rappeler. Il est par ailleurs (façon de dire encore) quelque chose au Point. Comme quoi le pâté de tête mène à tout. A côté de la charcuterie, le magasin Clément était un brin austère. Y a-t-il un Clément employé chez Gallimard ou Actes Sud ? Si oui, c’est sans éclat. Tandis que l’autre, quel abattage ! Je ne m’inquiète pas de la suite de sa carrière. Dans les Lettres ou ailleurs.
Qu’on me comprenne : je n’ai rien contre les charcutiers ou les courriéristes littéraires. Il en faut. Dire que les premiers sont plus utiles que les seconds relève du plus mauvais esprit. Christophe Ono-dit-Biot n’a rien d’austère. A ce titre, il trahit le souvenir des biscottes Clément. Mais il vit avec son temps. Sans doute vendra-t-il plus sa littérature (il publie des romans) que Clément ses biscottes. A ce stade, l’esprit des lieux n’existe plus. Ce pourquoi Rouen Chronicle patine.
Mais assez sur ce sujet. Autre chose : Il semble que j’ai confondu Chant des oiseaux et champ des oiseaux. C’est l’autre qu’il fallait lire. Je le crois sans peine. Certes la différence n’est pas mince et pour un vieux rouennais, la bévue marque mal. L’ai-je su ? J’ai oublié. Mais je n’avais pas oublié que l’ancien cinéma s’appelait Le Coucou (d’où l’oiseau chanteur ?) J’y suis allé parfois, du temps où on y projetait des films du répertoire. Le genre japonais, en noir et blanc, avec une musique grinçante. Mais à quoi bon rappeler ces souvenirs d’un temps disparu ? Et pour qui ?
Je ne me relis pas (une voix au-dessus de mon épaule : Ça se voit !) C’est que mes histoires, même à écrire, ne m’intéressent plus. Enfin, plus beaucoup. J’en ai fait le tour. La rentrée m’occasionne une nette baisse de tonus. Il me faudrait des vitamines. Des toasts aux raisins, avec de la marmelade d’orange. C’est ça qui serait sympa.