(fil-fax 02/09/14)
La ville du Havre estime que le temps est venu de tenir « un discours complet » sur « la tragédie sans nom » que furent les bombardements britanniques de septembre 1944 qui ont détruit la plus grande partie de la cité. « Pendant longtemps il fut très difficile d’expliquer que ce furent les mêmes qui ont libéré la ville et qui l’ont détruite », a indiqué jeudi Jean-Baptiste Gastinne, conseiller municipal délégué (UMP), en présentant les commémorations du 70ème anniversaire de la Libération. A ses yeux le traumatisme s’est nourri à la fois de « l’ampleur » des destructions, de l’absence « d’explication rationnelle » à ces bombardements et de la reconstruction « imposée » à la population.
L’élu estime qu’un tel discours complet qui aurait été à contre-courant de l’unanimisme de la Libération ne pouvait pas être tenu par les responsables politiques qui ont dirigé la ville après-guerre. Il assure que le temps et la réflexion devaient au préalable faire leur œuvre. Aujourd’hui, les récents travaux des historiens sur le sujet comme ceux du Britannique Andrew Knapp et la montée en puissance des générations qui n’ont pas vécu ce drame offrent une opportunité pour « se comparer à d’autres » et achever « le travail de deuil ».
Ces commémorations qui s’étendront sur septembre et octobre constitueront le début d’une « séquence mémorielle » qui s’achèvera en 2017 avec la célébration du cinquième centenaire de la création de la ville. Elles seront marquées notamment par des expositions, un ciné-concert, un colloque international, une conférence de psychanalyse urbaine et la sortie de plusieurs films (Chroniques 44, Les artificiers noirs, Le tunnel Jenner du Havre et La France sous les bombes alliées).
Un colloque international
L’un des temps forts de ces commémorations sera le colloque international organisé du trois au cinq septembre par l’université du Havre. Ouvert au public il est intitulé : Bombardements 44 : Le Havre, Normandie, France, Europe. Stratégies et vécus. Au programme, des débats autour des « bombardements stratégiques au regard du droit international et de l’éthique humaniste », « le décalage entre les mémoires locales civiles, vécues des bombardements et les grands récits nationaux sur la deuxième guerre mondiale » ou encore « le débarquement, l’avancée des armées alliées et le siège de la forteresse du Havre ». Une vingtaine d’universitaires, historiens, psychanalyste et thérapeute familial seront présents, venus de Caen, Rouen, Le Havre et Paris mais aussi d’Allemagne, des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Ils évoqueront les bombardements vus des Etats-Unis et dans la stratégie des Alliés, les traumatismes, la mémoire et la résilience, la comparaison entre les villes françaises et européennes, la propagande allemande et vichyste… L’objectif, selon l’organisateur John Barzman, directeur du laboratoire Identités et différenciations dans les espaces, les environnements et les sociétés (IDEES), est « d’appliquer à un cas concret la réflexion internationale sur plusieurs sujets qui occupent le front avancé de la recherche historique, anthropologique, juridique, culturelle et philosophique. »