DCIX.

Dans mon jeune temps, et même après, il était admis que la gare (dite la gare rue Verte) était un bâtiment d’une extrême laideur. C’était aux temps où le Modern Style (dit aussi style nouille) défrisait le passant. C’est rien laid ! se rengorgeait le Rouennais. Au vrai, cette gare sans style véritable, si elle ne casse pas des briques, possède cependant une originalité certaine. Sachez qu’il en existe une presque exacte réplique à Limoges. En fait-on grand cas ?

Dans cinquante ans, que trouvera-t-on laid ? Pas grand-chose puisqu’on ne construit rien (toujours ici) qui puisse épater. J’en veux pour preuve le quartier Luciline qui n’a de nouveau que la conviction que mettent ses promoteurs à le vouloir tel. Pour y avoir déambulé, même au milieu des gravats, je dois reconnaître que l’ébahissement n’est pas de rigueur. Si vous vous attendiez à un futur à venir, disons qu’il sent déjà le réchauffé. Dire que dans les années Vingt et Trente, on a construit ici la gare, l’immeuble du Métropole, la défunte piscine du boulevard Gambetta, et quelques autres choses dont on ne dit plus rien !

Donc je me suis promené (façon de dire) allée (ou plutôt mail) Andrée Putman. La malheureuse ! Méritait-elle son nom ici ? Elle n’a rien fait pour. C’est contrainte qu’elle entre dans la postérité locale. Victime de la mode, de l’engouement, et surtout du toc à la sauce socialiste. Comme d’autres avant elle, me direz-vous. Les générations qui se succèdent ne sont pas fixées. Une pièce après l’autre. Quoi, qui ? D’abord, ce qui fait bien dans le décor. Dans le salon, là, accroché au mur. Je vous fais un chèque ?

Ça ne durera qu’un temps, croyez-le. Le mail Andrée-Putman deviendra une allée, une rue (à peine), et puis rien. Quand passent les poubelles ? Vous voulez rire. Ce qui président à Rouen, c’est l’utile, le rentable, puis, à condition d’avoir le temps, mais bien après, le visible plaisant (nommé parfois esthétique). Si Studio Putman il y eut c’était, n’est-ce pas, pour de bonnes raisons, celles du papier glacé. Et pis, dites, ça fait chic.

Quoique. Noir et blanc, c’est pas un peu triste ? Trop genre « avenue Junot » ? Je ne sais pas, je ne connais pas. Donc, oui, l’autre matin, dans le quartier, au pied d’un de ces immeubles sans âge mais qu’on découvre déjà vieux, au milieu des cartons, des rebus de chantier et de quelques canettes, il y avait un petit chat. Perdu, miauleur, une minuscule peluche. L’orphelin de la rue Putman ! Je suis d’un âge à jouer les Léautaud, lequel au sortir du Mercure, aurait couru chercher une tranche de foie chez le boucher.

Un boucher à la Luciline ? Pas à ma connaissance. Voilà pourquoi, ce vendredi, noir et blanc pour noir et blanc, il fallait passer son chemin. Hausser les épaules et faire semblant. Semblant de quoi ? De regretter que la vie qui est se charge moins du monde que ne le faisait l’ancienne. Enfin, de mon point de vue.

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