DLXXXIV.

Autre manie actuelle, celle du tourisme culturel à la sauce moyenâgeuse. Tout y passe, de Jeanne d’Arc à la ruine gothique en passant par le faux vrai Robert le Diable. A coup de chèques-vacances, on combat à l’épée, on s’exerce à cheval, on enlumine à qui mieux mieux. Qu’importe que tout soit indifférencié, l’important est dans la bannière armoriée. Il y a quelques décennies, on allait (de manière un peu contrainte) se recueillir sous des cloîtres habités. On y croisait six ou sept moines. On lorgnait chapelets, tonsures et sandales. L’hiver, disait-on, brr, ils doivent avoir froid. Oui, mais ils croyaient dans leurs rôles. Tout était dit.

Où sont nos pieux religieux ? Sous vos yeux, ils sont devenus intermittents, crachent du feu et jouent de l’arbalète. Avis : la chapelle est fermée, on y range les accessoires. Passez le pont-levis, voyez la cour, vous y retrouverez les familles. Au bas des gradins, voici les jongleurs, les forgerons et les dames qui filent. Des chevaux aussi. Qui vont au pas. Ils jouent le jeu. Se souviennent-ils que leurs grands-pères trottaient sous Kid Carson ? C’était autrefois, du temps de la foire exposition, lorsque celle-ci se passait sur l’île Lacroix.

La cotte de maille a remplacé la chemise à carreaux. Comme on dit : c’est générationnel. Ça passera puisque tout passe. On en reviendra. Oui, du moyen-âge aussi. Avant qu’il revienne (il revient toujours). On dit que le temps passe. Avouez qu’il faut être de bonne composition : on a souvent l’impression qu’il fait du sur-place. Plus personne ne va voir le gisant de Richard Cœur de Lion dans la cathédrale (oui, parfois des Anglais). Et dans six mois, tout le monde cavalera à l’historial Jeanne d’Arc (sauf les Anglais, off course).

On se bousculera à la boutique, faisant queue aux produits dérivés. Autant la pucelle a été au purgatoire (dit magasin des accessoires), autant elle reviendra sur le devant de la scène. Espérons que ça ne soit pas trop tard. La mode étant se qui se démode, une fois l’historial johannique ouvert, plus personne ne voudra voir Domrémy, Chinon ou Orléans. On sera passé à la cuisine paléolithique ou à la méditation variative. Putain, c’est pas vrai ! s’exclamera Laurent F***. Oui, avec raison. Le métier d’animateur n’est pas simple. Un coup, il leur faut ça, un coup, autre chose. De vrais gosses.

L’été en ville vous offre des impressions troublantes. Tant de Chinois, de Portugais, d’Allemands ! Que de pantalons courts, de parapluies et d’appareils photos ! A chaque coin de rue, on frémit de croiser Jacques Tanguy. Il s’arrête : on l’admire. Il parle : on le vénère. Si le touriste n’est pas difficile, que dire du Rouennais ! Ce conférencier devenu historien par la grâce d’on ne sait qui, étend son magister. En secret, on le méprise ; en officiel, on feint d’y être attaché. Encore une victime de ce qu’on nommait autrefois la bourgeoisie. Il a fallu se convaincre qu’il s’agissait tout au plus de ceux qui avaient un avis. Ça n’est pas si courant.

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