(fil-fax 19/10/12)
Deux jours après l’annonce de la liquidation de leur entreprise par le tribunal de commerce de Rouen, l’Intersyndicale de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne a annoncé jeudi qu’une délégation sera reçue jeudi à 19h15 à la présidence de la République à Paris. François Hollande n’y sera pas – étant en déplacement à Bruxelles – mais l’engagement semble avoir été pris qu’une second rendez-vous est prévu avec le chef de l’Etat en personne. Le député socialiste Guillaume Bachelay, en première ligne sur un dossier où l’attitude du gouvernement est maintenant vilipendé, a insisté pour obtenir ces réunions à l’Elysée.
C’est dans l’immédiat le premier effet de l’appel à une mobilisation « la plus large possible », des syndicats, des partis politiques et des pouvoirs publics, lancé pour maintenir un ultime espoir de reprise d’ici le 5 novembre prochain date limite de dépôts des offres
Devant un millier de personnes rassemblées devant les grilles de la raffinerie, les porte-parole de l’intersyndicale ont également annoncé qu’elle avait repris les contacts avec la société NetOil qui reviendra le 5 novembre avec une proposition encore affinée.
L’incompréhension restait mercredi la réaction la plus partagée par les salariés. « On était arrivé au tribunal en étant persuadé qu‘on aurait un report », a répété Yvon Sconet, l’emblématique porte-parole de l’Intersyndicale. « J’ai vu que les vautours étaient dans la salle et je n’ai pas apprécié le coup de poignard dans le dos », a-t-il ajouté en visant le procureur de la République « qui a demandé la liquidation ». Les grands groupes pétroliers, à commencer par Total, sont accusés de faire pression pour que soit réduite la capacité de raffinage en France et en Europe. Shell qui a organisé la reprise de la raffinerie par la petite société suisse Petroplus en 2007 est également la cible.
Mais surtout, dans les rangs syndicaux, l’analyse de la décision du tribunal de commerce appelle deux observations. La première concerne la qualification et les garanties offertes par NetOil. « Bien sûr, il n’est pas blindé de chez blindé, mais on veut essayer », admet Yvon Scornet. Pour lui, l’argument du défaut de qualification ne tient pas. « Aujourd’hui on n’a pas de grand groupe derrière nous. Et rien a explosé. On a remis en état notre outil. On a redémarré le 14 juin. Rien n’a sauté », s’insurge Jean-Luc Broutais (CGT). Et dans le même temps, « Shell a gagné de l’argent avec sa commande ».
La seconde observation porte sur le devenir du site si la liquidation est prononcée. « Le tribunal a une autre idée derrière la tête, soupçonne Laurent Patinier (CFDT). La crainte d’un dépeçage du site de Petit-Couronne est dans les esprits. Tout d’abord, par une reprise des capacités de stockage avec les bacs, la gare de triage, le terminal en Seine, « un des plus beaux stockages du nord de la France », explique Yvon Scornet. Ensuite, les unités de fabrication de bitume et d’huiles pourraient être indépendantes.
Une solution à laquelle s’oppose l’Intersyndicale qui est allé déposer une motion à la préfecture à Rouen jeudi après-midi. D’autres manifestations sont prévues, comme le possible blocage des dépôts de carburants situés sur le port de Rouen.