Nelson Mandela est mort. L’homme est devenu une icône, un symbole unanimement célébré à travers le monde, alors que pendant de nombreuses années, alors qu’il était emprisonné, il fut considéré comme terroriste car n’ayant pas renoncé à la violence pour se faire entendre.
Leader du combat des Noirs contre l’apartheid des blancs, il aura passé 27 ans de sa vie en détention. Libéré en 1990, le plus célèbre prisonnier politique du monde devint quatre ans plus tard le premier président noir démocratiquement élu de son pays (1994-1999) se retirant dès la fin de son mandat, pour se consacrer à la protection de l’enfance et à la lutte contre le sida, fléau de l’Afrique du Sud.
Le «long chemin vers la liberté» (titre d’une autobiographie parue en 1994) de Nelson Rolihlahla Mandela commencera le 18 juillet 1918 dans le hameau de Mvezo, dans le bantoustan du Transkeï (aujourd’hui province de l’Eastern Cape, sud-est) où il naît au clan royal des Thembu, de l’ethnie xhosa.
«J’ai lutté contre la domination blanche et j’ai lutté contre la domination noire», dira t’il pour résumer son long combat pour la liberté: «Mon idéal le plus cher a été celui d’une société libre et démocratique dans laquelle tous vivraient en harmonie avec des chances égales. J’espère vivre assez longtemps pour l’atteindre. Mais si cela est nécessaire, c’est un idéal pour lequel je suis prêt à mourir».
Du bagne de Robben Island, au large du Cap, où il passera 18 ans, des prisons de Pollsmoor et de Victor Verster, Mandela inspire la révolte des townships (1976). C’est également en prison qu’il recevra les approches secrètes du gouvernement blanc, prémices à des négociations avec l’ANC.
Libéré le 11 février 1990, le détenu 46664 (numéro qui symbolisera sa grande campagne contre le sida) réapparaîtra face aux caméras du monde au côté de sa deuxième épouse Winnie, dont il se séparera deux ans plus tard.
Triomphalement élu à l’issue des élections du 27 avril 1994, il affichera dès son discours d’investiture la mission qui allait guider sa présidence. Convaincu que la société sud-africaine continuerait d’oeuvrer à faire du pays un «miracle», il promettra: «Lorsque j’entrerai dans l’éternité, j’aurai le sourire aux lèvres». Il retrouve aujourd’hui Rosa Parks et Martin Luther King au panthéon de ceux qui se sont levés contre la ségrégation raciale.
Aujourd’hui le Maire de Rouen lui rend hommage, et nous y souscrivons, comme nous partageons son souhait de voir un lieu porter son nom pour ne pas oublier un homme d’exception qui aura marqué les consciences.
Un lieu, symbolique et fort, et pourquoi pas une oeuvre pour lui rendre hommage, tout en ayant la décence ne pas rentrer dans une logique de partenariat quelque peu déplacée, comme il en fut le cas pour Aimé Cesaire, père fondateur de la négritude, et en entretenant le lieu de façon respectueuse de celui que l’on entend ainsi honorer.
Au delà de l’hommage, c’est aussi là une question de respect dans la durée.