Hé, le cancer, je pars en vacances !


Hé, le cancer, je pars en vacances !

Depuis un peu plus de trois mois, je suis plongée dans un monde parallèle. Et qui dit parallèle, en géométrie, dit à peu près identique. Cela veut dire que dans ce monde parallèle, il y a la vraie vie. Des gens bons, des gens moins bons, des moments avec, des moments sans. En ce moment moi, c'est un peu un moment sans. Et alors ?

Alors, j'ai décidé de faire une pause. Ne sont-ce pas les fêtes après tout ? Moi aussi j'ai le droit de prendre des vacances. Des vacances du cancer, ce sujet qui m'obnubile, me terrifie, tout autant qu'il me rend forte et m'ouvre la voie vers d'autres chemins. Depuis quelques jours, j'ai moins la frite. Voilà qui devrait être un atout pour perdre quelques kilos ! Si seulement… Il faut que je me requinque en milieu confiné, soyeux, serein. Il faut que je m'aère les neurones, "que j'disperse, que j'ventile".

Quand je suis comme ça, je suis atteinte de mélancolie profonde et cela s'alterne avec des périodes de colère ou de joie (ou les deux, je ne suis pas à une excentricité près). Une gémellité que j'ai toujours connue et que j'ai toujours eu bien du mal à dompter. Dans ces cas-là, je me sur-exprime, pas toujours très finement, par écrit, par oral. J'écris, je dis, je fais des choses un peu stupides, un peu emportées, excessives, imprévisibles et puis, après je me morfonds comme une sale gamine de 10 ans. C'est le signe qu'il faut du repos, du recul, du refuge et c'est ce que j'ai décidé de faire.

Vous verrez, les nouvelles venues au Club du soutif brinquebalant, il paraît, selon les anciennes du club qui sont passées dans la catégorie "victorieuses" (et moi, je les écoute respectueusement les anciennes, parce qu'elles portent une forme de vérité), que c'est normal. Le schéma est à peu près classique : angoisse, prise en main du "problème", mise en route des traitements, grande effervescence puis les choses retombent.

À bientôt !
Moins de mails, moins de visites, et c'est bien normal ! Parce que pendant que nous, nous sommes en apesanteur dans notre bulle à cancer avec un timing en total décalage avec la réalité des autres, le temps file pour eux. Le boulot toujours aussi envahissant, les courses, la famille, les enfants, les fêtes à préparer… Ils nous aiment toujours, ça, je n'en ai aucun doute mais nous sommes TOUS passés à une autre phase de la vie.

De fait, la cancéreuse a tendance à se rapprocher de sa "communauté". Et si cette dernière a un potentiel hautement réparateur par moments, elle a aussi un potentiel nuisible, notamment sur le net où se déclinent les énergies les plus destructrices. Parce que le net, c'est une fenêtre sur l'humanité; une humanité qui expulse sa rage, ses maladresses, ses ondes négatives parfois… Je n'en peux plus de ce putain de cancer. Pas dans la forme, le traitement roule, mais dans le fond, le fantasme, la terreur, le mal-être légitime que cela génère! Je pense très concrètement qu'il faut aussi savoir s'extraire du cancer. Et c'est ce que j'ai décidé de faire un temps donné. Combien de temps ? Comme d'habitude, c'est moi qui déciderai !

Alors, je vous souhaite à tous de passer de belles fêtes de fin d'année. Par avance, une joyeuse année 2014 (Et pis la santé hein, surtout !).
Je vous donne rendez-vous dans quelques temps avec un dossier croustillant et j'espère très complet sur la sexualité pendant et après le cancer du sein sur lequel j'œuvre avec méticulosité.

Musique !
Et puis, pour conclure, je partage avec vous un sublime cadeau que j'ai reçu bien avant Noël.
Mes trois petites poupées du groupe Tinun's ont enregistré deux chansons pour moi. La première leur appartient, elle s'appelle "Love" et alors qu'elles n'étaient encore que de toutes petites filles, elles composaient ce tube en puissance que je ne me lasserai jamais d'écouter. J'ai même eu le privilège de le jouer avec elles sur scène, lors de la sortie de leur album il y a trois ans.
La seconde s'appelle "Show", c'est un morceau à nous, Grand Final, duo que je partage avec mon copilote de vie que vous pouvez écouter en cliquant ici. Une chanson qui parle de moi, de lui, qui dit que "nous avons traversé tellement d'océans dans lesquels nous avons appris à nager ensemble" et que je suis comme ça, moi "je ne sais pas cacher, alors je montre". Comme quoi les schémas se suivent et se ressemblent…
Bien sûr les bougresses ont réussi à me mettre la misère en termes émotionnels (surtout que pour le coup, je suis un terrain plus que favorable) et à me faire pleurer comme une Madeleine au point de me donner envie de me replonger dans un livre de Proust. C'est dire!
Du bonheur en barre, du cristal d'émotion. Je vous le confirme : je suis en vie, heureuse, sentimentale et résolument décidée à le rester.

Allez zou, un rouge baiser pour chacun d'entre vous de la part de Calamity Doris.
À la revoyure !

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