"Je vais bien, tout va bien !"



"Je vais bien, tout va bien !"

Voilà donc une semaine et deux jours, (neuf jours quoi!) que l'on m'a injecté le Taxotère, cette fameuse chimio qui est censée ravager les corps. Et de façon concomitante, j'ai assez peu écrit sur le blog. De fait, certains d'entre vous, je les en remercie, se sont demandé s'il y avait lien de cause à effet entre ce silence et les douleurs insurmontables qui étaient miennes : pas du tout ! J'ai juste vécu une semaine un peu particulière qui m'a laissé peu le temps d'écrire. Ce n'est pourtant, ni l'envie, ni les idées qui manquaient.

Ça y est maintenant, je sais ce que ça fait, le Taxotère. Et je suis sûre que ma préparation physique et mentale m'a grandement aidée à franchir cette étape. Il y a eu l'injection, beaucoup moins agréable que les trois précédentes. Pas dans le geste mais dans la forme. Pas de chambre pour moi cette fois-ci. Une salle d'attente bondée, quatre heures d'attente… C'est long. Mais bon. L'examen pré-injection étant bon, on prend son mal en patience comme dirait l'autre. Et me voici, pour la première fois dans une salle dotée de deux fauteuils ; fini le petit confort du Fec100….

Peu de contacts avec mes voisines de chimio, j'avais mis mon casque et m'étais affublée d'un bandeau de glace sur les sourcils pour tenter de les préserver. Ajouté aux moufles glacées faites pour protéger les ongles pendant la chimio et les mouvements sont de fait, un peu limités… Les voisines avaient finalement l'air sympa (je redoute toujours la pessimiste broyeuse de moral et la fuis comme la peste) et nous avons de fait un peu papoté, sans mauvaises ondes parasitantes.

De retour plus tardivement qu'à l'accoutumée dans mes pénates, j’ai constaté en effet que je n'étais pas fatiguée. Ceci dû en fait aux effets des corticoïdes que l'on vous donne sur 2 jours et demi et qui ont pour objectif de prévenir d'éventuelles allergies au produit. Je fus soulagée de constater que je n'avais pas de réactions allergiques au Taxotère. On m'avait prédit un week-end au taquet, telle une pile électrique (à cause ou grâce aux effets des corticoïdes) et certaines âmes délicates m'avaient également prédit une descente aux enfers dès le 3 ou 4ème jour. Rien de tout cela n'eut lieu. Le côté pile électrique, c'est juste une énergie un peu débordante, ce qui est chez moi, un état naturel donc rien de neuf à l'horizon. La descente aux enfers fut décevante. Je n'y croisai même pas Lucifer avec qui, pourtant, il me plairait assez de boire l'apéro….

Le lundi, les fameuses douleurs "grippales" (courbatures, mal de dos et guiboles et pieds qui crampent) sont bien arrivées. Parfaitement supportables, je ne voyais cependant aucune raison d'infliger cela à mon corps et me soulageait très efficacement avec du Tolpagic prescrit par mon Oncle O'Logue. Je faisais même une petite balade à pied avec mon co-marcheur. Nous nous sommes octroyé d'ailleurs une petite pause collation dans un p'tit bar du quartier de l'Eure avant de reprendre une marche douce et aérée sous un magnifique soleil comme seul Le Havre sait en produire, histoire de se dégourdir les guiboles. Rien de violent car la fatigue est là mais juste de quoi tonifier les petits muscles et sortir le bout de son nez.

De retour dans mon cocon, je me plongeai avec délice dans mon gros dodo et sombrai avec plaisir dans les bras de Morphée. C'est que cette semaine allait être délicate pour moi puisque que je m'étais mise au défit de participer à un projet assez intense les mardi, mercredi et jeudi qui suivaient. Mon corps allait-il être d'accord ? L'avenir le dirait…

L'avenir l'a dit. Mon corps s'est mis à mon service pour assurer ma mission. Seulement voilà, il a aussi réclamé son dû. Mardi et mercredi, je déplorais deux épisodes fiévreux, courts mais là, néanmoins. De fait, je contactais mon savant généraliste dès le mardi soir qui vérifiait avec méticulosité l'état de la bête sous le capot en long, en large et en travers, pissouille dans le gobelet et tout le toutim, ne constatant aucune anomalie. La fièvre était d'ailleurs partie. Le lendemain, à peu près au même horaire, la fièvre revint. Là, il fallait que j'appelle le centre Becquerel dont le verdict fut sans appel : "Où sont les urgences les plus près de chez vous ?". Je réponds : "Les Ormeaux". "Rendez-vous-y immédiatement, nous les appelons pour qu'ils fassent un bilan sanguin. Il se peut que vous soyez en aplasie."

L'aplasie, c'est un peu l'état redouté en chimio, celui où le niveau de vos globules devient tellement bas que vous êtes sujet à attraper toutes les cochonneries qui traînent. Bref, on ne rigole pas avec l'aplasie.
Je me rends donc comme convenu aux urgences des Ormeaux et là, je suis d'abord surprise de l'accueil du médecin urgentiste. En gros, il me demande ce que je viens faire là. En effet, j'ai choisi d'être soignée dans le public à Rouen ; je n'ai qu'à me rendre dans le public au Havre. J'aurais bien envie de lui dire "merde" à c't'homme-là et de lui expliquer que je paye les prestations pour lesquelles je viens le voir par mes cotisations et ma mutuelle et que, en l'occurrence, outre mes impôts (et je ne parle pas des dépassements d'honoraires de ce type d'établissements), c'est quand même un petit peu les clients comme moi qui payent son salaire. Mais en réalité, je n'ai envie que d'une seule chose, c'est qu'il me fasse mon bilan sanguin afin de mon confirmer que je vais bien.

Un infirmier charmant, lui, prend le relais et me dit que je n'ai pas la tête de quelqu'un qui est en aplasie mais les examens sont faits, un autre médecin, une femme urgentiste me prend en charge et m'ausculte sous toutes les coutures ; les résultats arrivent. Ils sont bons en termes de niveaux de globules. Bref je ne suis pas en aplasie. Il y a bien un taux qui indique une inflammation quelque part mais où ? Zatiz the question. Ma température est redescendue depuis belle lurette aux 37,2° de rigueur. Bref, verdict de Becquerel après réception des résultats : "Rentrez chez vous madame, tout va bien."

Cette fièvre restera inexplicable. J'ai bien ma p'tite idée sur la question… Faire sa fofolle même une heure ou deux, quand on a besoin de repos, ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de mieux et d'ailleurs dès le jeudi soir, mon corps va réclamer son dû, à savoir, des dizaines d'heures de sommeil de suite et ce, jusqu'au dimanche midi. Ceci explique donc que je n'ai guère eu le temps d'écrire beaucoup. Entre temps, j'ai trouvé le moyen de participer à de sympathiques moments de convivialité (un repas le vendredi soir, un thé le samedi après-midi, un petit spectacle le dimanche midi) mais toutes ces petites escapades furent rendus possibles grâce à de très longues phases de sommeil intermédiaires. Mais dites donc Madame Bertinotti, comment avez-vous fait vous pour assumer votre tâche de ministre, vous ? Quel corps extraordinaire vous devez avoir ! Comme je vous envie.

Côté douleurs, tout va bien. Je sens occasionnellement quelques petits bruissements dans mes gambettes mais je ne laisse guère les choses s'installer et je dégaine mon Tolpagic (que, là-encore, j'ai la chance de supporter, ce qui, je le sais n'est pas le cas de tout le monde). Je me repose encore et encore. Petite confidence, j’ai le cul en fleurs. Même si a priori, l’expression évoque quelque chose d’agréable (bah oui, ça doit être joli un vase en forme de cul dans lequel on pourrait y laisser s'épanouir un beau bouquet de fleurs, non ?). En réalité, c’est moins réjouissant… C’est que, je crois que je n’ai jamais pris autant de fois ma température de toute ma vie… Je crains que ma carrière dans le porno soit fort compromise…

Dès demain, je reprends la méditation, la marche, la danse et je dormirai tout mon soûle quand mon corps le demandera. Il me reste 54 jours de chimios sur 128 prévus initialement. Le bout du tunnel s'agrandit un peu chaque jour dans mon horizon. Moins de 8 semaines à faire la funambule sur le fil de la chimio, un compagnon de route que je me dois de respecter. J'irai jusqu'au bout la fleur au fusil, le sourire aux lèvres, le poing levé. Tiens bon, Doris, tiens bon !

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