Puisque nous en sommes aux souvenirs et à Saint-Sever, on aura peine à croire qu’il exista, un temps (assez long), un café à l’enseigne du Café des Chèques Postaux. D’abord parce qu’il n’y aura plus de café, plus de chèques et encore moins de postaux. C’était où ? Avenue de Bretagne, puisque vous voulez tout savoir. Au début, à partir de la place Joffre, sur la gauche, pas très loin de chez Rank Xerox. Vous dire si on parle d’archéologie ! A peine croyable de dire qu’il exista aussi ici une agence Rank Xerox.
Un café ordinaire, dans la note du temps, avec beaucoup de formica et des plantes vertes. De grands miroirs. A cet endroit de l’avenue et de la place, le soleil donne à plein dès qu’il est 10 heures. Temps idéal pour que les caoutchoucs rendent. Celui-là était phénoménal. Mais pas tant que celui de La Caravelle, non loin, sur la place. Les cafetiers d’aujourd’hui ne s’occupent plus de plantes vertes. Ils préfèrent débiter de la bière rouge Chimay et des sandwichs thon-crudités.
Pendant ce temps mon boulanger propose des carottes râpées, des éclairs au Nutella et du soda en canette. Il nomme ça des formules. Presqu’en face, mon pharmacien vend de la teinture pour cheveux et des tétines parfumées à la fraise. Pour l’avenir, il faudra noter qu’il fut une époque où un métier en était un. Au passage, ceci explique peut-être pourquoi les comédiens manifestent. Mais ça, il faudra nous l’expliquer. J’y viendrai.
Aux Chèques Postaux, Maïté venait prendre son café. Mon p’tit noir. Ce, ajoutait-elle, avant d’y retourner. C’est qu’elle mangeait à la cantine et qu’on n’était pas entré (pas encore) dans l’ère des distributeurs. Même pas le temps d’enlever sa blouse (un peu beige, un peu maronne). Heureux temps que celui où, sans aucun diplôme, on vous employait à pointer chèque sur chèque pour un salaire sans excès.
Et que la cantine ne coûtait rien. Ou si peu. Mais Maïté, elle, voulait autre chose. Faire de la danse. Ce pourquoi elle se ruinait en cours particuliers chez Béatrice Mosena. Pour pas grand-chose. Car Maïté ne fut jamais danseuse. Ou dans un genre qui nous échappait. Elle rejoignit, au lendemain de Mai 68, loin des chèques, un village en perdition du côté de la garrigue. Là où le ciel n’est jamais marron ni beige (couleur particulière qu’avaient les enveloppes des chèques postaux). La patronne du café, on le devine, s’en consola. Une de partie, dix de retrouvées.
Il me semble que ce fameux café n’existe plus. Sans dote remplacé par une banque, une boite d’intérim ou d’assurances (ce qui revient au même). Tout comme La Caravelle, les caoutchoucs, et sans doute Maïté dont je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Un peu plus jeune que moi cependant. Existe-t-elle encore en méridionale ? Pas sûr. A-t-elle une petite-fille qui pratique la danse ? Etc.
Comme le temps passe disait-on autrefois. Je pensais que l’important était de savoir comment il passait. A bien y réfléchir, il se peut que les commerçants seuls connaissent la réponse.