Dimanche 19 octobre 2014 dans le cadre charmant du haras de Sens de Beuvron en Auge, l’association d’élus et militants réunificateurs normands présidée par le maire UDI de Deauville, Philippe AUGIER donnait une réunion publique à laquelle le collectif citoyen républicain « Bienvenue en Normandie », l’Union pour la Région Normande et le Mouvement Normand étaient conviés et représentés, ainsi que des élus de sensibilité centristes venus « de l’autre côté de l’eau », à commencer par le maire de Saint Adresse. Des militants réunificateurs normands du Parti Radical de Gauche étaient également présents…
Devant un public d’une bonne centaine de personnes avec la présence de nombreux maires et en présence de Jean-Léonce Dupont sénateur UDI et président du conseil général du Calvados, Philippe AUGIER, prenant longuement la parole, a brossé un tableau général assez complet de la question régionale normande en l’état…
Et, en l’état, bien que tous se soient réjouis de la perspective imminente d’une unité normande tant désirée et tant attendue, il n’y a que des urgences, des urgences inquiétantes voire des « urgences extrêmissimes » pour reprendre la formule de Philippe Augier parlant sous ce slogan pendu aux poutres de la grange aménagée en salle de réunion:
« Nous allons faire de la Normandie une grande région française »
D’emblée, nous avions le désir de corriger ce beau slogan par: « Nous risquons de faire de la Normandie, la seule région française » tant la réunification normande arrive « dans une réforme totalement gribouille » dixit Augier…
Auparavant, le maire de Deauville avait chaleureusement remercié les personnes présentes à cette réunion:
« Chacun à sa manière vous faites tous de la politique pour de bonnes raisons, pour vos convictions et vous contribuez par votre action pour la Normandie à recréditer l’action politique ». Et reprenant une réflexion entendue lors du récent « Global Women’s Forum » de Deauville, Philippe Augier d’ajouter: « le petit jeu politicien est condamné », insistant sur les effets redoutables du divorce désormais total entre la sphère politique et la société civile.
Il en veut pour preuve la façon dont l’actuelle réforme territoriale est menée par le Gouvernement: « de l’arbitraire politicien » imposé « par le dernier baron socialiste passé à l’Elysée entre 18 et 22 heures ». Détestable façon de mener les affaires publiques, commune, hélas à tous les grands partis dit de « gouvernement », c’est nous qui ajoutons…
Philippe Augier rappelle alors cette évidence:
« Il y a deux façons de faire de la politique: soit prendre le pouvoir, soit mettre en oeuvre un projet »
Mais, en terme de « projet normand », « depuis la publication de mon petit livre sur ce sujet en 2004, rien n’a bougé ! »
Dans son discours, le maire de Deauville commença, comme il se doit par une philippique contre la réforme territoriale en cours, et ce à juste titre. Il commença par dénoncer l’improvisation totale du Gouvernement qui donne l’impression de ne pas maîtriser toutes les conséquences complexes d’une grande réforme qui fut d’abord pensée comme un « coup politique » afin de montrer patte blanche à Bruxelles et à Angela Merkel qui ont des exigences d’austérité budgétaire avec les conséquences économiques et sociales que nous savons tous et qui contribuent au marasme français et européen (c’est nous qui ajoutons).
Philippe Augier dénonce l’absence de méthode et l’absence de toute réflexion et expertise préalable, l’absence « d’étude d’impact » de la réforme territoriale, le fait que pour d’évidentes raisons politiciennes, le Gouvernement a voulu d’abord définir le nouveau cadre électoral régional, les nouvelles circonscriptions régionales (la fameuse carte), le mode de scrutin et la date des prochaines élections régionales (décembre 2015) de « confirmation en confirmation » données par Matignon (qui montre que l’on pilote à l’aveugle au gré des pressions des uns et des autres dans une majorité présidentielle de plus en plus étroite et divisée) avant de définir le contenant, c’est à dire, le périmètres des futures compétences et des futures finances des futurs conseils régionaux. Au risque, selon Augier, de voter en décembre prochain, à l’aveugle, en ne sachant pas exactement pour quelle assemblée d’élus et pour quels enjeux, les citoyens devraient voter.
Pour être clair, Philippe Augier prenant à témoin Jean-Léonce Dupont présent au premier rang, craint qu’il n’arrive aux futurs conseils régionaux ce qui arrive en ce moment aux conseils ex-généraux devenus « départementaux » qui seront renouvelés en mars prochain dans le cadre d’un mode de scrutin « bi-nominal paritaire » totalement baroque pour piloter dans un brouillard complet des départements dont personne ne sait, y compris à Matignon et à l’Elysée s’ils doivent disparaître ou non.
C’est donc l’improvisation la plus totale et le règne de l’arbitraire. Dernier événement en date: le coup de force du Parti Radical de Gauche qui menaçant de partir du Gouvernement, obtient le maintien de 54 départements ruraux tandis que le Gouvernement envisage de créer trois types de départements différents (ce qui en soit n’est pas idiot: il serait plus que temps d’en finir avec la niveleuse du jacobinisme centralisateur français)
Cet arbitraire, cette improvisation a même failli « mettre la Normandie en Picardie ou en Belgique » mais c’est aussi grâce à l’arbitraire de l’arbitre élyséen dont jamais le nom ne fut prononcé au cours de cette réunion, que le principe de préserver l’intégrité territoriale de la Normandie fut posé, avant le 70ème anniversaire du DDay mais aussi pour démontrer la pertinence de la méthode consistant à fusionner deux régions administratives adjacentes. Sauf que cela ne marche que pour la Normandie ou presque !
En attendant qu’advienne la réunification normande et que les départements sortent de la brume, les élus locaux subissent l’improvisation gouvernementale: « le gouvernement fragilise le travail des élus » fustige Philippe Augier en prenant l’exemple des conséquences concrètes de la baisse de la Dotation Globale de Fonctionnement, le maintien du prélévement « discrétionnaire » du fonds de péréquation des communes riches vers les communes plus pauvres (Vive la République ! Philippe Augier est maire de Deauville, rappelons-le…). Et surtout, il a été rappelé que le Gouvernement impécunieux et imprévoyant qui présente un budget en déficit s’en prend aux collectivités territoriales qui ont l’obligation constitutionnelle de voter des budgets en équilibre, moyennant les compensations financières d’une fiscalité locale qui n’est pas extensible par l’Etat. Or cet état central, au nom de la décentralisation, se désengage financièrement ce qui obligent communes, intercoms et départements à faire des économies, à baisser leurs investissements, à sabrer dans les services publics locaux et à avoir recours à l’emprunt.
Enfin, brume dans la brume, on ne sait toujours pas comment l’Etat compte réorganiser sa « déconcentration » sur les territoires en conséquence de la réforme en cours: il est évident que l’actuel réseau des préfectures régionales ne restera pas en place. Cette incertitude pour la plupart d’entre nous (mais déjà une certitude dans le secret des ministères concernés) va arbitrer la distribution des rôles entre Rouen et Caen dans la future Normandie réunifiée.
La seule occasion de se réjouir est donc la confirmation de l’unité normande avec ses effets positifs attendus.
Philippe Augier ose la comparaison: « la réunification normande c’est comme une fusion d’entreprises ». Il y a 3,5 millions d’habitants à convaincre avec un vrai projet normand pour que cette « fusion d’entreprises » ne soit pas assimilée à un plan social (c’est nous qui ajoutons…)
Pour éviter le doute de nos concitoyens toujours inquiets de l’avenir il faut clairement exposer un projet normand, en faire la pédagogie, déconstruire les faux problèmes qui cachent de vraies arrières pensées politiques et désigner les hommes et femmes qui vont fédérer les énergies pour mettre en oeuvre le projet normand.
Dans le projet normand il y a:
La réussite de la LNPN (du moins ce qu’il en reste…)
Valoriser enfin correctement tous les atouts normands: l’énergie, les grands ports avec un littoral de plus de 600km de côtes, la logistique autour d’HAROPA et de l’Axe Seine, l’agriculture et l’agroalimentaire qui représentent en Basse-Normandie jusqu’à 23% des emplois: cessons de rendre divergentes les agricultures normandes différentes mais complémentaires en Haute et Basse Normandie !
Ce n’est pas parce que la Haute-Normandie est plus marquée par les grandes cultures industrielles qu’il faut démanteler la filière de l’élevage en laissant fermer les abattoirs de proximité haut-normands ! La recherche de spécialisation économique Haut ou Bas normande est un échec !
La Normandie dans son ensemble serait la 2ème région française productrice de lait déjà présente sur le marché chinois avec une production à forte valeur ajoutée contrairement à d’autres régions agricoles françaises et avec des institutions agricoles normandes déjà unifiées (chambre d’agriculture, IRQUA, AOC, la cidriculture, fusion des deux conseils régionaux des chevaux…, bassin laitier unique).
Ne pas oublier la pêche, la conchilyculture.
Ne pas oublier que la Normandie reste l’une des grandes régions industrielles françaises (automobile et aéronautique) que la Normandie est une grande région patrimoniale, culturelle et touristique avec un renom international.
Et, enfin, avec le plateau universitaire caennais, la Normandie est présente dans la recherche scientifique fondamentale internationale: avec peine les universités normandes de Caen, Rouen et Le Havre se sont rassemblées pour créer en 2016 « Normandie universités ». Philippe Augier, prenant à partie Sonia De La Provôté, maire adjointe UDI de Caen précise: « On ne va pas supprimer le CHU de Caen avec la réunification. Les deux CHU normands vont travailler encore plus ensemble ».
Prépare-t-on réellement ce projet normand commun dans la perspective proche de la fusion normande?
Réponse: NON !
Sans revenir sur les difficultés qui inquiètent les deux présidents des CESER normands en charge de remettre d’ici la fin de cette année un rapport les difficultés à aplanir pour réussir la fusion des deux régions normandes, Philippe Augier prend l’exemple de la contractualisation séparée et non coordonnée des deux régions normandes pour les Fonds européens qui vient d’être signée pour 6 ans jusqu’en 2020 et pour financer des projets qui vont doublonner ou se concurrencer dans le futur cadre territorial normand: « cela va générer une réunification normande à plusieurs vitesses ! »
Encore une fois, on doit avoir toujours à l’esprit les conséquences funestes du BILAN ANTI-NORMAND des années LE VERN (1998 – 2013) qui a tout fait pour que les politiques publiques régionales normandes ne soient pas convergentes: concernant la gestion des Fonds européens, le socialiste bas-normand Laurent Beauvais (favorable à la réunification) avait demandé une gestion commune et coordonnée à son camarade socialiste haut-normand Alain Le Vern (opposé à la réunification): voilà le résultat! Quel gâchis… Et que de temps perdu !
Car à moins de deux ans de la future unité normande, il n’y a en réalité, aucune véritable confiance entre le CRBN et le CRHN: le premier craignant d’être mangé, manipulé ou de subir le rapport de force d’élus haut-normands perçus comme « plus forts ».
Selon Philippe Augier, cette « faiblesse » bas-normande vient surtout du fait que la majorité régionale bas-normande est divisée et attentiste et donc incapable de prendre des décisions bien tranchées: le CRHN a hiérarchisé les investissements alors que le CRBN a fait le choix de « saupoudrer » . Cependant l’accord « 276 » donne des marges de manoeuvre financières qu’en Basse-Normandie on n’a pas car les collectivités territoriales bas-normandes sont politiquement trop divisées pour mutualiser finances et projets comme en Haute-Normandie (c’est nous qui l’ajoutons…)
Là où le bilan Le Vern a des effets catastrophiques c’est qu’il n’y a plus aucune relation de confiance entre les deux conseils régionaux normands pourtant gérés par la même sensibilité politique depuis 2008. Et Philippe Augier de signaler que Jean Callevwaert, le président du CRBN déplore et s’inquiète de cette situation: « on masque la réalité, il n’y a pas de dialogue, les politiques publiques régionales sont trop divergentes ».
Et pourtant, on ne peut pas dire pour autant qu’il n’y a rien pour préparer l’unité normande mais il n’y a pas de pilote dans l’avion de la réunification… Pour preuve:
1) Il y aura une métropole régionale à Rouen (au 1er janvier 2015) ce qui autorise Laurent Fabius via Mayer-Rossignol de balancer sa solution (un ballon d’essai ou une torpille…) dans le débat médiatique régional, les Jeux Equestres Mondiaux à peine terminés, pour la répartition des rôles entre Caen et Rouen.
2) Il y a une tentative de pôle métropolitain sur l’estuaire à partir du Havre mais elle est entravée par Laurent Fabius et elle peine à convaincre sur la rive Sud faute de vouloir aller clairement jusqu’à Caen (encore un petit effort cher Edouard Philippe !)
3) Il y a le formidable atout du maillage normand exceptionnellement dense des petites et moyennes villes: mais il n’y a pour l’instant aucune stratégie, aucune politique régionale pour le mettre en valeur à tel point que Joaquim Pueyo, le député maire d’Alençon (PS) envisageait de faire un … pôle métropolitain avec Le Mans. Devant le tollé le maire d’Alençon dit maintenant: « j’ai peut-être parlé trop vite »
4) Et puis il y a « l’extrêmissime urgence » dont parlait au début Philippe AUGIER: il faut désigner avant le 30 octobre prochain tous les grands projets présents sur les territoires concernés qui vont pouvoir être financièrement aidés par le futur Contrat de Plan interrégional avec l’Etat pour l’Axe Seine (contrat commun avec la Haute-Normandie et l’Ile de France). On découvre alors qu’il n’y a eu qu’une concertation a minima entre les deux régions normandes et qu’à moins de quatre semaines de la date fatale, la région Basse-Normandie n’avait pas encore fait la liste des projets à financer dans ce cadre: une fois de plus l’Axe Seine, une affaire de Haut-normands ignorant et méprisant la rive Sud et Ouest? Ou un manque d’anticipation du côté bas-normand, au risque de « rester au bord de la Seine »?
Mais face à ces difficultés, Philippe AUGIER cite le philosophe normand et percheron Alain: « le pessimisme est d’humeur, l’optimisme est de volonté »
« J’appelle bonne volonté, le travail et l’engagement pour la Normandie au delà des enjeux politiciens de pouvoir »
C’est pourquoi Philippe AUGIER annonce dans la perspective des futures élections régionales normandes la constitution d’équipes « Normandie Demain » à partir de janvier 2015 et l’ouverture d’un grand débat contributif ouvert à tous les Normands « pour un développement durable et harmonieux de notre Normandie »
Après l’intervention de Philippe AUGIER, suivait une longue (trop longue?) intervention de Jean-Léonce DUPONT, sénateur UDI président du conseil général du Calvados qui a dit tout le mal qu’il pouvait penser du Gouvernement et de la majorité présidentielle actuelle non sans surjouer hélas jusqu’à la caricature (et c’est bien dommage) un rôle d’avocat du diable (au nom du pragmatisme) pour doucher les enthousiastes de l’unité normande.
On retiendra de son propos qu’il faut maintenir l’échelon départemental qui assure « la péréquation territoriale » surtout lorsqu’on fait des régions plus grandes (ndlr: on ne lui donnera pas tort au contraire…) qu’il faudra faire la pédagogie de la Normandie car l’habitant de l’Avranchin et celui d’une banlieue Est de Rouen n’ont pas les mêmes visions de ce que peut représenter la Normandie (ndlr: la pluie est mouillée qui dira le contraire? Le vrai sujet c’est la qualité du parapluie…) et qu’en conséquence, il faudra éviter « le cercle vicieux » qui se mettrait en route si l’on décidait de tout mettre à Rouen en laissant libre cours aux logiques de métropolisation qui renforcent la ségrégation territoriale entre territoires riches urbanisés et territoires périphériques plus ruraux et plus pauvres.
Pour être clair, Jean-Léonce Dupont est sceptique sur la réussite du projet d’une métropole normande en réseau à partir des trois agglomérations de Rouen, Caen et Le Havre: il est trop pragmatique et méfiant (trop normand ?) pour faire confiance à cette solution trop rationnelle, trop idéale…
Pourquoi? « Parce que dans un ménage à trois, il faut faire partie des deux » Et pas sûr que la rouennaise désire un concubin caennais dans son lit puisqu’elle ne tolère même pas la présence du voisin havrais. D’autant plus qu’à Rouen au dire de Monsieur Dupont, « on ne sait pas encore que le Mont Saint Michel est en Normandie » (voilà le genre de sornettes qui contribuera à faire avancer le débat !)
Jean-Léonce Dupont préfèrerait un mariage à quatre en ajoutant Cherbourg au trio infernal Caen- Rouen- Le Havre. Mais alors pourquoi ne pas faire un mariage à cinq en ajoutant Dieppe et intégrer ainsi toute la façade maritime normande à la vallée de la Seine? Voire un mariage à 10 , 15 ou 20 si l’on voulait intégrer toutes les villes moyennes et petites villes normandes au pôle métropolitain: le cercle vertueux de Monsieur Dupont risque de se terminer comme une blague du honfleurais Alphonse Allais, qui visionnaire, voulait mettre les villes à la campagne et la campagne dans la ville…
Ces propositions font penser plutôt à d’ultimes manoeuvres dilatoires pour ne pas avoir à nous concentrer sur l’essentiel et le plus urgent: réussir a minima le pôle métropolitain de l’Estuaire entre Le Havre et Caen à défaut de pouvoir, dans un premier temps, intégrer la métropole rouennaise.
On sera de nouveau d’accord avec Monsieur Dupont quand ce dernier dénonce le marché de dupes proposé par Laurent Fabius (mettre à Caen une préfecture régionale au sort incertain) pour, au contraire, proposer d’installer le futur conseil régional normand à Caen en raison de la position centrale caennaise avec le Calvados qui est limitrophe de tous les autres départements normands.
Si un vrai pôle métropolitain de l’Estuaire se mettait en place jusqu’à Caen, le Pays d’Auge serait le coeur de la future Normandie.
Et Jean-Léonce Dupont, chemise bien ouverte sans cravate (car nous étions dimanche) de terminer en fustigeant fermement « la faiblesse des deux présidents de région actuels » tout en se réjouissant que les « Normands avaient pris le pouvoir au Sénat »: justement ! On aimerait bien que cela puisse se voir concrètement lorsque le projet de carte régionale, qu’il faut encore sensiblement améliorer, va repasser en seconde lecture à la haute assemblée à partir du 28 octobre prochain !