Musée de l’Orangerie – Paris – samedi 11 janvier 2014.
Reconnaissance éternelle à Monsieur Pierre Simon et à mon ange-gardien Lauviah.
Moi ?! De mauvaise foi ? Nan, mais allô quoi !
Ce matin, c’était un grand jour pour moi : la visite intermédiaire entre les deux protocoles de chimio pour faire un point avec l’oncologue. Comme j’étais d’humeur à la fois décidée et boudeuse, j’avais décrété avant de partir, que l’Hôpital Becquerel était moche, qu’il sentait mauvais, que l’oncologue était moche et méchante et que de toutes façons, je ne lui adresserai pas la parole. Et pis, c’est tout.
Mon copilote de vie était du voyage : je voulais qu’il constate par lui-même l’ampleur des dégâts. Dans la demi-mesure qui me caractérise, je lui avais sur-décrit mon « supermarché du cancer », inhumain au possible, qui sent la mort et les produits périmés, qui me donnent la nausée dès que j’en passe la porte d’entrée. Un comble, moi qui n’ai vomi qu’une seule fois en 9 semaines de chimio. Oui, Madame, et encore, parce que l’association « pâté de campagne, tarte aux pommes » n’est pas des plus digestes…
Allez savoir pourquoi, quand je suis dans de telles dispositions, mon copilote sort ses armes de protection massive, à savoir, un sourire moqueur (« TOI? Tu ne vas pas parler pendant un rendez-vous ? Hahaha, je-me-marre…. ») ; et puis, il dégaine un système de ventilation auditive : genre ça rentre d’un côté pour sortir illico de l’autre : « Cause toujours… » Bref, comme disait l’autre, ça lui en touche une sans faire bouger l’autre.
Je rentre donc dans le moche hôpital (après avoir fait un détour chez mon magnétiseur préféré) et après le protocole d’arrivée (qui consiste à montrer ma carte de membre, beurk), je me rends au labo où l’on doit pratiquer la traditionnelle prise de sang qui précède la chimio. J’aurai sans doute à faire à une moche d’infirmière qui va me traiter comme un bestiaux de plus ; je vais devoir attendre dans une moche salle d’attente pleine de cancéreux qui vont me rappeler ma propre misère. Alors, c’est décidé, je n’irai pas dans la salle d’attente, je ne regarderai personne, je ne sourirai à personne, je serai moi-même moche et la plus méchante possible. Et, ça, je sais drôlement bien le faire.
Quelque chose de louche…
L’accueil au labo est tout à fait sympathique ; c’est louche… Puis l’infirmière m’appelle. Elle est très souriante et aimable, me complimente sur mon turban « ça vous va à ravir » et puis « bientôt, vous n’en aurez plus besoin » me dit-elle gentiment « ça repousse vite les cheveux ! Bonne journée madame ! » Ouh, c’est vraiment louche tout ça. Il doit y avoir une équipe TV en reportage, c’est pas possible autrement….
Je me rends ensuite dans la salle d’attente de l’oncologue, cette barbare de la métastase, qui va me dire des méchantes choses, je le sens. De toutes façons, moi, j’dis ça, j’dis rien, mais pour être oncologue, faut être vraiment maso et détester son prochain. Faut aimer le malheur, c’est pas possible autrement… Ah, la voilà qui arrive, cette harpie du crustacé, qui va m’assassiner moralement. Oh, comme je la déteste par avance !
L’oncologue nous accueille chaleureusement dans son bureau avec une franche poignée de main et un sourire itou. « Alors, comment ça va? » La traitresse joue les cordiales. Attends un peu!
– Bah, ça va. J’ai plutôt bien supporté le traitement ; j’ai le moral, la pêche, je fais du sport, je vis ma vie blablablablabla… La machine à palabres se met en route. Je lui parle de mon blog, je lui parle de ma vie, je lui parle de ce milieu médical qui m’agace (par moment, même s’il me sauve, le bougre), je lui parle de la pluie et du beau temps. Bref, je lui parle beaucoup… Elle est charmante, vraiment pas moche, me parle d’avenir, me dit qu’il faut que je me projette dans la vie future car quand les traitements seront terminés, il va falloir y retourner, dans la vie future. Elle me dit que mes résultats sanguins sont bons, voire très bons. Elle me dit que si les trois premières chimios se sont bien passées, dans l’état d’esprit qui est le mien, les trois autres ne devraient pas poser de problème, en principe. Elle me liste néanmoins de possibles effets secondaires et le moyen d’y remédier. Elle est chaleureuse, encourageante, je n’ose dire « optimiste » de peur de m’avancer. Mais en tout cas, elle me parle de l’avenir… Et qu’il faut prendre rendez-vous pour la radiothérapie, et qu’il faut des projets pour l’après afin de ne pas se sentir démunie quand tout sera fini etc…
Nous sortons de là de bonne humeur, avec la sensation d’avoir fait de grands pas dans ce périple qui est le mien, le nôtre, par effet miroir. Et là, mon copilote de vie me dit, un brin railleur : « Bah dis-donc, pour quelqu’un qui devait pas parler…. Et puis, elle était vraiment bien cette femme, très claire, positive et très humaine.«
Pfff, chuis sûre qu’il y avait une équipe TV cachée quelque part….
Illustration : « La Boudeuse » de Antoine Watteau (1718)
J’aimerais bien jouer à un jeu avec vous, lecteurs…
Je parle tout le temps de moi dans ce blog. Et c’est bien normal puisque c’est le mien! Un blog qui pose beaucoup de questions existentielles et qui remet au centre de toutes mes préoccupations un thème fondamental pour moi : le bonheur.
J’aimerais que le temps d’une image, nous partagions un bonheur. J’aimerais que chaque lecteur, chaque lectrice (vous êtes 4317 à cet instant précis à être venus sur ce blog depuis sa création le 22 octobre 2013) qui reçoit ce message, m’envoie par mail, une photo qui représente pour elle, pour lui, le bonheur. En illustration, je vous mets la mienne.
La règle est simple : la photo doit être jolie (selon vous) et personnelle. Elle peut-être figurative ou abstraite. Quand j’aurai tout réuni, je les enchaînerai lors d’un diaporama entièrement dédié au bonheur que je posterai sur le blog. Les photos pourront être légendées ou pas. Elle resteront anonymes. Vous pouvez même si vous préférez me les adresser avec une adresse mail inconnue (ça se crée en 3 mn) si vous souhaitez que, même moi, je ne sache qui vous êtes… Mais bon…
Je prends le pari de recevoir plus de 100 photos. Un objectif pas si raisonnable que ça si l’on considère que les gens ont souvent moins de mal à partager l’impudeur de l’autre qu’à se dévoiler. Allez, soyez au rendez-vous ! Je compte sur vous ?
Voici l’adresse mail où envoyer votre photo : envoyezmoivotrebonheurenphoto@gmail.com
Illustration : Été 2013, de géniales vacances avec mon grand et mon petit hommes. Une succession de paysages magnifiques à la frontière du Lot et Garonne et du Gers.
Pour Catherine
Lundi c’est le grand jour pour l’une de mes collègues ex-crabolottes : elle va se faire replanter des tétés. À Paris, rien que ça, avec un grand professeur, figurez-vous. Deux tétés tout droits comme les petites montagnes d’un paysage nommé « Désir » sur lesquelles le printemps verra fleurir de jolies bourgeons de bonheur. Comme elle va être belle. Comme elle va se pavaner.
C’est le bout du tunnel, la petite sucrerie qui fond sur le bout de l’impatience. La reconstruction, c’est une boucle bouclée, l’accès au sommet d’un périple haut en douleurs. Faire croire que tout ceci passe comme une lettre à la poste, ce serait mentir. Mais l’étape sur les Champs Élysées, aussi difficile et intense soit-elle, se termine tout de même sur le podium de l’arrivée finale et les nouveaux tétés sont, j’imagine, reçus comme des trophées bien plus légers tout de même que ceux dont on nous a un jour délestées.
Catherine se fout clairement de ma gueule quand je lui parle de mon ange Lauviah. Pas une once de reconnaissance, alors que c’est quand même grâce à moi qu’elle a eu son rendez-vous in extremis chez l’anesthésiste, du fait de la connexion de mon ange avec le sien, l’ange Ménadel. Pffff, vous vous rendez compte ? Elle me regarde un peu avec les mêmes yeux que mon mari ce matin quand j’ai dansé 30 minutes non-stop, version cardio-intense (allez toutes vous faire foutre les salles de sport, ndlr) sur de la musique à fond. Des yeux qui disent : « Ma femme est folle mais qu’est-ce que je l’aime. » Catherine ne dit pas qu’elle m’aime. Mais je crois, qu’elle m’aime bien. Peut-être que je me vante ?
Le cancer, c’est ça aussi. De nouvelles rencontres. De nouvelles aventures. Ainsi Catherine m’a proposé de faire une stage de chant afghan fin février. Un genre de truc comme ça, très primitif. Fouyouyou. Et puis ce matin, elle m’a envoyé un mail pour me proposer un rallye dans le désert d’Agadir au profit des femmes marocaines touchées par le cancer du sein. Je ne sais pas si je suis folle mais si c’est le cas, je ne suis pas seule sur cette terre. Et c’est tant mieux. « Les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais » disait Oscar Wilde.
Le cancer rend fou, ça c’est sûr. Fou d’angoisse et de tristesse. Il rend aussi fou de désir et d’envie de vivre. Il change les minutes en or, les amitiés en béton, les amours en diamant. Je voulais dédier ce petit texte à Catherine et lui dire que tous mes moments de méditation ou de monologue avec mon doudou ange-gardien pendant les prochains jours, prochaines semaines, feront un crochet par son histoire. Ça y est Catherine, te voilà bientôt au bout de ta peine ! Je ne dis pas « Courage! » comme tu le sais, je te dis « À bientôt« . Pour partager la vie.
Pleurer, c’est bon pour la santé !
Bon, je sens bien que j’ai un peu plombé l’ambiance de début d’année avec mes deux premiers posts… Je me suis fait remonter les bretelles (de mon soutif) par mes fidèles lecteurs (15 000 pages vues sur mon p’tit blog au fait) qui en ont marre de chialer après leur lecture. Pourtant, je vous rends service et en plus, je ne vous fais même pas payer ! En effet, pleurer, c’est bon pour la santé !
En voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Moi, je peux vous dire que je vais péter la forme jusqu’à mes 100 ans tant j’ai chialé dans ma vie (cf mes précédents posts sur le sujet). Depuis quatre mois, je bats tous les records! Au point où je me demande si je ne vais pas investir dans un récupérateur de larmes, histoire d’en faire commerce afin d’humidifier les yeux secs des gens au cœur rêche ! Du coup, je me suis posée des questions sur ce thème et j’ai lu des tonnes d’articles là-dessus.
Pleurer serait vraiment bon pour la santé. Pour Mag.livenet.fr « Des études réalisées sur ce sujet auraient prouvé que pleurer est très bon pour la santé car cela aide à se décharger d’un gros coup de stress. En effet, les larmes contiendraient des substances chimiques aidant à lutter contre le stress. Pleurer apaise les tensions, calme le pouls et permet de se libérer provisoirement des émotions que l’on ressent et donc de se sentir mieux.«
Bon, ça, pas besoin d’avoir fait polytechnique pour s’en douter mais d’ajouter : « Certains thérapeutes utilisent d’ailleurs cette technique avec certains patients afin de les aider à exprimer et à se décharger de leurs émotions. La même étude a d’ailleurs prouvé à l’inverse, que trop s’empêcher de pleurer et garder ses émotions pour soi, augmenterait le risque d’ulcères.«
Autre son de cloche sur Psychologie. com : « Ce ne sont pas les larmes elles-mêmes qui agissent en baume miraculeux, mais un processus cathartique, au même titre que le cri primal../… « Pleurer évite la spirale infernale des angoisses et de la dépression.«
The independant cité sur le site Lapresse.ca évoque les propos du professeur William Frey, docteur en biochimie, actuellement chercheur à l’Université du Minnesota, spécialisé dans la maladie d’Alzheimer. « Après une accumulation de stress, verser des larmes serait une façon instinctive de retrouver un équilibre, explique ce dernier. Les éléments chimiques produits dans le corps durant une période de stress seront éliminés grâce aux larmes. Des études ont démontré que les larmes émotives contiennent une teneur élevée en protéines, en manganèse et en potassium, ainsi que beaucoup d’hormones, dont la prolactine. Le manganèse est un nutriment essentiel. Un faible de taux de manganèse dans le corps ralentira la coagulation sanguine et peut causer des problèmes de peau. À l’inverse, trop de manganèse peut aussi nuire à la santé. Quant au potassium, il a un impact sur le système nerveux, le contrôle musculaire et la pression artérielle. La prolactine est une hormone lié au stress et joue un rôle dans le système immunitaire. Les femmes ont plus de prolactine que les hommes et elles en ont davantage durant leur grossesse. Ce qui explique, entre autres, pourquoi les femmes pleurent plus souvent que les hommes.«
Ze interview
Alors c’est pas le tout, mais moi, j’ai voulu en savoir plus et je suis partie à la recherche du fameux Professeur Frey. Figurez-vous que je l’ai trouvé et qu’il a accepté de répondre de ses États-Unis à quelques questions pour étayer un peu les propos trouvés sur le net (j’aime bien les professeurs moâ, ça me donne l’impression de retourner à l’école). Je vous livre ce questions-réponses réalisé par mails sans fioritures.
C’est sa mère qui lui a donné l’idée de travailler sur le mécanisme des pleurs. Et cela a donné un livre intitulé « Crying: The Mystery of Tears », une étude publiée en 1985 aujourd’hui quasi introuvable. Vendu 8 dollars à l’époque, il y en a 5 exemplaires neufs sur Amazon au prix de 280 euros, si ça vous tente. (Pas moi). Il nous explique pourquoi il a choisi ce sujet et sa méthodologie.
Prof Frey : Ma mère était un être extrêmement créatif qui pensait que bien des choses reliaient le corps et l’esprit. Elle m’a incité à étudier le phénomène des pleurs, chose que j’ai faite. J’ai collecté des larmes humaines que j’ai chimiquement étudiées, larmes que je provoquais en projetant des films tristes à un groupe d’individus ou encore en exposant des sujets à des vapeurs d’oignons lors d’expérimentations rigoureusement contrôlées. J’ai réalisé des comparaisons entre des sujets féminins et masculins qui consignaient scrupuleusement sur une période de un mois les « où, quand, comment » ils pleuraient. Je me suis également appuyé sur des études préalables de Charles Darwin, Ashley Montagu (anthropologue anglais) et d’autres écrits européens pour parfaire mon étude.
Petit scarabée (c’est moi en fait, surnom donné par mon mari depuis que j’ai la coupe de cheveux de David Carradine dans Kung Fu) : Qu’est-ce qui vous a surpris en premier lors de cette étude ?
J’ai été surpris de voir que les glandes lacrymales des hommes et des femmes étaient différentes d’un point de vue anatomique et ceci est probablement due en partie à des différences dans les niveaux d’hormones entre les hommes et les femmes (plus de 12 ans), surtout la prolactine (bon moi, j’y connais rien mais Wikipedia (je sais c’est un peu « just » comme source…) me dit que la prolactine chez les mammifères, a un effet mammotrope (croissance des glandes mammaires) ; un effet lactogénique (stimulation de la synthèse du lait) ; un effet libidinal en participant à la sensation de plaisir et de bien-être après un orgasme) et la testostérone.
On lit un peu partout sur le net que les femmes pleurent en moyenne 47 fois l’an contre 7 pour l’homme ?
Ces chiffres ne sont pas corrects. Le nombre moyen d’épisodes de pleurs émotionnels pour les femmes est de 5,3 fois par mois ; pour les hommes est 1,4 fois par mois. Si vous multipliez par 12 mois, vous verrez que les données du net ne sont pas correctes (en effet, on arrive à 63 fois chez Madame et 16,8 fois chez Monsieur, ndlr). Les femmes pleurent plus facilement et plus souvent que les hommes parce que leurs glandes lacrymales sont anatomiquement différentes et dans une moindre mesure car il y a des codes sociaux qui interdisent aux hommes de pleurer.
Existe-t-il différents types de larmes (colère, joie, tristesse etc…) et ont-elles toutes le même effet sur le corps ?
Tous ces types de larmes (colère, joie, tristesse etc…) sont des larmes émotionnelles et sont déclenchées lorsque l’intensité de l’émotion dépasse un certain seuil, par un signal du cerveau. Je n’ai rien vu à ce jour qui démontre que des émotions différentes produisent une chimie différente des larmes. Toutefois, les larmes émotionnelles sont chimiquement différentes des larmes versées en réponse à une irritation des yeux. Les larmes émotionnelles ont une plus forte concentration en protéines.
Alors est-ce que pleurer, c’est vraiment bon pour la santé ?
Oui. Pleurer atténue les dommages liés au stress dans le cerveau, et ça des gens comme Robert Sapolsky, professeur de biologie et de neurologie à l’université Stanford et d’autres l’ont confirmé. Cela diminue également le risque de crise cardiaque et d’autres troubles liés au stress. Ma théorie, dès 1980, a été de démontrer que pleurer permet d’éliminer des éléments chimiques indésirables qui s’accumulent avec le stress. J’ai proposé l’utilisation du « cry it out » (littéralement, « laissez le sortir par les pleurs »).
Conseilleriez-vous aux personnes en situation de maladie de pleurer autant que possible ? Et aux personnes en bonne santé?
Je conseille à tous les gens, malades ou pas, de se laisser aller à pleurer dès qu’ils en ont envie. À moins qu’ils ne travaillent comme médecin urgentiste! (Dans ce cas-là, on peut toujours se laisser pleurer après, ndlr)
Qu’en est-il des gens qui ne se « laissent » pas le droit de pleurer?
Je pense que ce n’est pas bon pour eux. Les humains sont les seuls animaux ayant évolué avec la capacité de verser des larmes en réponse à un stress émotionnel. Je pense que cela a valeur de survie et s’inscrit dans la théorie darwinienne de l’évolution et de la survie du plus fort.
Chialez donc tout votre soûl mesdames et messieurs puisqu’on vous le dit !
Et pis au fait, beaux nénés ! (…et pis la santé surtout. Hips !) (C’est ma blague préférée du moment et elle fait souvent pleurer, de rire, de gêne ou de consternation, c’est selon).
Illustration : William Hogarth • Sigismonde pleurant sur le cœur de Guiscardo • Huile sur Toile 100,4×126,5 cm Tate Gallery
"Le petit chat est mort"
Donc, le jeudi 2 janvier 2014, je me réveillais soulagée d’être délestée du poids des fêtes. Soulagée aussi d’avoir su prendre du recul par rapport aux cancers des autres.
Les récidives, complications, sont bien une réalité de la maladie dans certains cas. Dans certains cas seulement. C’est un peu comme dans les histoires de trains en retard, on en parle toujours beaucoup plus que ceux qui arrivent à l’heure. En période de fragilité morale, j’ai vite compris, à mes dépens, que chaque cas est unique et que si la compassion se doit d’être une valeur de référence (bisou Mathieu Ricard), je ne suis pas en état psychique de recevoir les mauvaises nouvelles des autres. Ce n’est ni du désintérêt, ni un manque de respect, ni de l’indifférence. « Les gens te pensent forte et invincible, m’a dit une amie en substances. Tu l’es. Mais tu es aussi en traitement et en traitement, on se doit d’être égoïste, auto-centré, de se préserver des mauvaises nouvelles qui ne nous concernent pas. » J’ai donc décidé de me mettre des œillères et de ne penser qu’à ma guérison en m’épargnant le malheur des autres. Quand je serai totalement guérie, je m’y suis engagée, je m’occuperai des nouvelles venues au club du soutif brinquebalant mais ma résolution pour 2014, c’est celle-là : je ne veux plus entendre parler des maux des autres.
Revenons à nos moutons…
Donc, je me réveillais en ce 2 janvier 2014 soulagée d’être délestée du poids des fêtes. Pourtant ce matin-là, je m’étais résolue à accomplir une tâche difficile. Tâche que mon copilote de vie et moi nous devions d’accomplir ensemble. J’ai pris mon petit déjeuner, ma douche et je me suis habillée. Je ne me suis pas maquillée car je savais que le rimmel allait être mis à mal en cette fin de matinée. J’ai pris une grande serviette de bain puis j’ai appelé le chat qui est venu, ronronnant, se faire papouiller. Je l’ai enveloppé doucement dans la serviette et nous sommes partis chez le vétérinaire avoisinant.
Digression : les vétérinaires, comme les pharmaciens ou les notaires, font partie de ces métiers que j’exècre. De façon tout à fait partiale, je l’admets mais j’assume ma mauvaise foi avec un aplomb indéboulonnable… Faussement compatissant, le vétérinaire, c’est ce sous-médecin, selon moi, qui joue sur la corde sensible du gamin avec son doudou (en l’occurrence, le maître avec son animal) pour lui soutirer un max d’oseille au nom de l’amour pour la cause animale. Alors le pharmacien dans tout cela, pourquoi se prend-il un scud gratos alors qu’il n’a rien à voir avec la choucroute ? Comme ça, pour le plaisir. Le pharmacien, c’est ce mi-médecin mi-commerçant, qui te refourgue toujours le produit le plus cher parce qu’il est en cheville avec tel ou tel labo (c’est mon explication et même si ce n’est pas vrai, je m’en fiche, elle me plaît). Faussement préoccupé par le trou de la sécu, il te refile le médoc générique parce qu’il n’a pas le choix. En revanche, ça ne lui pose aucun souci de te donner plusieurs fois le même médicament qui coûte un prix fou si, comme moi, vous perdez souvent vos ordonnances et les avez donc en triple ou quadruple exemplaires. Hypocrite va ! Le notaire, pareil, c’est gratos. Ces petits bonshommes rabougris, tassés derrière des bureaux qui grincent comme au temps d’Émile Zola, qui font semblant d’écrire de leurs écritures de pattes de mouche des inepties datant de Mathusalem prouvant que tu es proprio de ton crédit immobilier, te délestant au passage d’une coquette somme pour te remettre en échange un imbuvable dossier copié-collé. Voilà, c’était mon quart d’heure « je me défoule ». Les vétérinaires, les pharmaciens, et les notaires, pas la peine de m’écrire, je ne vous lirai pas !
Donc, le chat était dans la serviette, bien emmitouflé (pourquoi la serviette ? Parce que dans la caisse, il urine ou défèque systématiquement…). Nous voilà donc dans la salle d’attente du premier véto venu près de chez nous. Et, bien entendu, dans ladite salle d’attente, il y a mon ennemie : l’amie des bêtes. Souvent celle qui n’a pas de gosse ou qui vient de se faire larguer par son mec (ou les deux), ou la vieille fille incasable qui ne supporte pas un morpion mais qui dit « mon bébé » à tout bout de champ à son clébard ou son marcou. Moi, j’ai toujours aimé les animaux mais je les ai toujours pris pour ce qu’ils étaient, à savoir, des animaux. J’ai eu une véritable histoire d’amour avec mon chien Booboo. Mais je ne l’ai jamais confondu avec mon gosse. Idem avec mon chat Alex. Donc, mon ennemie est là et comme tous les ennemis de cette trempe, au nom de notre amour commun pour les animaux, elle se permet de me parler et de m’adresser un « Pauv’ tite bête, qu’est-ce qu’elle a ? » De quoi j’me mêle ! « Rien du tout, lui répond-je de façon à clore instantanément le dialogue. Nous venons pour l’euthanasier. » Voilà qui coupe court à notre amitié naissante, l’amie des bêtes fort choquée par mon ostensible désinvolture.
La fin d’un cauchemar
Le collecteur de porte-monnaie déguisé en docteur pointe le bout de son museau dans la salle d’attente et nous fait entrer avec le chat. Que peut-elle pour nous (à part nous délester d’un max de caillasse) ? « Rien de spécial, nous venons pour euthanasier le chat.«
– Ah bon, mais pourquoi ?!
– Je vais te l’expliquer, madame, pourquoi.
Avec La P’tite, (c’est le nom de la chatte qui est dans la serviette orange), la relation a toujours été compliquée. Mais depuis deux ans et demi, elle a viré au cauchemar. Il y a deux ans et demi en effet, notre autre chat de 17 ans mourrait. Depuis ce jour, La P’tite s’est mise à pleurer. Le jour, la nuit. Dedans, dehors. Pas un pleur, une sorte de râle rauque et guttural qui pouvait durer plusieurs minutes. Nous l’avons au bout de quelques temps emmenée chez un autre de ces voleurs dédiés à la cause animale et surtout aux comptes bancaires des proprios de bestiaux et nous avons eu le droit à des examens en bonne et due forme. 220 euros de prise de sang et plusieurs diagnostiques proposés : diabète qui pourrait provoquer des maux de tête insupportables, insuffisance rénale, ceci ou cela. Car le misérable a royalement balayé la piste du deuil non fait de l’autre chat avec qui La P’tite avait vécu pendant 15 ans… Nous étions sans doute un peu trop poètes sur ce coup…
Quelques jours après la prise de sang en or massif, le bougre me laissait un message sur mon portable. « Madame Thieulen, j’ai une bonne nouvelle pour vous : j’ai reçu les résultats. Votre chat va parfaitement bien ! » Ni diabète, ni insuffisance rénale, ni ceci ni cela. Bref, aucune explication technique à nous fournir. Nous voilà bien avancés. L’avare ne perd toute de même pas le nord et nous propose un traitement à base de lait maternel félin à diluer dans la nourriture pour « l’aspect psychique« . Bien sûr, il nous vend ses gélules hors de prix et un mois après, on en est toujours au même point. Le chat « crie » encore plus fort. Le jour, nous réveillant plusieurs fois par nuit… Une sorte de colère familiale sourde commence à monter contre la bête qui pourrit notre sommeil quotidien… Nous tentons tout : les tranquillisants félins et mêmes humains, la sur-affection avec droit de monter dans le lit (c’était pourtant formellement interdit), les pistolets Nerf du gamin pour l’apeurer, rien n’y fait. Les cris ont continué, ils se sont intensifiés en volume et en nombre. D’autres symptômes de déséquilibre se sont ajoutés. La P’tite urinait dans les chaussures, déféquait sur les bas de rideaux, elle avait des crises de stress sur la tapisserie, les pieds de tables. Elle est même montée sur un meuble pour y laisser une géante mare de pisse. Bref, un cauchemar sans fin qui a duré deux ans et demi. DEUX ANS ET DEMI.
Mon copilote de vie et moi savions que dorénavant, il n’y avait qu’une solution : la faire mourir. Nous aurions pu l’étouffer, la bourrer de médicaments mais n’ayant aucune prédisposition pour le crime, nous avons opté pour la méthode la plus propre et la plus hypocrite, le véto et sa piquouze salvatrice… Seulement voilà, facile à dire, mais très dur à faire. Nous avons lâchement laissé traîner la chose, repoussant chaque fois l’échéance. Pourtant, nous nous rendions bien compte que nous souffrions tous de la situation : nous, nerveusement parlant, elle, rejetée de fait, par la famille épuisée de ne plus pouvoir supporter l’insupportable…
Le 2 janvier 2014
C’est le 2 janvier, après des semaines particulièrement intenses de hurlements que nous avons décidé de prendre notre courage à quatre pattes. Peu fiers mais déterminés. La fossoyeuse en blouse bleue a pris le ton de la circonstance ; ayant entendu nos arguments, elle a eu la délicatesse de nous délester de 105 euros avant de procéder à « l’acte » afin que nous puissions nous éclipser avec notre peine dès que l’animal serait occis.
L’euthanasie se déroule, en deux temps. Il y a une première injection qui endort le chat puis l’injection fatale qui lui donne la mort. J’ai serré très fort le chat contre moi pour la première injection comme dans un dernier élan de tendresse qui nous avait tellement fait défaut ces derniers mois. Puis quand le chat s’est endormi, je l’ai allongé sur la table en métal. La croque-future-morte nous a proposé de partir pour l’injection finale, ce que j’ai catégoriquement refusé : nous serions là jusqu’au bout assumant notre décision et bouclant la boucle du chemin parcouru avec ce chat tellement bizarre. 17 ans de vie commune tout de même.
J’ai sorti un mouchoir en papier pour essuyer la bave qui sortait de sa gueule et j’ai tenté de rentrer la petite langue pendouillante pour lui redonner un air un peu digne. Elle avait les yeux ouverts mais ne voyait déjà plus. Puis, la véto a injecté le sérum de mort dans son rein et j’ai posé ma main sur son poitrail pour palper les derniers battements de son cœur, être en contact jusqu’à la fin. Au bout de quelques minutes, la mort n’est pas venue et le cœur battait toujours la chamade. Il y eut quelques respirations plus poussées et une petite buée sur la table métallique sur laquelle la chat allait mourir. Face à celle qui s’accrochait à la vie, la véto a dû réinjecter de nouveau le produit meurtrier (heureusement, nous avions payé avant, elle nous l’aurait sans doute facturé). Puis nous avons encore attendu de longues minutes. Bien entendu, de grosses larmes dégoulinaient le long de mes joues. Quelle infinie tristesse de donner la mort à un être vivant. Quel paradoxe quand moi je lutte pour sauver ma peau de guetter un ultime souffle que j’ai moi-même désiré.
Le souffle ultime arriva enfin. C’était fini. Le petit chat est mort cette fois. Nous l’avons laissée, silencieuse pour la première fois depuis longtemps. Peut-être enfin apaisée, j’ose l’espérer.
Nous allons retrouver une vie normale à la maison et un sommeil ininterrompu. Les deux jours qui suivirent la mort du chat et jusqu’à cet instant présent où j’écris ce récit, je repense à La P’tite, notre difficile cohabitation. Moi qui l’ai tant maudite, je suis aujourd’hui triste. Pas de son absence, car les cris ne me manquent pas. Triste de cette fin de vie sans amour, pleine de colère, de fatigue, de stress.
Et mon autre résolution pour 2014, c’est que je n’aurai plus jamais d’animal domestique à qui donner la mort un jour de janvier.
Vive le 2 janvier !
Chaque matin le 2 janvier, je me réveille avec le sourire. Car enfin, les fameuses fêtes de fin d’année sont passées.
Depuis toujours la période Noël-Jour de l’an est une terrible source de stress, d’anxiété, de déprime pour moi. Et ce, depuis mon plus jeune âge. Sans doute parce que la période Noël-Jour de l’an était vécue par mes parents comme une obligation et un temps particulièrement difficile en termes financiers. Et puis, chez moi, on a toujours eu du mal à simuler le bonheur, ne serait-ce que pour épargner les enfants qui se devaient d’être associés au pire…. comme au pire. Ce simulacre de fête a toujours généré tensions et inquiétudes dans mes grands yeux inquiets de petite fille.
Pourtant, je garde quelques bribes de souvenirs heureux : un Noël où j’avais été particulièrement gâtée (peut-être moins de soucis d’argent cette année-là ?). Et puis, un petit bureau de poste qui m’avait tant fait rêver ; une caisse enregistreuse que j’ai hautement rentabilisée ; une poupée mannequin prénommée Tina livrée avec ses 7 tenues…Je l’avais regardée tant de fois sur le catalogue des jouets que la voir m’avait juste émerveillée !
J’étais une enfant assez solitaire, capable de jouer des heures avec moi-même, d’être plusieurs personnages à la fois : la guichetière et la cliente, la marchande et l’acheteuse. Tina a eu bien des vies. Je lui avais même trouvé un amant, une autre poupée que j’avais double mastectomisée pour la rendre plus crédible dans son rôle de « petit ami ». Ils en ont fait des « cochoncetés » ces deux-là! Que voulez-vous, moi l’amour, ça m’a toujours inspirée.
Un singe
Je ne peux pas être injuste avec mes parents, ils ont tout fait avec leurs moyens pour nous satisfaire. Mais le manque d’amour et la mésentente récurrente entre eux étaient trop palpables ; la tension permanente. Combien de fois ai-je joué les tampons, même très petite, pour désamorcer les conflits, détourner les tempêtes qui menaçaient et qui me faisaient battre les tempes de terreur ? Comme un petit singe qui tente toutes les jongleries pour détourner l’attention… Je suis singe d’ailleurs en astrologie chinoise…
Tout ceci donc, au prix de ma tranquillité d’esprit. « L’intranquillité » est de fait, très vite devenue une composante de ma vie d’enfant puis d’adolescente et ensuite d’adulte. Je ressemblais à ces petits suricates qui sont sans arrêt aux aguets sur leurs deux pattes arrière pour détecter le moindre danger. Sauf que dans ma situation, j’étais seule avec moi-même sans personne pour faire le guet à ma place. Il n’y avait donc pas de repos possible. Il m’a fallu bien des années pour réussir un jour à dormir sur mes deux oreilles… Mais je ne suis jamais totalement rassurée… Pourtant, il m’arrive d’être souvent totalement rassurante. L’art de protéger s’acquiert avec les années et j’ai eu largement l’occasion de m’exercer sur le cobaye idéal que j’étais pour moi-même…
De fait, Noël-Jour de l’an sont liés à ces moments d’intense angoisse infantile, d’appréhension… La naissance de mon fils m’a fait voir les choses sous un angle un peu différent. J’avais enfin un être plus petit et autre que moi à protéger pendant cette période. Mieux encore, j’allais pouvoir souffler sur la flamme de son insouciance et cultiver la vraie magie que devrait être Noël pour tous les enfants. Pour lui, rien que pour lui. Il reste encore aujourd’hui, ma seule joie de vivre Noël.
Cette année encore, nous l’avons gâté. Parce qu’il l’a amplement mérité. 17,5 de moyenne général au premier trimestre de la sixième – tandis que maman lutte contre un cancer et a entraîné dans son sillage toute la famille -, avec comme remarques du conseil de classe des mentions telles que « Élève exemplaire » ou encore « Félicitations du conseil« , ça se récompense. Il a assuré comme un chef notre Loulou et il méritait d’être distingué pour cette épreuve surmontée avec brio. Comme cet enfant a de la force en son frêle petit corps d’ange…
Noël
Côté festivités, avec une chimio programmée le 27 décembre et la consigne de ne pas boire d’alcool 5 jours avant et 5 jours après, on peut dire que mon sort festif était scellé… En effet, je fais partie des personnes qui trouvent que sans alcool, la fête est moins folle. L’idée n’est pas de rouler sous la table (cela m’arrive à l’occasion et j’assume mon côté « portuaire » en termes de jaja) mais ne pouvoir se délecter d’un bon verre de blanc avec un homard ou d’un verre de rouge avec le plateau de fromage, a tendance à me renfrogner quelque peu. J’ai bien « trempouillé » mes lèvres dans quelques rares bulles de champagne, en me disant, « Tant pis pour la consigne! » mais la culpabilité aux aguets, le cœur n’y était pas. Noël fut sobre et tristounet. Sauf quand mon fils se précipitait avec un délicieux bonheur électrique dans les quatre bras ouverts de ses parents gagas de lui, chaque fois qu’il découvrait qu’un de ses rêves s’était réalisé sous le craquement fébrile d’un papier cadeau qui laissait découvrir un trésor tant espéré… J’ai toujours tenté (mais pas toujours réussi) de lui insuffler une insouciance dont je n’ai pour ma part pas vraiment joui. C’est difficile d’être parent…
Le 25, nous avons traîné au lit puis nous sommes allés en famille et avec une amie et sa fille au ciné voir Le Hobbit en 3D. Une belle aventure ! Dans la foulée, nous avons improvisé un petit frichti tout simple à la maison. C’était une bonne soirée. Ouf, Noël était passé.
Le jour de l’an
Il fut étonnamment joyeux. C’était à peine 4 jours après la chimio et je sais que c’est à peu près dans ces eaux-là que je commence à entrevoir l’orée du bois dormant. Nous avions pris l’option « famille » du côté de mon mari avec le plaisir de retrouver des oncles et tantes que je n’avais pas eu l’occasion de saluer depuis « la nouvelle ». Une opportunité de me montrer en bonne forme, toute pomponnée, et de rassurer ce pan de la famille que j’aime beaucoup. Nous étions 13 à table, 8 femmes, trois cancers du sein… Deux guéris (et même très ancien pour l’une). Nous avions prévenu que je risquais d’être fatiguée et que je devrais sans doute écourter les festivités, peut-être même avant les douze coups de minuit. 12 coups de minuit qui arrivèrent. Je remarquais la délicatesse de chacun de m’adresser des vœux sincères de bonheur, le mot « santé » rarement formulé mais tellement présent dans les pensées de chacun. J’en fus touchée. Il faut dire, j’avais prévenu ! Cf ma carte de vœux réalisée par mes soins que je n’avais pas omis d’envoyer le 31 dans la journée, carte sur laquelle j’ai repiqué le slogan de ma camarade correctrice Daria « Demain, ça repart comme en 14! ».
Fatiguée, un peu mais pas vraiment, je terminais un très bon repas concocté de façon collégiale à trois heures du matin. Notre fils restant dormir chez sa grand-mère, sur la route du retour, nous avons fait un arrêt inopiné dans un grosse fête organisée par de très bons amis, ravis de ce petit coucou inattendu. C’était amusant de déambuler sobrement dans d’épaisses couches d’ivresse joyeuse. J’ai même dansé figurez-vous et fait tourner ma belle robe. Couchés à 4h15, je suis sortie du lit à 19h38 le 1er janvier ! J’avais grand faim et toujours pas la nausée. Mon copilote de vie et moi nous sommes habillés à la hâte pour sortir manger des sushis. Car moi, j’adore les sushis ! De retour dans nos pénates, rassasiés, nous nous sommes goulûment remis au lit, profitant de notre liberté d’être à deux et de cette période où l’intemporalité guide nos envies. Je me suis endormie le sourire aux lèvres car le lendemain, ce serait le 2 janvier et qu’enfin, Noël-Jour de l’an seraient passés.
Mais ce 2 janvier, je vivrais en fait un épisode d’une grande tristesse. Je vous raconte ça dans mon prochain billet…
Et de trois !
Hé, le cancer, je pars en vacances !
Depuis un peu plus de trois mois, je suis plongée dans un monde parallèle. Et qui dit parallèle, en géométrie, dit à peu près identique. Cela veut dire que dans ce monde parallèle, il y a la vraie vie. Des gens bons, des gens moins bons, des moments avec, des moments sans. En ce moment moi, c’est un peu un moment sans. Et alors ?
Alors, j’ai décidé de faire une pause. Ne sont-ce pas les fêtes après tout ? Moi aussi j’ai le droit de prendre des vacances. Des vacances du cancer, ce sujet qui m’obnubile, me terrifie, tout autant qu’il me rend forte et m’ouvre la voie vers d’autres chemins. Depuis quelques jours, j’ai moins la frite. Voilà qui devrait être un atout pour perdre quelques kilos ! Si seulement… Il faut que je me requinque en milieu confiné, soyeux, serein. Il faut que je m’aère les neurones, « que j’disperse, que j’ventile ».
Quand je suis comme ça, je suis atteinte de mélancolie profonde et cela s’alterne avec des périodes de colère ou de joie (ou les deux, je ne suis pas à une excentricité près). Une gémellité que j’ai toujours connue et que j’ai toujours eu bien du mal à dompter. Dans ces cas-là, je me sur-exprime, pas toujours très finement, par écrit, par oral. J’écris, je dis, je fais des choses un peu stupides, un peu emportées, excessives, imprévisibles et puis, après je me morfonds comme une sale gamine de 10 ans. C’est le signe qu’il faut du repos, du recul, du refuge et c’est ce que j’ai décidé de faire.
Vous verrez, les nouvelles venues au Club du soutif brinquebalant, il paraît, selon les anciennes du club qui sont passées dans la catégorie « victorieuses » (et moi, je les écoute respectueusement les anciennes, parce qu’elles portent une forme de vérité), que c’est normal. Le schéma est à peu près classique : angoisse, prise en main du « problème », mise en route des traitements, grande effervescence puis les choses retombent.
À bientôt !
Moins de mails, moins de visites, et c’est bien normal ! Parce que pendant que nous, nous sommes en apesanteur dans notre bulle à cancer avec un timing en total décalage avec la réalité des autres, le temps file pour eux. Le boulot toujours aussi envahissant, les courses, la famille, les enfants, les fêtes à préparer… Ils nous aiment toujours, ça, je n’en ai aucun doute mais nous sommes TOUS passés à une autre phase de la vie.
De fait, la cancéreuse a tendance à se rapprocher de sa « communauté ». Et si cette dernière a un potentiel hautement réparateur par moments, elle a aussi un potentiel nuisible, notamment sur le net où se déclinent les énergies les plus destructrices. Parce que le net, c’est une fenêtre sur l’humanité; une humanité qui expulse sa rage, ses maladresses, ses ondes négatives parfois… Je n’en peux plus de ce putain de cancer. Pas dans la forme, le traitement roule, mais dans le fond, le fantasme, la terreur, le mal-être légitime que cela génère! Je pense très concrètement qu’il faut aussi savoir s’extraire du cancer. Et c’est ce que j’ai décidé de faire un temps donné. Combien de temps ? Comme d’habitude, c’est moi qui déciderai !
Alors, je vous souhaite à tous de passer de belles fêtes de fin d’année. Par avance, une joyeuse année 2014 (Et pis la santé hein, surtout !).
Je vous donne rendez-vous dans quelques temps avec un dossier croustillant et j’espère très complet sur la sexualité pendant et après le cancer du sein sur lequel j’œuvre avec méticulosité.
Musique !
Et puis, pour conclure, je partage avec vous un sublime cadeau que j’ai reçu bien avant Noël.
Mes trois petites poupées du groupe Tinun’s ont enregistré deux chansons pour moi. La première leur appartient, elle s’appelle « Love » et alors qu’elles n’étaient encore que de toutes petites filles, elles composaient ce tube en puissance que je ne me lasserai jamais d’écouter. J’ai même eu le privilège de le jouer avec elles sur scène, lors de la sortie de leur album il y a trois ans.
La seconde s’appelle « Show« , c’est un morceau à nous, Grand Final, duo que je partage avec mon copilote de vie que vous pouvez écouter en cliquant ici. Une chanson qui parle de moi, de lui, qui dit que « nous avons traversé tellement d’océans dans lesquels nous avons appris à nager ensemble » et que je suis comme ça, moi « je ne sais pas cacher, alors je montre« . Comme quoi les schémas se suivent et se ressemblent…
Bien sûr les bougresses ont réussi à me mettre la misère en termes émotionnels (surtout que pour le coup, je suis un terrain plus que favorable) et à me faire pleurer comme une Madeleine au point de me donner envie de me replonger dans un livre de Proust. C’est dire!
Du bonheur en barre, du cristal d’émotion. Je vous le confirme : je suis en vie, heureuse, sentimentale et résolument décidée à le rester.
Allez zou, un rouge baiser pour chacun d’entre vous de la part de Calamity Doris.
À la revoyure !
