CCCLXXXIII.

Ainsi donc dimanche, au premier tour des élections présidentielles, j’ai voté pour François Bayrou. Bientôt, deuxième tour oblige, ils se contenteront d’une enveloppe vide. Tout sera dit et pour longtemps. L’âge venant, il est peu probable que je remette ça en 2017. A 86 ans, aurai-je le temps, le goût, la force ? Autre chose aussi, […]

CCCLXXXII.

Deux choses qui nous manquent et rendent la vie moderne compliquée : manger de la viande de cheval et faire ressemeler ses chaussures. Personne n’y prend garde mais bientôt, on ne saura plus que de pareilles phrases aient été possibles : Ce steak est par trop dur, autant bouffer de la semelle ! (Louis Aragon, La Défense de […]

CCCLXXXI.

Dimanche de Clos Saint-Marc où désormais l’ancien disque en vinyle abonde. Pour qui aime les enregistrements grattant et émouvant (plus ils grattent, plus ils émeuvent) la part est trop belle. Ce jour, coffret magique, Les Contes d’Hoffmann, direction André Cluytens, avec le joli monde que furent Victoria de Los Angeles, Élisabeth Schwarzkopf, Renée Faure, Nicolaï […]

CCCLXXX.

Nos astrologues affirment que le Hollandais Violent, enfant du pays, sera président de la République. Ils prédisent aussi que la p’tite Absire (cuirs et peaux) sera ministre. Ministresse des Sports puisqu’elle est médecin. On sait les sportifs fragiles (des adducteurs surtout), gageons qu’elle saura leur mettre du baume au coude. Ils boiront ainsi à sa […]

CCCLXXIX.

Les sondages se suivent. Vrai, ils s’accumulent. Si l’écart s’amenuise entre certains et d’autres, il faut s’en convaincre : la victoire échoira à notre compatriote Hollandais. Sur un autre sujet, plusieurs lecteurs ont voulu débattre entre eux d’aimer Rouen, d’en être, d’y être et d’en partir. Mon vieil ami Pierre Garcette disait : Rouen porte la poisse. […]

CCCLXXVIII.

Autres boutiques encore : A la Fiancée et Au Soulier d’Argent. La première, rue Jeanne d’Arc, n’existe plus ; la seconde, rue Rollon, survit. On y trouve de bons et beaux chaussons, de quoi aller se coucher. Fiancée et Soulier d’Argent, avouez que le conte est tentant. On pourrait le traduire du jeune Hoffmann, une histoire pleine […]

CCCLXXVII.

Oui, les boutiques d’autrefois avaient des noms naïfs et charmants. Littéraires, historiques, armoriés : Le Prince de Galles, Le Roi d’Ys, La Fée Dragée, La Reine Mathilde, Les Trois Rois… On se promenait en ville comme Alice en son jardin. Suivre un lapin, passer dans un terrier, tomber sur un jeu de cartes… Couper, battre et […]

CCCLXXVI.

Les boutiques d’autrefois avaient des noms naïfs et charmants. De plus, bien précieux, ils annonçaient la couleur. Ainsi des charcuteries Au Cochon qui dort, Le Porcelet rose, Au Canard… Ainsi des boulangeries : L’Épi d’or, La Tarte à Papa, Au Croissant chaud… Il en reste de rares exemples. Le monde d’aujourd’hui n’a rien de naïf et […]

CCCLXXV.

On vient d’enterrer Jacques Lebourgeois, personnage connu pour sa notoriété. Brave type au demeurant avec qui il était inutile de trop en faire. Son moins bon côté aura été ses barbouillages à répétitions. Vrai qu’ici, on n’est pas regardant. Sa peinture faisait le bonheur des gens sans imagination, art plus difficile qu’on le croit. A […]

CCCLXXIV.

Coup sur coup, visite du Salon des Indépendants et de l’Atelier Normand de Création. Cela se passe (s’est passé) dans l’immonde rez-de-chaussée de la Halle aux Toiles. J’imagine que ce qui suit ne plaira pas aux intéressés (à supposer qu’ils me lisent). En intéressés, j’entends les exposants, qu’ils soient indépendants ou créateurs (les Normands émargent […]

CCCLXXIII.

Pourquoi aimerais-je mon époque, elle me pousse vers la sortie. Chaque jour, chaque rue, chaque rencontre nouvelle, tout signifie qu’elle se passe de moi. Plus rien à faire et à dire. Tout me heurte, m’agace, me désespère, ceci dans l’ordre que vous voudrez. Simple exemple, ce dimanche, au Clos Saint-Marc. Il s’agit du Printemps des […]

CCCLXXII.

Il exista, de longtemps, une boutique dite Au Gaspillage moderne. Sorte de bazar ou bimbeloterie, usage indéfini. Aujourd’hui on dit soldeur, lieu où ce qu’on achète ne coûte rien (pas grand-chose) et où, tout compte fait, rien ne sert (enfin à pas grand-chose). Dans ce genre, Gaspillage moderne était une idée définitive. Où logeait cette […]

CCCLXXI.

Je suis passé l’autre jour avec légèreté sur Boissière le chauffagiste. Angle rues aux Juifs et du Bec, c’est à présent le trop célèbre Habitat. J’ai un temps fréquenté la boutique (le chauffagiste) du temps de mon agence car mon associé Tonsard tenait beaucoup à lui confier les tâches importantes. Depuis combien de temps Habitat […]

CCCLXX.

Les meilleurs d’entre nous se désolent de voir notre antique cité réduite au partenariat chocolaté. L’époque, à cet égard, nous inflige de grands maux. Certes, la sagesse l’affirme : le ridicule ne tue pas. Oui et non, c’est selon. Le pire est encore que dans les milieux de gauche, ne pouvant condamner le cacao corrupteur, on […]

CCCLXIX.

Du côté de la rue Saint-Lô, on peut apercevoir le vestige des quatre ou cinq arbres qui ornaient (façon de parler) l’allée Eugène-Boudin. Vrai qu’au fil des années, ayant pris de l’ampleur, ils servaient surtout de refuge estival aux impitoyables étourneaux. Le soir tombant, c’était un véritable vacarme dont les riverains se désolaient. De ça […]

CCCLXVIII.

On semble s’aviser de commémorer le cinquantenaire du Théâtre des Arts. Par voie de presse, ayant omis d’emmagasiner les documents idoines, on appelle aux témoignages. Si ça amuse, je dois avoir divers vieux programmes, comme tout le monde ici. S’agit-il de ça ? Ou plutôt souvenirs vécus, lambeaux pour la plupart, choses vues et sues. Après-guerre, […]

CCCLXVII.

Au bas de la rue Jeanne d’Arc, sur le côté droit, en descendant, il exista longtemps une grande boutique, genre « couture chic » sous la simple enseigne Jean Willard. C’est aujourd’hui une chaine de parfumerie soucieuse d’améliorer la race chevaline (note à l’unique attention des turfistes). Pour ce qui est de la boutique, tout y a […]

CCCLXVI.

Une chose qu’on ne fera plus : prendre le thé à la pâtisserie Périer, rue du Gros-Horloge. Pour la fin des temps, il y aura deux sortes de Rouennais, ceux ayant connu la pâtisserie Périer et ceux ne l’ayant pas. On pourra, à la rigueur, imaginer un groupe intermédiaire, ceux qui en ont entendu parler. Les […]

CCCLXV.

Personne ne le croira mais, il ya une quarantaine d’années, j’ai passé un long après-midi dans un café appelé A La Ville de Paimpol. Cette enseigne, disparue, se trouvait rue Armand-Carrel, partie basse, celle que personne ne fréquente. Elle joint au quai de Paris. Pourquoi, comment, longue histoire. J’attendais quelqu’un. Qui devait venir. Qui finit […]

CCCLXIV.

Autre chose disparue et qu’on ne reverra pas : les commerçants décorant avec régularité leurs vitrines. Ceux aimant assez leurs boutiques pour y faire étalage (façon de dire) de leurs goûts, de leurs préférences, bref de leur volonté d’illustrer le monde. J’ai connu un cordonnier, rue du Tambour, qui, au milieu des chaussures retapées, exposait les […]

CCCLXIII.

Peau de chagin, la ville rétrécit. On ne parle plus du centre-ville, mais d’hyper-centre, fameux carré magique du commerce commercial. Rouen devient un Monopoly géant annonçant au coup de dé : passez par la case départ, recevez 20.000 francs. Mon ami Molineux, vieil achalandeur de l’avenue de Breteuil (une case après Allez en prison) m’assure que […]

CCCLXII.

Dans sa partie la plus à l’Ouest, près de la place Cauchoise, la rue Thiers (autrefois Jean-Lecanuet) appartient à un autre temps et à un autre espace. Presque à une autre ville. Qui y passe ? Qui y séjourne ? Tout y semble voué au labeur le moins précis. Le plus aléatoire. Certes on y vend du […]

CCCLXI.

L’urbanisme des années Cinquante et Soixante s’érigeait à l’Est avec des incursions vers les hauts de la ville et, selon l’heure, le Sud. Un des défis de ces dernières décennies aura été l’extension de la ville du côté de l’Ouest. Cette avancée de western, pour Rouen, est une révolution culturelle. Autrefois, sinon pour acheter des […]

CCCLX.

Un politique étourdi a cru bon de qualifier une célèbre enseigne parisienne de brasserie populaire. Les lieux, fort côtés, sont si connus (de réputation) qu’il est inutile de les nommer. L’incartade de cet ancien ministre a engagé un journaliste très observateur à vouloir démontrer l’inanité de l’assertion ; allant déjeuner au dit-lieu, il s’est vu remettre […]

CCCLIX.

Depuis trente ans, tout ce qui s’y fait et s’y dit ne m’intéresse plus. Oui, moi qui ai tant aimé le théâtre, je n’y mets plus les pieds. Si une pièce me dit quelque chose, c’est souvent loin : Grand-Quevilly, St-Étienne du Rouvray, voire Barentin. Il y a peu, j’ai voulu renouer avec ces anciennes amours. […]

CCCLVIII

A la condition que ces chroniques aient un titre, celle-ci pourrait s’intituler : L’Académicien et ses lacets. C’était en 1953 ou 1954. A l’époque je naviguais dans les eaux des Amis de l’Art, société de gens férus sous les auspices du libraire Gaston Menuisement. Ça faisait dans l’amateur raisonnable de peinture, tous genres et toutes époques. […]

CCCLVII.

Mardi dernier, Molineux et moi, nous voici à la cérémonie des vœux du maire. Dehors, pluie battante ; dedans foule des grands jours. Quoique pas invités (enfin si, mais je vous expliquerai) la chance a voulu que nous récupérions un carton auprès de Mustapha le Croyant, l’épicier d’en bas. Lui n’en ayant que faire (le commerce […]

CCCLVI.

Relu pour la énième et dernière fois Le Paysan de Paris. Dire que j’ai tant aimé cet auteur et qu’il me tombe aujourd’hui des mains ! Ce qu’il en est des vieilles amours ! Le temps les use. A moins que ce ne soit les amoureux qui… Mais l’oubli serait encore plus grand. Bof, ça n’est grave […]

CCCLV.

En cette saison, trois oiseaux planaient au dessus de la ville : le Pintadeau, le Faisan doré et le Coq hardi. Ailleurs, guère loin, il était question de petits cochons, de chien qui fume, de fin renard et chat qui pêche. En ce temps là, les vitrines des magasins de nos grands-parents regorgeaient d’animaux. Ours, […]

CCCLIV.

Entendu à la radio au sujet du style d’un écrivain : il excelle dans les descriptions techniques… grande précision… minutie horlogère… etc. Au micro, un contradicteur laisse tomber : On peut dire aussi que ça vire au catalogue des Armes et Cycles de Saint-Étienne. Pour n’être pas fausse, la référence date. Quel lecteur d’aujourd’hui ne serait pas […]

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